Les années passent mais les services publics ne semblent pas toujours tirer des leçons des rapports soumis par le bureau national de l’Audit. Celui de l’année financière 2016-2017 relève de nouveau nombre de gaspillages ou de mauvaise gestion des fonds publics. Dans certains cas, en dépit de recommandations faites dans de précédents rapports.

Des sommes disparues… chez la police, des médicaments contrefaits, des loyers impayés ou réduits drastiquement, des manuels obsolètes, des équipements défectueux… Les exemples sont légion. Florilège.

  • Les investissements du gouvernement ne rapportent que 2%

L’Etat a investi Rs 14 milliards dans des entreprises, cotées en Bourse ou non. Et durant l’exercice budgétaire 2016-2017, il a engrangé des dividendes de Rs 298 millions. Soit un retour sur investissement de 2% seulement. Alors que les «dividends receivable» identifiéx par l’Etat durant l’année étaient de Rs 1,2 milliard. [voir à la page 19]

  • Rs 22,7 millions toujours introuvables au QG du Nord de la police

En examinant les comptes du 1er janvier 2009 au 31 mars 2015, le bureau de l’Audit avait remarqué que la totalité des sommes collectées durant cette période s’élevait à Rs 33,4 millions. Or, selon le bureau de l’Audit, il n’y a aucune indication que l’intégralité de cette somme [composée de paiement de frais de passeport, de permis de port d’arme, etc.] a bien été déposée en banque. A novembre 2016, le bureau de l’Audit a pu retracer Rs 10,7 millions. Les Rs 22,7 millions restants sont toujours un mystère.

Après enquête, il semble que 918 chèques, d’une valeur de Rs 14 millions, n’ont jamais été déposés en banque. Si une valeur de Rs 10 millions a pu être encaissée, quelque Rs 3,3 millions restants n’étaient plus encaissables. [voir à la page 100]

  • Rs 1,1 milliard non dépensées à la National Development Unit

La directrice de l’Audit, Kwee Chow Tse Yuet Cheong rappelle que ses rapports précédents mentionnent le fait que la National Development Unit gère mal les importantes dotations budgétaires qu’elle reçoit. Résultat : entre janvier 2015 et juin 2016, Rs 1,16 milliard n’ont pas été dépensées. Ce qui représente 53% du budget total alloué à l’institution. [voir à la page 94]

  • Un ROV à Rs 14 millions inutilisé en 3 ans

Le Remotely Operated Vehicule (ROV) acheté par la police en juin 2014 aurait dû servir à manipuler les explosifs ou intervenir en cas de situations dangereuses. Mais une série de pannes et de défauts de construction l’ont rendu inutilisable. Les tergiversations de la police sur les réparations ont causé un problème supplémentaire : la période de garantie est désormais expirée. Tout frais de réparation est désormais à la charge de la police. [voir à la page 101]

  • CGS Guardian : Acheté à Rs 62 millions, il a déjà coûté plus de Rs 200 millions à l’Etat

Le CGS Guardian, patrouilleur de haute mer acheté seconde main en 1993, détient un historique assez peu flatteur. Il n’a effectué que 17 sorties en haute mer depuis qu’il est à Maurice et a accumulé seulement 290 heures de navigation par an. Les avaries à répétition du patrouilleur ont coûté au moins Rs 200 millions à l’Etat, estime le bureau de l’Audit. Qui presse le gouvernement de se débarrasser du navire au plus tôt. Et de ne surtout pas effectuer un Service Life Extension Refit en Inde qui coûterait à nouveau Rs 270 millions. [voir à la page 102]

  • Prison de Melrose : 544 caméras, dont 77 qui ne marchent pas

Avec plus de 500 caméras de surveillance à maintenir, la Eastern High Security Prison de Melrose dispose d’un contrat de maintenance quinquennal de Rs 21,8 millions, dont Rs 4,3 millions déjà déboursées pour la période 2016-2017. Toutefois, le bureau de l’Audit remarque que 73 caméras n’étaient pas en opération entre juillet 2016 et avril 2017. 67 autres caméras étaient hors service entre novembre 2016 et avril 2017. Alors que des 33 enregistreurs vidéo dans la prison, un seul appareil a fonctionné de novembre 2016 à février 2017. [voir à la page 109]

  • 7 entreprises doivent Rs 436 millions de loyer au ministère du Logement et des Terres

Les loyers payables sur les terres de l’Etat se sont accumulés entre juillet 2008 et juillet 2016, jusqu’à atteindre Rs 436,8 millions pour un total de 9 baux octroyés à 7 entreprises. Le bureau de l’Audit note qu’en octobre 2017, le ministère a évoqué la possibilité de rayer ces dettes. Une éventualité qui fait sourciller la directrice de l’Audit, qui note que la plupart de ces entreprises sont toujours actives et qu’elles peuvent donc faire l’objet de poursuites. [voir à la page 121]

  • LAVIMS : Le système qui a coûté Rs 808 millions mais répertorie mal les propriétés

Le Land Administration, Valuation and Information Management System (LAVIMS) était annoncé comme une révolution permettant de mettre en place un cadastre complet de toutes les propriétés et parcelles de terrain du pays. Si à novembre 2017, quelque Rs 808,5 millions ont été dépensées pour ce projet, 50% des propriétés qu’il répertorie ne contiennent pas de Land Survey Plan ou de plan de situation. Sans compter les parcelles de terrain du cadastre qui sont mal reliés à leurs titres de propriétés ou d’autres plans.[voir à la page 122]

  • La MRA face à 1 410 débiteurs coriaces

Ils sont 1 410 et se retrouvent dans 3 065 dossiers qui représentent près de 70% des sommes dues mais jugées «non collectible» par la Mauritius Revenue Authority. La valeur totale des produits qui font l’objet d’un différend s’élève à Rs 14,4 milliards. [voir à la page 138]

