Oh ! mémoire sélective quand tu nous tiens… On vient de fêter, il y a cinq jours, le 48anniversaire de l’indépendance de Maurice. Ça a aussi été l’occasion de décorer de nombreux Mauriciens pour leur contribution dans différents secteurs.

On apprend tous dès notre plus jeune âge l’histoire de l’île Maurice ou, du moins, les grandes lignes. Quid de cet enfant qui a un grand-père ou une grand-mère chagossien ? Est-ce qu’on n’efface pas certains faits de notre Histoire en omettant des épisodes importants comme l’histoire de la déportation des Chagossiens dans les années 60/70 et leur marginalisation par une partie de la société mauricienne ?

L’attitude de chacun des partis politiques, une fois au pouvoir, devient «diplomatique». Posez-vous la question suivante : «Que pourrait une petite île comme la nôtre faire d’autre face à certaines puissances mondiales comme les Etats-Unis ou l’Angleterre ?» Un pays comme le nôtre, qui dépend des privilèges d’autres Etats pour pouvoir survivre, ne pourrait pas défier ces puissances militaires mondiales.

Après s’être réveillé de son «amnésie», notre gouvernement a commencé la revendication de l’archipel des Chagos dans les années 80. On l’a fait aussi parce qu’à l’époque, certains partis politiques – le MMM et Lalit – avaient commencé à fustiger le gouvernement pour son positionnement dans l’affaire Chagos. Le Premier ministre de l’époque, Sir Seewoosagur Ramgoolam a, pendant une visite à Londres, réussi à obtenir une garantie de Margaret Thatcher, Premier ministre de la Grande-Bretagne pendant les années 80. En bref, on nous a fait comprendre que la Grande-Bretagne allait rendre Chagos à Maurice lorsque «l’archipel ne servira(it) plus les intérêts de l’Ouest».

Au fil des années, au lieu d’un apaisement de la situation géopolitique mondiale, on assiste à des conflits de plus en plus complexes avec des bourreaux sans visage. Les frontières n’ont pas d’importance pour eux. La guerre contre le terrorisme a donné aux Américains une raison de plus pour ne pas songer à évacuer une de leurs bases précieuses installées dans une des îles de l’archipel des Chagos, Diego Garcia.

Que peut faire d’autre l’Etat mauricien au lieu de revendiquer sa souveraineté sur l’archipel des Chagos lors des nombreuses rencontres régionaux et internationaux ? Le détachement de l’archipel des Chagos s’était tout de même fait avec le consentement d’une partie de la délégation mauricienne partie prendre part à la conférence constitutionnelle de Londres, en septembre 1965. N’oublions pas que le gouvernement mauricien a aussi décrété le 3 novembre comme Journée pour la commémoration de la déportation des Chagossiens. Non, on ne leur a pas fait de faveur en faisant cela.

Le bail allouant l’archipel des Chagos aux Etats-Unis devait prendre fin en décembre 2016. Linda Thomas-Greenfield, la sous-secrétaire d’Etat américaine pour l’Afrique, a, pendant une visite en janvier 2016 à Maurice, révélé que le bail a été prolongé pour vingt ans de plus, qu’il prend fin en 2036.

L’excision de l’archipel des Chagos est une entrave à l’article 6 de la résolution 1514 de l’ONU qui affiche que : «Toute tentative visant à détruire partiellement ou totalement l’unité nationale et l’intégrité territoriale d’un pays est incompatible avec les buts et les principes de la charte des Nations Unies.» Le détachement de l’archipel des Chagos reste un crime impuni et le déracinement du peuple chagossien de leurs îles natales, un sujet tabou dans l’arène internationale.

Certains vont prendre la défense de l’Etat mauricien en soulignant qu’il n’a pas hésité à saisir le Tribunal arbitral permanent sous la Convention des Nations unies sur les Droits de la mer pour contester la création d’une aire marine protégée autour de l’archipel des Chagos par l’Angleterre. Le verdict est tombé en mars 2015. L’illégalité de l’action unilatérale de la Grande-Bretagne a été reconnue. C’était le minimum que pouvait et qu’aurait dû faire l’Etat mauricien pour préserver le respect acquis dans la scène régionale et internationale. Décision, certes, historique pour les Mauriciens car notre pays a été l’une des rares ex-colonies à confronter la Grande-Bretagne devant une instance internationale.

Que pensent les Chagossiens de toute cette affaire ? Que ressentent-ils quand nombre de nos compatriotes mauriciens fêtent avec tant de fierté l’indépendance de Maurice et tant d’autres sont décorés ? Une indépendance obtenue en échange de l’excision de l’archipel des Chagos qui a provoqué un drame humain silencieux pendant les années 60 et 70 ?

Déjà que l’on reconnaissait à peine l’existence de nos dépendances avant l’indépendance et après l’excision de l’archipel des Chagos, les Chagossiens ont été déportés dans des conditions inhumaines pour être exilés à Maurice et aux Seychelles…. déracinés de leurs îles natales pour être laissés à leur sort avec de minables compensations. Minables parce que l’île où l’on est né n’a pas de prix et que la vie que les Chagossiens avait construit sur les îles là-haut leur a été volée. Une vie, une histoire, un drame qui ne sauraient être contés par des mots… Des décennies de batailles juridiques, diplomatiques et d’échanges verbaux plus tard, certains d’entre eux s’accrochent toujours à l’espoir de pouvoir retourner dans leurs îles natales.

Pourquoi l’Etat mauricien ne convie-t-il pas les Chagossiens ou des représentants de la communauté chagossienne comme invité(s) d’honneur pour les célébrations de la fête nationale ? Les vrais héros sont les Chagossiens qui ont payé si cher le prix de notre indépendance ! Je salue votre courage, votre détermination, votre persévérance et espère sincèrement que justice soit faite.