Avec les 8 élus du PMSD boudant la séance, en solidarité avec leur leader suspendu, les travées de l’opposition sont désertes une demie heure avant que la sonnerie ne retentisse. Un peu après 11h, c’est Stephan Toussaint qui arrive dans l’hémicycle, suivi de Raj Dayal. Les députés arrivent de plus en plus nombreux.

Pravind Jugnauth et sir Anerood Jugnauth sont parmi les derniers à prendre place à l’Assemblée nationale. Une fois assis, le Premier ministre et le ministre mentor échangent une brève poignée de main. Ils n’entament pas de conversation. Roubina Jadoo-Jaunbocus, a par contre, des choses à dire à son leader. Celui-ci doit répondre à une question sur les travaux de la National Development Unit dans la circonscription de l’élue MSM dans quelques minutes. En attendant, celle-ci s’affaire à lui donner des détails additionnels sur les travaux publics dans sa région.

La sonnerie signifiant le début de la séance retentit. La partie des travées de l’opposition occupée par les 9 députés du PMSD, ainsi que par Alan Ganoo, Jean Claude Barbier et Kavi Ramano sont complètement vides. Les deux membres du Mouvement patriotique et Ramano étant absents. Arrivé 10 minutes après le début de la séance, Ganoo marque un temps d’arrêt en tombant sur les travées vides. Il est rejoint peu de temps après par l’élu de Belle-Rose/Quatre-Bornes.

Les premières questions du Prime Minister’s Question Time (PMQT) se déroulent dans le calme. Mais Rajesh Bhagwan embraye avec sa question sur la gestion le casino de Grand-Baie géré par la State Investment Corporation. L’élu mauve demande au Premier ministre s’il compte initier une enquête sur les contrats passés pour ce casino.

Voyant Pravind Jugnauth prendre son temps avant de répondre, l’élu de Beau-Bassin/Petite-Rivière lance quelques mots d’encouragement à son interlocuteur. «Pa bizin per pou fer nanie, in!» Mais le chef du gouvernement explique ne pas vouloir répondre à des accusations non encore étayées. Tandis que Maya Hanoomanjee rappelle aux députés qu’ils ne peuvent colporter d’allégations dans l’hémicycle.

Bhagwan n’en a pas fini toutefois. Il coupe le Premier ministre pendant que celui-ci répond : «To pa kone ki sann-la inn tap plin laba ? Razwar so bann kamwad.» Paul Bérenger y va de son commentaire : «E li met lord dans Commission de l’océan Indien.» La pique tombe à plat, Vishnu Lutchmeeenaraidoo étant absent du Parlement.

C’est au tour d’un autre député mauve, Aadil Ameer Meea, de cuisiner le Premier ministre, cette fois-ci sur la future loi sur le financement des partis politiques. Les premiers échanges sont courtois, jusqu’à ce que Pravind Jugnauth rappelle au député de Port-Louis Maritime/Est que son parti n’a rien fait à ce sujet alors qu’il était au pouvoir.

Le commentaire passe mal auprès du leader du MMM. «Sabote! To pa onte! Rubbish!», lance-t-il de son fauteuil. Pravind Jugnauth ne cède pas : «To ti inkapab. I was about to say so many years in government, but very few in fact. And you haven’t been able to bring forward a bill. Les incapables sont là», provoque le leader of the House.

Pendant que les députés de la majorité soutiennent de la voix leur chef, ceux de l’opposition en font de même. «Shame ! Eta ale do ta!» crient Bérenger et les élus mauves. «Trwa-z-an to pa’nn fer nanie», accuse Meea tandis que Bérenger crie au sabotage. Pravind Jugnauth réplique et décrit le leader du MMM comme l’éternel leader de l’opposition, puis se ravise. «Ben plus maintenant d’ailleurs», raille-t-il.

Mahen Jhugroo et d’autres membres du gouvernement se font entendre. Bhagwan en profite pour lire l’avenir du Premier ministre. «Res zis de trwa mwa pou to Premie minis la», lance-t-il au ministre des Collectivités locales.

Les invectives reprennent de plus belle. «Rekin moustas», balance le Premier ministre. Bérenger lui rend la politesse : «Deal papa-piti, imbesil!» Le bulldozer roule, lui, des mécaniques. «Ta Premie minis linpos, tansion to krwar nou per twa.» Son commentaire est accueilli par un dédaigneux «Eta al bwar lysol», du chef du gouvernement.

Le vacarme conduit la Speaker à intervenir, demandant aux uns et aux autres de permettre au Premier ministre de continuer sa réponse. «He is not the PM», proteste le chef du MMM. «Twa, zame to pou vinn PM», réplique Mahen Jhugroo. La présidente de l’Assemblée nationale intervient à nouveau et réprimande les députés. «He started», se défend timidement Bérenger.

Aadil Ameer Meea revient à la charge avec une question supplémentaire. A la lumière de controverses récentes impliquant des parlementaires, comme le Lalang Gate, le député interroge le Premier ministre sur la possible élaboration d’un code de conduite pour les élus. Si les uns et les autres dans la majorité et l’opposition font des sourires en coin, la question n’amuse pas Ivan Collendavelloo. «Sa osi enn inbesil», lâche-t-il. Son voisin de travée prend le relais. «Il faut un code de conduite contre les plagiaires», plaisante Pravind Jugnauth. Piqué par la république, l’élu mauve tente de donner le change : «Amene, pena problem !»

Le PMQT terminé, la séance des questions aux ministres débute sur un ton consensuel avec la question du MSM Sudesh Rughoobur au ministre Sunil Bholah. Mais c’est lors d’une question adressée à Nando Bodha que les tensions reprennent. Estimant que l’exemple de la sécurité routière doit «venir d’en haut», Rajesh Bhagwan contrarie le Deputy Prime minister qui rappelle qu’on n’est pas en train de débattre. Suscitant l’agacement de l’élu mauve.

SAJ est bien loin des polémiques toutefois. S’il a eu du mal à se retrouver dans ses éléments de réponse à une question sur les conditions d’emploi à Diego Garcia, le ministre mentor était beaucoup plus alerte au moment d’une question supplémentaire de Danielle Selvon. «Li’nn tenn so seve», observe-t-il en écoutant la députée interroger Nando Bodha.

Avant la pause déjeuner, c’est dans la bonne humeur que la première partie de la séance parlementaire du jour se termine. Répondant à une question sur l’impact des chauves-souris sur les arbres fruitiers, Mahen Seeruttun commence par remercier Rajesh Bhagwan pour sa question «de saison». L’élu mauve réplique, prévenant le ministre de l’Agro-industrie : «Ena enn pake sov souri kot twa.»

Le commentaire déclenche un rire sonore chez Etienne Sinatambou. Voyant leur collègue plié de rire, Nando Bodha et d’autres députés de la majorité rient de bon cœur à la blague de Bhagwan. Avant que Maya Hanoomanjee ne suspende la séance pour la pause déjeuner.