Edilson parti, intéressons-nous à l’autre perturbation – politique celle-là – qui secouera bientôt le pays. Car la zone de convergence intrapolitique est très active en ce moment. Elle promet d’enfanter de nouvelles tempêtes.

Si la météo n’est pas une science exacte, la politique, elle, étonne par son caractère récurrent…donc prévisible. Il suffit en effet, dans de nombreux cas, de bien scruter le passé pour mieux comprendre ce qui peut se produire à l’avenir. Il existe ainsi un point de référence très pertinent dans un passé pas très lointain : la note confidentielle envoyée par l’ancien ambassadeur américain Cesar Cabrera au secrétariat d’Etat US le 26 septembre 2008.

Aiguillé par un entretien avec Navin Ramgoolam, l’ancien ambassadeur des Etats Unis explique dans sa correspondance les logiques qui ont poussé le Premier ministre à remanier son gouvernement et proposer la présidence de la république à Sir Anerood Jugnauth quelques jours plus tôt. Dans le cas du remaniement, Cabrera évoque le besoin de Ramgoolam de « streamline ministerial performance.» Tandis que la nomination de SAJ procède de la nécessité d’empêcher « at all costs » une alliance entre le MSM et le MMM.

Un peu plus de 5 ans plus tard. Ramgoolam est devant les mêmes défis. Il l’a redit trop souvent pour ne pas en être déjà convaincu : le conseil des ministres regorge d’erreurs de casting. A un an des élections générales il ne peut donc pas ne pas songer à remanier son équipe.

L’exercice obéit, en théorie, à au moins trois objectifs pour Ramgoolam. D’abord, réattribuer les portefeuilles les plus complexes à ceux ayant été les plus performants et rationaliser ainsi le fonctionnement du gouvernement. Ensuite, poser un acte politique, en sacrifiant quelques canards boiteux et privilégiant du sang neuf. Enfin, tenter de ne plus être la seule locomotive de la popularité du gouvernement et amener certains ministres – nouveaux ou pas – à aller à la conquête de l’électeur.

Il semble assez difficile, pour Ramgoolam, d’aligner ces trois objectifs. Avant tout,  à cause du timing. Le Premier ministre aime donner du temps à ses nouveaux ministres pour qu’ils découvrent leurs ministères hors travaux de l’Assemblée Nationale Or, avec la rentrée parlementaire prévue pour le 25 mars, l’homme qui aime prendre son temps n’a que jusqu’à la fin du mois pour se décider.

Mais se décider sur qui ? En effet, la nomination de Nita Deerpalsing ou Dhiraj Khamajeet, par exemple, ne manqueraient pas de créer des problèmes. Puisqu’il faudra d’une part chasser des ministres déjà en place pour leur faire de la place. Et d’autre part préserver à tout prix les équilibres ethno-politiques en remplaçant des pommes par des pommes et des oranges par des oranges.

Il est toutefois entendu qu’un ministre officiellement « population générale » comme Michael Sik Yuen n’est pas remplaçable par la députée pourtant également « population générale » Aurore Perraud. Quand on sait, par ailleurs, qu’il existe toujours un petit risque qu’un ou des ex-ministres frustré(s) d’avoir été éjecté(s) ne passe(nt) à l’adversaire, on comprend mieux la complexité de la tâche qui attend le Premier ministre.

Reste l’autre mission tout aussi délicate. Elle ne consiste pas à prévenir une alliance MSM/MMM « at all costs ». Mais plutôt à faire éclater le Remake déjà existant à tout prix. Ramgoolam a sa petite idée sur comment y arriver… (à suivre)