Elle a 11 ans. Son beau-frère abuse sexuellement d’elle devant sa sœur qui se serait assise et les aurait regardés.

Cette enfant victime savait-elle que personne n’avait le droit de la toucher ? Outre le fait qu’elle sentait que ce qu’elle subissait n’était pas normal ? Comment penser que cette situation est anormale alors que sa sœur la cautionne ?

Dans plusieurs cas, les parents savent que leur enfant est victime et ils choisissent de se taire. Protégeant ainsi l’agresseur. Et jetant en pâture leur enfant.

Car un agresseur sexuel, selon les recherches, n’arrête pas d’agresser à moins qu’il ne soit chimiquement castré (avec son consentement), emprisonné et ne bénéficie d’un long suivi thérapeutique de qualité.

Tout abus sexuel a des conséquences graves pour toute personne qui en est victime.

Sur le plan psychologique, social, physique et sur la vie sexuelle.

Dans l’enfance, l’adolescence et à l’âge adulte.

Forward (Goddard & Mudaly 2006) qualifie un abus sexuel d’« ultimate betrayal ». Il s’agit aussi d’un abus de confiance, de pouvoir, d’autorité.

La gravité des conséquences dépend de plusieurs facteurs (Nisse, Guyer, Sabourin, 1991) :

  • L’âge de l’enfant lors de l’abus : plus celui-ci est précoce, plus il est dangereux car la personnalité de l’enfant est en pleine formation.
  • La durée de l’abus, encore plus grave s’il perdure.
  • Le plaisir éventuel qu’aurait pu ressentir l’enfant victime car une masturbation ou fellation peut lui procurer du plaisir sexuel. C’est physiologique. Même si en aucun cas l’enfant ne peut être consentant ! Il n’a pas la maturité psychique pour consentir à un acte sexuel avec quelqu’un de plus âgé.
  • La validation de la parole de l’enfant. Ferenczi (Psychanalyse 4, 1982) écrit : « Le pire, c’est vraiment le désaveu. » Souvent, il dit mais n’est pas cru ou est sommé de se taire.
  • L’absence de preuves matérielles : très fréquente dans des situations d’agression sexuelle par attouchements, masturbation, fellation, présentation d’images pornographiques, etc.
  • Et l’absence de traitement judiciaire et/ou mauvais traitements institutionnels.

Les conséquences sont exhaustives. Seront listées quelques-unes au niveau psychologique. Cela suffit largement pour être alarmé des dégâts que peuvent causer un abus sexuel. Qu’il s’agisse d’un baiser forcé, d’un attouchement ou d’un viol.

  • 93 % des victimes d’inceste de la part d’adultes ont peur des autres (sondage IPSOS AIVI 2010).

La peur est liée aux représailles, au fait de ne pas être cru, de ne plus être accepté par sa famille, de se sentir jugé et condamné, des conséquences du dévoilement. Car l’agresseur menace l’enfant victime en le rendant responsable, s’il le dénonce ; d’aller en prison, de briser la famille, de trahir le secret, etc.

  • Une image de soi défaillante difficile à reconstruire.
  • Un sentiment de honte, de solitude et d’abandon perdure.
  • Le sentiment de culpabilité est omniprésent. Lié à la séduction sur laquelle insiste l’agresseur, au plaisir ressenti, au fait de ne pas avoir dit non.

Summit (1983) décrit le « Child Sexual Abuse Accommodation Syndrome » par étape. Il s’agit du secret imposé par l’agresseur ; du sentiment d’impuissance ressenti par l’enfant victime pris au piège. Puis de la révélation tardive, rarement convaincante faute de preuves matérielles ou du trop long silence, et enfin de la rétractation.

On ne peut que comprendre qu’un enfant ne peut s’opposer à une personne plus âgée, qu’il connaît et aime, dans plus de 80 % des cas. Qui le manipule, lui promet des cadeaux, lui affirme que c’est normal, qu’il commet ces actes par amour. Alors que l’agresseur ne cherche qu’à assouvir son plaisir sexuel.

Liés aux abus sexuels :

– des troubles du comportement alimentaire : anorexie, boulimie, chez 76 % des victimes d’inceste (AIVI IPSOS 2010).

– des troubles du sommeil pour 20 à 30 % des enfants (Hamel & Cadrin, 1991).

– 29 % des hommes et 55 % de femmes toxicomanes ont été victimes (Glover et al, 1996).

– 60 % des victimes sont en dépression (Schulte & al, 1995)

– idées suicidaires, tentatives et suicides accomplis. Il y aurait 3 à 4 fois plus de tentatives de suicide quand l’agression sexuelle est perpétrée avant l’âge de 16 ans selon Davidson et col. 1996.

Ne minimisons pas les abus sexuels.

Protégeons les enfants victimes.

Child Development Unit, hotline : 113

Ombudsperson For Children, tél. : 454 30 10

Pédostop : Facebook,[email protected]