Paul Bérenger peut se déjuger sans aucun remord apparent. C’est ce qui a conduit une bonne partie de l’électorat à ne plus vraiment le prendre au sérieux. Tant il est devenu une sorte de fond sonore de notre paysage politique local. On aurait toutefois tort de ne pas le prendre au sérieux par rapport à une chose qu’il répète depuis quelques semaines déjà: le MMM ira seul aux prochaines élections générales.

Le ton bravache du patron des mauves tranche avec ce qui peut être considéré comme la stratégie par défaut de son parti depuis 1969. Le MMM n’a en effet pas pris l’habitude de présenter devant les électeurs sans béquilles. Déjà, peu de temps après la création du parti, Paul Bérenger émettait le souhait de contracter une grande alliance avec Sir Seewoosagur Ramgoolam. Ce plan contrarié conduira le MMM à briguer les suffrages seul en 1976. Puis une nouvelle fois en 1983, après la douloureuse cassure ayant donné naissance au MSM.

Les 8 autres élections de son existence, le MMM les a affrontées avec des partenaires mineurs – PSM, MTD, FTS, UN, MMSD – ou en alliance avec le MSM ou le Parti Travailliste. La tentation de jouer la sécurité a toujours été forte chez le MMM et Bérenger. Ainsi, le PTr et le parti du cœur étaient à deux doigts de conclure une alliance en 2010. Avant que les talents de persuasion de Sir Anerood Jugnauth ne fassent effet sur Navin Ramgoolam. De même, avant les élections de 1991, SAJ, lui-même, raconte que c’est avec Sir Satcam Boolell que Bérenger souhaitait faire alliance. Un plan que le leader d’alors du MSM a fait capoter en proposant une offre que Bérenger ne pouvait refuser.

L’histoire, dit-on, se répète. C’est ce qui explique pourquoi un certain nombre d’électeurs ne prennent pas au sérieux l’annonce de Bérenger à l’effet que son parti briguera désormais seul les suffrages. Le MMM est en effet connu pour avoir tenu ce type de discours entre les scrutins. Surtout pour galvaniser ses troupes dans les zones urbaines. Là où, seul, le MMM peut prétendre réaliser des scores honorables. Puis sous les appels à l’aide des militants des zones rurales, pris en tenaille par le MSM et le PTr, les mauves ont toujours fini par se faire à l’idée d’une alliance visant à rassembler le plus d’électeurs possible. Alors pourquoi devrait-on croire Bérenger en 2016 ?

La réponse se trouve dans une nuance : le MMM voudrait contracter une alliance gagnante. Mais des considérations pratiques l’en empêchent. Car les deux choix qui s’offrent aux mauves sont problématiques. En décembre 2014, l’électorat a déjà rejeté massivement et sans équivoque le binôme Bérenger/Ramgoolam. Depuis, le patron des mauves est intimement persuadé de l’inefficacité de cette offre électorale. Il ne retentera donc pas le coup avec l’actuel chef des rouges.

Un MSM/MMM au lieu d’un PTr/MMM est tout aussi irréalisable. Principalement à cause de deux raisons. D’une part, une profonde inimité sépare Paul Bérenger et Pravind Jugnauth. Loin de n’être que des adversaires, les deux hommes ont cultivé au fil des années un profond mépris l’un pour l’autre. Les blessures qu’ils se sont infligées rendent quasi impossible tout rapprochement.

Même s’ils pouvaient faire table rase du passé, les deux hommes auraient également un casse-tête politique à résoudre. Devenu Premier ministre avant la fin du mandat de ce gouvernement, Pravind Jugnauth ne se contentera plus de passer en second dans le cadre d’une nouvelle « winning formula ». Celle-ci garantissant un partage 50/50 des tickets et du mandat de Premier ministre entre le MSM et le MMM… avec Bérenger devenant Premier ministre avant le leader du MSM. Cette perspective semble extrêmement lointaine.

Bien évidemment, Paul Bérenger pourrait prendre la mesure du blocage qu’il suscite personnellement. Laisser à son parti et à son nouveau leader le soin de décider de la nouvelle stratégie d’alliance. Or, Bérenger, qu’on le veuille ou non, demeure la principale selling proposition du MMM. Sa retraite démonétisera davantage les mauves qui devront alors négocier une alliance en position de faiblesse.

Si Bérenger semble à ce point déterminé à mener ses troupes aux élections sans alliance, c’est probablement aussi parce qu’il s’est persuadé d’une chose. Si Bérenger et Navin Ramgoolam ne se parlent pas, leurs lieutenants semblent avoir plus ou moins arrêté les termes d’un accord qui ne dit pas son nom. Bérenger et Ramgoolam pourraient en effet solennellement s’engager à ne pas contracter d’alliance lors des prochaines élections générales. Ce qui entraîne de facto une lutte à trois.

Pour tenter ce coup de poker face à l’Alliance Lepep – ou du moins ce qu’il en restera d’ici 2018/2019 – les leaders du PTr et du MMM partent du postulat que le gouvernement de Pravind Jugnauth n’aura pas eu le temps d’appliquer une politique susceptible de faire rebondir sa popularité auprès des électeurs.

C’est un pari réaliste. Tant l’Alliance Lepep est paralysée par ses querelles internes. C’est un pari osé, aussi, car trois ans, ou deux, nous séparent des prochaines échéances électorales. Si le leader du MSM est loin d’apparaître comme un génie politique jusqu’ici, il pourrait bénéficier de coups du sort, comme d’autres avant lui.

Même si la récente élection de Trump aux Etats-Unis nous rappelle que les prédictions électorales ne valent pas grand chose, la perspective d’une vraie partie – électorale – à trois est très alléchante. Pour une fois, on pourra dire son souhait haut et fort : que le moins pire des trois l’emporte !