  • 11 406 bouteilles de whisky s’évadent de la Cargo Handling Corporation

En mars 2000, 16 836 bouteilles de whisky ont été débarquées à la Cargo Handling Corporation (CHCL) et saisies par la douane. Après enquête de la police, le bureau du Directeur des poursuites publiques n’a pas requis de poursuites. Entre-temps, les officers de la douane ont placé tous les cartons dans un conteneur qui est resté à la CHCL. Mais une inspection de la police en décembre 2005 a relevé la disparition de 11 406 bouteilles. Après analyse des 5 430 bouteilles restantes, il a été déterminé qu’elles ne sont pas «in accordance with standards». La MRA aurait dû récupérer près de Rs 2 millions de taxes diverses de ces bouteilles. [voir à la page 154]

  • La phase 4 du Mahatma Gandhi SSS de Moka en retard de 42 mois

La nouvelle aile du collège aurait dû être terminée en mars 2014. Une extension du délai jusqu’en avril 2015 n’a rien fait. Et aucun délai supplémentaire ne devait être accordé. Ce projet avait initialement été évalué à Rs 149 millions lors de son démarrage en 2012. A mars 2017, le contracteur avait déjà encaissé Rs 107 millions. Le chantier a finalement été livré en août 2017, après deux nouvelles extensions du délai. [voir à la page 181]

  • 153 000 manuels de primaire à la poubelle

Avec l’introduction du nouveau programme scolaire dans le cadre du 9-Year Schooling, de nombreux manuels ont été revus. Ainsi, 153 000 livres de classe, imprimés avant 2017 et évalués à Rs 7,2 millions, devront être détruits car devenus obsolètes. [voir à la page 195]

  • 32 000 fioles de paracétamol étaient des contrefaçons

En mai 2017, le ministère de la Santé a rappelé un peu plus de 32 000 fioles de 50 ml et de 100 ml de paracétamol car des «fake products». Le fournisseur a été prié de rembourser Rs 1,5 million sur une cargaison évaluée à Rs 2,5 millions.

Du sirop pour la toux Mucosol a aussi été retiré des hôpitaux et centres médicaux après avoir été évalué comme étant «unfit for consumption» en juin 2017. Le fournisseur a dû rembourser la somme de Rs 3,7 millions, soit la valeur totale de la cargaison achetée.

Le bureau de l’Audit note une série d’irrégularités dans la manière dans les procédures d’achats de médicament par le ministère de la Santé. [voir à la page 199]

  • Traitement contre le cancer en panne : Maurice en déphasage total avec l’étranger

Essentiels à traitement de plusieurs types de cancer, le linear accelerator et le X-ray simulator du ministère de la Santé sont pourtant restés hors service pendant des mois. Ces équipements, vieux de 8 à 23 ans, ne permettent pas au pays d’offrir un traitement adéquat et moderne aux patients atteints de cancer, note le rapport de l’Audit. Qui évoque plus loin des traitements inadéquats, voire contre-indiqués, donnés à certains faute d’équipements en état de marche.

En attendant de faire réparer ces équipements, l’Etat a dû financer le traitement à l’étranger de 25 patients, en février 2017. [voir en page 202]

  • Des petites libertés prises dans l’achat de deux CT Scans pour Rs 52 millions

Le ministère de la Santé a souhaité aller vite. Au lieu d’acheter deux scanners à environs Rs 30 millions pièce, le ministère a préféré les acheter un à un pour ne pas devoir passer par les étapes compliquées d’appels d’offres pour des achats supérieurs à Rs 50 millions. Conséquence : le ministère a agi en violation de l’article 49 de la Public Procurement Act, conclue le rapport de l’Audit. Plus loin, le bureau de l’Audit se demande également si s’étant départie de l’exercice rigoureux prévu par la loi, le ministère a bien obtenu des équipements «value for money». [voir à la page 204 ]

  • Le National Wholesale Market pas prêt de voir le jour

Estimé à Rs 195 millions en 2008, le projet d’un National Wholesale Market est désormais évalué à Rs 370 millions. Le rapport de l’Audit prévient toutefois : cette somme gonflera encore jusqu’à ce que le contrat de construction soit alloué. «The main objectives for the setting up of a NWM will not materialise in the near future», conclut la directrice de l’audit. [voir à la page 241]

  • Heritage City : Un découvert bancaire de Rs 7 millions au 31 janvier 2017

Rs 55 millions ont été dépensées par l’Etat pour ce projet mort-né et jadis piloté par Roshi Bhadain. Le ministère des Services financiers avait fait savoir au bureau de l’Audit que Rs 47,2 millions avaient été dépensaient, laissant Rs 7,8 million dans les caisses de Heritage City Ltd à août 2016. Toutefois, selon le bureau de l’Audit, les dépenses additionnelles par l’entreprise n’ont pas été identifiées, car elle affichait un découvert de Rs 7,6 millions à fin janvier 2017. [Voir en page 257]

  • Mauritius Pride : Rs 61 000 d’économies par jour si on avait acheté un nouveau bateau

La décision de remplacer le Mauritius Pride par un bateau de location, le MV Anna, a coûté à l’Etat USD 1 858 par jour, soit un peu plus de Rs 61 000. Le bureau de l’Audit estime que la décision du gouvernement d’acheter un transporteur de seconde main en 2014, à travers un prêt de Rs 112 millions, était opportune. Vu que qu’entre-temps, le coût d’achat d’un nouveau navire a augmenté de 400%. [voir à la page 265]

Photo d’archive

Audit Report 1st July 2016 to 30th June 2017 by ION News on Scribd