Brace Position ou position de sécurité en français. C’est la posture que doivent adopter les passagers d’un avion en cas d’atterrissage d’urgence. En attendant mardi, ils sont plusieurs au ministère des Finances à pratiquer cette posture. Maurice s’apprête, en effet, à subir une humiliante raclée de la Banque mondiale. Qui fait dégringoler notre économie de 17 places [de 32e à 49e] dans son classement Doing Business 2017. Un rapport que brandissent habituellement nos responsables des secteurs publics et privés pour vanter le dynamisme et l’attractivité de l’économie nationale.

Avec son 49e rang, Maurice enregistre son plus mauvais score depuis l’année où le pays a été évalué pour la première fois. Si à la faveur des réformes de la fin des années 2000, nous avons régulièrement occupé le Top 20 [17e, 19e et 20e], le pays a perdu 29 places durant ces trois dernières années. Du coup, les ambitions d’être dans le Top 10 des économies les plus attractives de la planète sont remisées pour quelques longues années.

Comme c’est le cas pour tout, le premier réflexe de défense de certaines personnes – y compris au ministère des Finances – est de tenter de trouver un bouc émissaire. Le directeur du Board of Investment a, paraît-il, déjà été désigné coupable. La personnalité de Ken Poonoosamy : un grand timoré qui donne parfois l’impression d’avoir peur de son ombre, n’arrange en rien les choses.

Certes, depuis 2006, le BOI a constitué une équipe dont la mission est d’assurer la liaison avec la Banque mondiale. Afin, notamment, de mettre en œuvre les mesures pouvant améliorer le climat des affaires dans l’île. Mais dans les faits, c’est au ministère des Finances que les plans de bataille et les ordres sont élaborés.

Si ce n’est pas sur les hommes, c’est sur la conjoncture qu’on essaiera de jeter le blâme. Maurice n’est très certainement pas le seul pays à s’être embarqué dans des réformes ambitieuses en vue d’attirer des investisseurs. Ainsi, les efforts du Rwanda sont régulièrement salués. Mais la bonne performance des autres économies ne saurait, à elle seule, expliquer la plus lourde chute jamais enregistrée par Maurice dans le classement. Car à défaut de chuter, le pays aurait au moins pu, plus ou moins, se maintenir.

Pour mettre en perspective cette contre-performance, il faut s’intéresser à la manière dont le rapport est compilé. La Banque mondiale sollicite chaque année la contribution de juristes, comptables, banquiers et d’administrateurs des secteurs privés et publics. Or, leur feedback est obtenu avant fin mai. Ainsi, le rapport Doing Business 2016 ne prenait pas proprement en compte les effets de trois affaires retentissantes : le démantèlement du groupe BAI, l’annulation du contrat de Betamax et la décision d’interdire les cartes à gratter et la publicité pour les jeux.

Si les opinions n’étaient pas encore bien arrêtées au premier semestre 2015, un an plus tard, les choses ont changé. Le degré de sérieux avec lequel ces trois dossiers ont été gérés est mieux évalué. Cela a probablement pesé lourdement dans les notes que les évaluateurs locaux et étrangers ont donné à Maurice dans les sous-catégories Enforcing Contracts et Protecting Minority Investors.

Le gouvernement aura beau critiquer – avec raison sans doute – les pratiques qui avaient cours au sein des entreprises du défunt groupe BAI. Mais les plus ardents pourfendeurs de Dawood Rawat admettent que la chute du groupe a été largement précipitée puis mal gérée. Dans la foulée, les intérêts de petits épargnants et des investisseurs au sein du groupe BAI semblent n’avoir pas pesé bien lourd face à la détermination du gouvernement et de son ancien ministre des Finances à s’occuper de Rawat.

Ce même Vishnu Lutchmeenaraidoo a également réussi la prouesse de faire s’évaporer la moitié de la valeur des Rs 2,5 milliards d’actions de Lottotech. Dont une grande partie avait été achetée par des petits porteurs. Une mesure visant à freiner les ardeurs d’une nasion zougader. Dont on encourageait au même moment la propension aux jeux en délivrant de nouveaux permis pour des betting houses… y compris à des proches du gouvernement. Pas étonnant, après cela, que les Ah Teck vivent en quasi exil de Maurice.

Pendant ce temps, c’est avec une étonnante désinvolture que le contrat – en béton armé – de Betamax était annulé. Alors même que celui-ci avait été étudié et avalisé par quelques-uns des juristes les plus chevronnés du public et du privé. Qui sait, peut-être que ce sont les mêmes qui seront dorénavant chargés de dire si l’Etat peut s’engager à acheter la production d’une autre société qui se positionne, elle, pour 30 ans. Même Veekram Bhunjun n’avait pas eu une idée aussi géniale.

En aucun cas, n’a-t-on le droit de rejeter tout le blâme sur un Roshi Bhadain va-t-en guerre. Dont l’obsession d’agir, à l’époque, l’a conduit à prendre de mauvaises décisions. Ou, parfois, à exécuter les plans bancals échafaudés par ses collègues. Si le mal est fait. Si les milliards d’indemnités finiront par être payés, de nos deniers de contribuables, il faut néanmoins impérativement rétablir l’image du pays en matière de climat des affaires.

Ce samedi, le ministère des Finances a émis un communiqué annonçant la mise en œuvre complète de 33 des 126 mesures économiques du budget – 89 étant en cours d’implémentation. Mais ce ne sont que des chiffres. Ils ne voudront rien dire tant que Pravind Jugnauth n’aura pas démontré que son action a permis à l’investissement direct étranger, en déclin depuis 2014, de repartir.

Il faut toutefois souhaiter qu’il réussisse coûte que coûte. Car après tout, la meilleure performance économique du pays ne pourra que rendre moins pénible le paiement des indemnités que l’Etat devra payer à cause de son trop grand attachement à la protection des petits porteurs et des contrats.

chartgo