Plusieurs cas de violences sexuelles sur des enfants, commises par des enfants, sont signalés et médiatisés cette année à Maurice. Ces enfants auteurs ont 7 ans, 10 ans…

Un mineur auteur de violence sexuelle est un enfant. En construction.

Selon Rabaux (2007), «des profils psycho-pathologiques du mineur délinquant sexuel ont été dressés par des chercheurs anglo-saxons et belges. Il présente souvent des troubles de l’identité, caractérisé par un défaut de mentalisation. Souvent introverti, en souffrance, présentant des difficultés à établir un contact social avec ses pairs, il a un vécu isolé, voire persécutif de son entourage». Elle poursuit en mentionnant que «les mineurs présentant des déviances sexuelles sont également fréquemment des enfants ayant évolué dans un contexte familial peu adapté. Des parents distants, absents, inaccessibles, alcooliques, voire maltraitants ou eux-mêmes abuseurs peuvent entraîner un comportement déviant de leur enfant au stade de l’adolescence, passage difficile entre l’enfance et la vie adulte, où la puissance du désir sexuel peut dépasser la curiosité normale et s’inscrire dans un schéma de délinquance».

L’expérience et l’expertise de Samuel Lemitre rejoignent cette analyse. En 2016, il mentionne que les mineurs auteurs de violence sexuelle ont subi, de manière durable, des violences physiques, psychologiques ou sexuelles. Des manques de soin et d’amour. Une absence de reconnaissance et de valorisation du regard parental.  Cela crée des défaillances dans la construction de son identité.

Les enfants auteurs de violence sexuelle ont un développement défaillant vu le manque d’amour et de soin ou les violences subies ; ainsi qu’un attachement sécure faisant défaut. Ce qui fait qu’ils recherchent le contact, le lien avec d’autres mais leur manière de le faire est inappropriée. Pour Dr Lemitre, ces enfants veulent découvrir qui ils sont et ne savent pas être en relation autrement que par des actes sexuels.

Cet enfant auteur, peu ou pas investi de soin ni d’amour, est donc un enfant qui a besoin d’aide et de soutien.

Un enfant qui a besoin que soit posé sur lui un regard d’humanité et de bienveillance.

Ce n’est pas un pervers, ni un sodomite, ni un pédophile.

Il est crucial de distinguer la personne qu’il est des actes commis. Crucial de voir l’être humain, l’enfant en lui et ne surtout pas l’étiqueter, encore plus à Maurice, pays minuscule où faits et gestes sont surveillés, connus et véhiculés de très longues années…

Selon Rabaux (2007), en France en 2003, une personne sur quatre mise en cause pour un fait de violence sexuelle sur mineur est un mineur. Ce chiffre d’1 sur 4 est aussi mis en évidence dans le rapport de l’Association Mémoire Traumatique et Victimologie avec le soutien de l’Unicef France, publié en mars 2015. Ce chiffre s’approcherait plutôt d’1 sur 3, selon Samuel Lemitre (2016), qui sera bientôt à Maurice (voir plus bas).

La loi du silence prévaut dans cette problématique d’agressions sexuelles sur les enfants. Situations où plus de 90% des auteurs de ces violences sont des proches de l’enfant victime. Nombre de cas ne sont pas signalés par méconnaissance de ce qu’est un abus sexuel ; à cause du tabou ; par peur (de ne pas être cru, de briser la famille, des menaces faites par l’auteur ou la famille, etc.) ; par honte ; pression sociale ; pour protéger l’auteur des agressions ; à cause de la sensation de l’enfant victime d’être pris au piège ; du déni, etc.

Le vécu de souffrance de ces mineurs auteurs fait qu’ils ont besoin de soutien psychologique de qualité, par des thérapeutes informés, formés et compétents pour qu’ils prennent conscience de leurs actes et apprennent à être en lien de manière appropriée.

Des entretiens avec un nombre significatifs d’auteurs d’agression sexuelle dans les années 80 ont mis en évidence leur histoire en criminalité sexuelle qui avait commencé à l’adolescence, selon Lemitre (2016). Soyons donc vigilants dès l’enfance.

Pour les mineurs auteurs de violence sexuelle, il importe de trouver une solution pénale et/ou éducative, également thérapeutique, qui permette une prise en charge complète, destinée à l’aider à ne pas devenir un délinquant sexuel adulte. Permettant de réduire les risques de récidive et de protéger les potentielles victimes.

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger est psychosociologue et membre du Kolektif Drwa Zanfan Morisien. Le KDZM est constitué d’institutions, d’ONG et de membres individuels : ANFEN, Autisme Maurice, Caritas, Chrysalide, CUT, l’équipe de Discipline de Psychologie de l’ICJM,  Kinouété, TIPA, T1 Diam’s. Membres individuels : Martine Lassémillante, Marie-Laure Ziss-Phokeer, Isabelle David-Philippe.

Le Dr Samuel Lemitre à Maurice

Dans le cadre de la Journée internationale des Droits de l’Enfant le 19 novembre, le Kolektif Drwa Zanfan Morisien initie une formation en partenariat avec la Fondation Joseph Lagesse et le groupe Véranda Resorts. Cette formation sur la prise en charge des mineurs, auteurs de violence sexuelle sera assurée par Dr Samuel Lemitre, docteur en psychologie, psychothérapeute et président d’EIDO, Centre de soin des traumatismes et des violences à Paris.

Il a travaillé pendant plus de 15 ans auprès des mineurs auteurs et victimes d’agressions sexuelles et a créé à Paris un centre de soin spécialisé dans le traitement des traumatismes et des violences familiales. Il a travaillé dans le service du Dr Roland Coutanceau, psychiatre expert spécialisé dans l’approche en criminologie clinique. Qui a contribué à la mise en place en France du suivi socio-judiciaire des délinquants sexuels et à l’opérationnalisation clinique des obligations de soins pour les pédocriminels sous main de justice.

Il vient pour assurer trois jours de formation, du 27 au 29 novembre : deux jours aux membres d’ONG, du secteur éducatif et officiers impliqués dans la protection de l’enfance. Puis une journée aux professionnels de la santé mentale: psychologues, counsellors et thérapeutes.

Cette formation permettra de mieux comprendre cette problématique et d’outiller les professionnels impliqués dans la protection de l’enfance pour améliorer la prise en charge de ces mineurs, auteurs de violence sexuelle.