La tentation sera forte, chez les uns et les autres, de tout relativiser. Notamment en se basant sur le faible taux de participation (54,96%) à la partielle de ce 17 décembre. Ou encore, en notant que le vainqueur n’obtient que 35,11% des suffrages exprimés, alors que les gagnants des partielles de 1999, 2003 et 2009 avaient respectivement recueilli 45,67%, 51,53% et 52,56% des votes. Il faudra leur opposer deux faits.

D’une part, quasiment tous les candidats en vue ont prononcé la formule incantatoire selon laquelle l’électorat de Belle-Rose/Quatre-Bornes est «éclairé». Il serait malhonnête, maintenant, d’aller expliquer que la majorité relative des 23 112 personnes qui ont choisi d’aller voter ce dimanche est composée d’ignorants. D’autre part, Arvin Boolell suscite l’adhésion de 35% des votants en dehors de tout contexte d’alliance. En effet, en 1999, le duo PTr-PMXD avait fait élire Xavier Duval contre l’entente MSM-MMM. En 2003, la même confrontation avait assuré la victoire de Rajesh Jeetah. En 2009, Pravind Jugnauth a été élu, face au MMM, grâce au soutien ostentatoire et massif des travaillistes.

Il y a ainsi bien des enseignements à tirer des performances des uns et des autres, ce 17 décembre. Nous en dénombrons au moins sept.

Un vote pour Boolell est bien un vote pour Ramgoolam. Presque tous les adversaires du Parti travailliste ont employé la formule. En espérant raviver le sentiment de rejet parmi les sympathisants rouges conservateurs et les indécis. De toute évidence, en recueillant 145% de votes de plus que le MMM, le PTr a démontré qu’il a suscité une adhésion allant au-delà de la sympathie pour un Arvin Boolell affable et consensuel. Il n’y a qu’à voir la manière dont le leader du Parti travailliste a agi à la proclamation des résultats de la partielle, ce 18 décembre pour s’en convaincre. Prenant la parole avant le vainqueur, Navin Ramgoolam a prononcé, ce dimanche, le discours du vrai vainqueur. Laissant clairement entendre qu’il demeure solidement en place à la tête du parti. Et dressant l’affaiblissement du gouvernement et l’obtention de législatives anticipées comme les objectifs à court terme de son parti.

Le leadership de Bérenger est en cause. Peu après la fermeture des bureaux de votes, ce dimanche, une confiance mesurée a gagné les cadres du MMM. Surtout face à une hiérarchie PTr dont les optimistes tablaient sur une victoire «confortable» de 1 500. Les plus pessimistes le voyant dépasser Nita Juddoo de 500 à 700 votes, voire perdre à quelques dizaines de votes près. Rassurante, articulée et efficace en one-on-one et c’est la personnalité de la candidate du MMM qui aurait fait la différence. Si le MMM gagnait, ce serait la victoire de Juddoo. Mais les 4 739 votes d’écart entre les mauves et les rouges signifient avant tout la défaite de Bérenger.

Si les quelques suiveurs-opportunistes qui entourent le leader du MMM – et même ce dernier – ont probablement déjà tout un argumentaire pour relativiser la défaite, ils ne peuvent ignorer la colère qui gronde au sein de la hiérarchie du parti. Après tout, elle n’a célébré aucune victoire large et claire depuis les municipales d’octobre 2001. Récemment, cette hiérarchie a dû avaler sans broncher le choix quasi unilatéral du leader. Qui avait décrété que le 18 voulait faire confiance à une nouvelle tête et à une femme. Sacrifiant, au passage, les mauves expérimentés et connus qui auraient pu briguer le suffrage. Bérenger doit désormais assumer la responsabilité d’une énième erreur tactique. Il y a peu de chances qu’il s’en sorte une nouvelle fois avec son numéro classique d’intimidation à l’égard des voix contraires.

L’arrogance suscite le rejet. Le racisme en moins et l’arrogance en plus, Roshi Bhadain est un peu le Le Pen local. Tant ils sont similaires dans leur approche. Le leader du Reform Party a pris un malin plaisir à dénigrer ses adversaires, notamment sur leur physique, croyant être drôle avec ses boutades dignes d’un ado boutonneux de grade 11. Parallèlement, il a méthodiquement porté son «seo malpropte» durant la campagne. S’en prenant à Boolell et à Ramgoolam avec hargne et brutalité et sans aucune finesse d’argumentation.

