Appelons-la Lenna. Lenna a 9 ans, c’est une petite victime de la forme la plus insupportable de pédophili : l’inceste. Ce crime qui transforme un père, une mère, un frère ou un grand-père, en immonde prédateur sexuel. Ce crime abject, ce vitriol qui défigure à vie un enfant, le laissant hébété, sans repères, abîmé, détruit, outragé, profané.

Car c’est bien de profanation dont il s’agit. La profanation de l’innocence, de la confiance, de l’amour, du respect. Le tabou suprême, et le sens ici n’est pas religieux mais moral et sociétal.

Lenna a été victime de son père à 4 ans. Sa mère et elle ont entamé un long et très douloureux combat pour la justice. Et voilà que le système judiciaire leur crache à la figure. Cinq années de souffrances et d’angoisses pour arriver presque à un déni de justice. Reconnu coupable, son père a été condamné à quelques heures de travaux d’intérêt général.

Lenna a souhaité s’exprimer ici, voici ses mots, sans fard. Les mots terribles et sans concession d’une enfant brisée qui voudrait juste redevenir « une petite fille normale »…

I am 9. When I was 4, I was abused by a man who I suppose to call “Dad”. As from this time I haven’t got a normal life anymore. I have lost my childhood and I live in the pain and fear.

For 5 years now I have to tell my story to many people and go to the court so many time. It was a very long time for me a little girl. I was afraid to go there. No body can understand my pain and how I feel in my heart. I am scared to walk in the street because I don’t want to see him. I don’t want him to come near me. I just want to be a normal little girl. I would like to get my childhood back and start living a new life. But with him still free I can’t.

Please help me! I just want to have peace in my heart.

J’ai 9 ans. Quand j’avais 4 ans, j’ai été abusée par un homme que je suis supposée appeler « papa ». A partir de ce moment, je n’ai plus jamais eu une vie normale. J’ai perdu mon enfance et je vis dans la souffrance et la peur.

Depuis 5 ans maintenant, il faut que je raconte mon histoire à beaucoup de personnes, encore et encore, et je dois aller en Cour si souvent ! Ça a été un moment très long pour la petite fille que je suis. J’avais peur d’aller en Cour.

Personne ne peut comprendre ma peine et ce que je ressens dans mon cœur. J’ai peur de marcher dans la rue parce que je ne veux pas le voir. Je ne veux pas qu’il m’approche. Je veux juste être une petite fille normale.

Je voudrais juste retrouver mon enfance et commencer à vivre une nouvelle vie. Mais avec « lui » en liberté, je ne peux pas.

Aidez-moi, je vous en prie ! Je veux être en paix dans mon cœur.

Photo d’illustration : Vasileios Karafillidis