Une bonne partie des critiques à l’issue de la conférence de presse de Nandanee Soornack sont injustes. Aussi bien à l’égard des journalistes qu’envers Nandanee Soornack dans une certaine mesure.  Teasé à mort ; survendu comme un déballage de faits les uns plus croustillants que les autres, l’exercice de communication de la femme d’affaires a généré une grande attente parmi les Mauriciens connectés. Le résultat final a donc fortement déplu et déçu ceux qui s’étaient connectés pour regarder Nandanee Soornack livrer ses vérités. Pourtant, comme dans les westerns classiques, il était évident que la diligence des journalistes mauriciens à Milan filait droit vers une embuscade. Explications sur une bataille qui s’est déroulée à armes inégales.

Un terrain inapproprié. Non, nous ne parlons pas de l’hôtel Dei Cavalieri de Milan, où Soornack a parlé à la presse. Mais plutôt du format de l’interaction. L’ex-agent travailliste n’a pas affronté seule les journalistes. Elle était flanquée de ses avocats. De ce fait, elle n’a jamais vraiment pu être interrogée sans qu’un de ses hommes de loi ne vole à son secours ou ne l’interrompe. Parfois pour donner la version « autorisée » de ce qu’elle peut dire. Ou alors pour affirmer qu’une question est tout simplement irrecevable. Ce qui a coupé net l’interaction et le flot naturel qui s’installent habituellement entre une personne et son auditoire de journalistes.

Une erreur de casting. Nandanee Soornack a-t-elle toutefois vraiment fait face à des journalistes susceptibles de lui tirer les vers du nez ? Probablement pas. Passons sur l’animateur qui s’improvise en interviewer d’actualité. Car si on décide de conduire sa line of questioning sur le mode pitre, il ne faut pas s’étonner d’entendre des âneries sur la beauté de Soornack. Revenons plutôt aux professionnels qui ont fait le déplacement à Milan. Dans le panel d’interviewers figure un journaliste chevronné, de carrière. Et dont le travail de documentation sur Nandanee Soornack est fouillé et factuel. Or, ses questions, pour certaines pertinentes, sont presque toutes tombées à plat. Quand elles n’ont pas été balayées par les avocats de la dame de Parme.

Quelques raisons expliquent cette débâcle journalistique. Ainsi, au lieu d’envoyer des fantassins aguerris à ce type de bataille, les responsables de rédaction ont préféré déléguer leurs cadres – ou le chouchou imposé des autres – à Milan. Ils l’ont fait en méconnaissant un élément fondamental de l’exercice de ce mercredi. Nous étions dans un format d’interview télévisée. Mais les journalistes présents l’ont abordé avec des réflexes de presse écrite ou de radio. Les milliers de personnes qui se sont connectées pour REGARDER et ECOUTER Nandanee Soornack dire sa vérité s’attendaient à du spectacle et de la théâtralité… des deux côtés de la table. Mais les journalistes sont restés étonnamment modérés. Ne poussant que timidement Soornack pour qu’elle en dise davantage. En tout cas, jamais jusqu’à ses retranchements.

Un format trop rigide. Est-ce à dire, par exemple, qu’un journaliste gueulard aurait pu changer le cours de la conférence de presse ? On peut en douter. En effet, Soornack avait clairement élaboré un script, une sorte de playbook de ses réponses avec ses avocats. Elle a probablement bien répété ses gammes. Régurgitant consciencieusement les phrases apprises sur son enfant, l’affaire Roches-Noires, Airway Coffee ou Rakesh Gooljaury. Que Soornack qualifie – en employant mot pour mot la formule de Navin Ramgoolam – de « self-confessed liar ». Quelle coïncidence !

Alors qu’auraient donné des échanges plus musclés face au playbook de Soornack ? Il faut imaginer un journaliste posant calmement les faits sur l’achat d’une demeure coloniale pour des dizaines de millions à Floréal pour ensuite questionner Soornack 2, 3, 4, 5 fois sur le financement de cette transaction. Tout en pratiquant le circling back pour revenir à la question quelques minutes plus tard. Il faut aussi penser au coup de colère savamment prémédité d’un journaliste interpellant de manière tapageuse Soornack. « Vous et vos avocats nous avez assuré que vous alliez tout dire ! Il est inadmissible que vous nous ayez amené à dépenser autant d’argent pour nous débiter des platitudes lors de votre conférence de presse. Les personnes, ces milliers de personnes qui nous regardent en direct veulent des réponses ! »

Ceux qui regardaient la conférence de presse s’attendaient sans doute à ce type de réactions et d’actions des journalistes. Il n’y en a pas eu. Ce qui est bien dommage. Mais avouons que ce type de coup d’éclat, qui aurait eu pour effet de secouer un peu leur interlocutrice, ne l’aurait certainement pas conduit à en dire davantage que ce qu’elle et ses avocats avaient convenu de dire. Le verdict des spectateurs a donc été sans appel devant un match – doublement – nul entre les journalistes et Soornack.

Finira-t-elle par répondre aux questions que tout le monde se pose ? Probablement. Mais pas lors d’une nouvelle conférence de presse. La femme d’affaires sait qu’accorder une interview, même aidée de ses avocats, constitue un risque important. L’exercice étant plus périlleux car moins maîtrisable. Au final, des deux heures de diatribe de Soornack, on retiendra le timbre de sa voix, son apparence et ce visage qui a tellement changé au fil des ans. Qu’aura-t-on appris d’autre ? Ah !? Qu’elle n’a jamais vendu de cotomili. Une information qui a trouvé sa place en titre. C’est dire à quel point cette première sortie médiatique de Soornack manquait de saveur fine…