Je me souviens de la première fois que j’ai réalisé que je n’entrais pas dans la norme communale. J’avais 11 ans, on venait de déménager et je faisais connaissance avec la capitale. On m’a appelé Françoise le premier jour au collège à cause fr mon accent et mon nom ramenait beaucoup de regards interrogatifs mais pas de questions. Quelques semaines plus tard, c’était une avalanche de questions sur mes parents et ma religion. Très vite, j’ai eu l’impression qu’à chaque question, on me demandait de légitimait ce que mon interlocuteur voyait en moi. Quand on est issue d’une famille où des religions (cultures/mode de vie) diffèrent comme le degré de pratique de celles-ci, on devient tolérant de l’intolérance des autres  mais 20 ans plus tard, les stéréotypes ont pris racines dans certains esprits.

La confusion entre l’identité, la culture et la religion est appelé à se perpétuer aussi longtemps que celle-ci est inscrite dans la Constitution. Pour un ex-collègue, la classification communale est la seule manière de voir les Mauriciens. On a beau rappeler que ni esclaves, ni coolie, ni colon ne vivait en ségrégation totale et que des enfants sont nés d’amour, de haine et de désamour, la loi de notre pays nous classifie selon une lubie passéiste. C’est une ironie de l’Histoire que la première naissance inscrite dans les registres en 1639 soit celui de Simon der Stel, enfant et petit enfant de colon et d’esclave.

Tous métis

Il y a une vérité que j’accepte pleinement, celle d’être un enfant de mon île, de son histoire, de ses contradictions mais surtout de sa culture. Que j’ai des ancêtres de l’Inde, de Madagascar, de l’Europe et de l’Afrique continentale est un fait comme celui qui veut qu’esclaves, colons et coolies sont ces ancêtres. Après tout, Maurice est une île de peuplement et comme mes cousins lointains de Trinidad et Tobago, j’embrasse totalement ce qui m’est offert.

Mais au-delà de notre généalogie, nous sommes les héritiers d’une histoire. Qu’elle s’appelle Anna de Bengal ou Anjalay Coopen, son combat est le nôtre. Etre mauricien, c’est être riche mais seulement à condition d’accepter cette richesse. C’est pouvoir dire fièrement dans un bus en Afrique ou dans une tribu en Asie que les gens de son pays sont un mélange du monde entier, avec une identité multiple et indivisible.

La transmission est un partage et si on veut que les générations futures saisissent l’essence même de notre culture, il faut commencer par ouvrir grand les bras. Pas seulement pour les fêtes mais donner la possibilité aux enfants d’apprendre à jouer du tabla, de savoir que le rastafari pratiquant ne mange pas de viande, que le jeûne diffère selon les religions, que le bouddhisme et le taoïsme ne sont pas la même chose… bref, nous rendre riche. Mais cette transmission ne s’arrête pas là, elle est aussi celle de notre histoire et cela même si elle implique des atrocités.

Ce n’est qu’en embrassant pleinement ce que nous sommes que nous, Mauriciens, pouvons faire un pied de nez aux dinosaures du communalisme. Nous avons évoluons en des êtres multiculturels, mauriciens et citoyens du monde, et on sait tous ce qui est arrivé aux dinosaures !