Le leader du Reform Party est comptable de formation, il saura donc faire du creative accounting autour de sa 3e position à seulement 348 voix du MMM. Feignant d’ignorer qu’en fait, il a bénéficié de la mauvaise performance des mauves et de l’effondrement du PMSD. Celui qui avait proclamé qu’il allait gagner avec 2000 voix d’avance a failli se faire battre – à 302 voix près – par Jack Bizlall. Ce dimanche, le lion n’a été qu’une hyène. Profitant de la faiblesse d’un fauve mal en point – le MMM – pour se chiper un repas.

Le paradoxe de la gauche. Avec 11,47% des suffrages exprimés, soit 2 611 votes, Jack Bizlall réédite son bon score (11,53%) obtenu à Beau-Bassin/Petite-Rivière lors des législatives de 2014. Pendant ce temps, Kugan Parapen, qui avait pourtant suscité l’adhésion de 2 093 électeurs au no 18 en 2014, s’effondre à 932 votes. C’est un bien mauvais score compte tenu de l’omniprésence des principaux animateurs de Rezistans ek Alternativ. Notamment à travers leurs conférences de presse régulières, leurs activités syndicales ou encore leur succursale associative : Aret Kokin Nu Laplaz.

Est-ce à dire, en admettant que le no 18 est représentatif de l’île, que la gauche peut fédérer pas loin de 17% des électeurs ? On ne le saura pas. Car, en l’état, l’union de la gauche est impossible. Si les dirigeants des principaux partis alternatifs vilipendent généreusement les responsables des partis traditionnels, ils souffrent, comme eux, de mêmes problèmes d’ego qui les empêchent de voir au-delà de leurs petites chapelles.

L’effondrement du PMSD recomposera l’opposition. C’est à se demander si Xavier Duval n’est pas dans une position autrement plus délicate que Bérenger. Le leader des bleus a dit sur tous les tons que son parti et lui entendent jouer un rôle prépondérant sur la scène politique. Transformant, au passage, la partielle en un vote de remerciement pour ses 12 ans passés à représenter le no 18. Au-delà du mauvais casting de Dhanesh Maraye – dépourvu de charisme et de flair politique –, c’est surtout Duval qui se prend une douloureuse et sonore claque électorale en suscitant l’adhésion de seulement 9,57% des votants.

Bien obligé de cesser ses fanfaronnades, le coq de la basse-cour se retrouve de facto en soldes face à un Ramgoolam qui réduira son allié naturel à sa portion congrue. Quitte à encourager un réaménagement des rapports de force dans l’opposition parlementaire afin que les travaillistes y jouent un rôle plus important. Le PTr dispose déjà de quelques cartouches pour y arriver.

Un vrai faux cheval de Troie. Les rouges pourront probablement compter sur le soutien des deux députés du Mouvement patriotique (MP) pour réaligner l’opposition parlementaire, le moment venu. Cela semble évident si on se fie au comportement des principaux dirigeants du parti d’Alan Ganoo, le jour du dépouillement. Dès l’exercice de tri des bulletins de votes par ballots de 100, tout sourire, des dirigeants MP félicitaient chaleureusement leurs camarades travaillistes pour leur victoire «landslide». Au fil des heures, ce lundi, nous en avons croisé plusieurs qui se comportaient quasiment en vainqueur de la partielle.

Certes, cette attitude s’explique peut-être par la jubilation de voir les anciens camarades mauves mordre la poussière. Si certains travaillistes surnomment Tania Diolle le Cheval de Troie, il faut bien admettre que la stratégie du MP, si c’en était bien une, de diviser le bassin de vote du MMM n’a pas été décisive. Car même si les mauves avaient retenu tous les 1 516 votes exprimés en faveur de la candidate du parti de la rose, Boolell aurait toujours devancé Juddoo de plus de 3 000 votes.

Le renouveau tarde. A voir les scores de Yuvan Beejadhur ou d’Alexandre Barbès-Pougnet, on doit conclure que leurs partis sont encore bien loin de susciter l’adhésion de 3000 électeurs à eux deux. S’ils ont dit incarner le renouveau politique dont le pays a besoin, les responsables des deux formations ont fait preuve d’un manque de connaissance de notre processus électoral et d’un argumentaire académique et technocratique qui a abouti à un résultat prévisible : 85 votes pour le Ralliement citoyen pour la patrie et 122 votes pour le Nouveau Front Politik. Autant dire, absolument aucune fondation pour construire un mouvement pérenne. Leurs piètres performances démontrent que le renouveau germera plus facilement de l’intelligence de situation de ceux qui vivent et qui sont ancrés dans la réalité mauricienne. Plutôt que de ceux qui cherchent à importer des modèles étrangers en partant du postulat que le salut vient forcément d’ailleurs.