N’en doutons pas. Le Premier ministre sait faire preuve d’élégance. Il n’y a qu’à le voir, rutilant parmi les plus grands chefs d’Etat de ce monde, pour s’en convaincre. Cette qualité, Navin Ramgoolam la cultive aussi dans ses relations. Il en a même fait une arme terriblement efficace servant parfois à désarmer, voire à charmer ses adversaires les plus redoutables. L’élégance, il la cultive également à l’écrit. Comme dans la mise au point servie à l’express hier. Dans laquelle le Premier ministre dénonce justement l’amnésie dont l’éditorialiste du quotidien a été victime en critiquant l’acquisition d’une voiture de luxe par le Premier ministre.

Le problème, toutefois, avec Ramgoolam, c’est que, chez lui, l’exceptionnel côtoie trop souvent l’insupportable. Il en a encore une fois fait la désolante démonstration hier, lors des célébrations nationales de la fête Yaum-Un-Nabi.

Le Premier ministre – le temps d’un discours alambiqué – a complètement oublié qu’il est un chef de gouvernement, tenu de faire honneur à sa stature d’homme d’Etat. Or, en s’adressant à un parterre d’invités de marque, notamment des diplomates, il a choisi de se comporter en petit patron de république bananière sans grande envergure. Presque même en locataire d’une varangue de boutique déblatérant sur la thématique : « Pese paye lor later mem sa. »

Ramgoolam a ainsi trouvé que l’ancien Premier ministre israélien, récemment décédé après un coma de huit ans, a quelque part mérité sa « pénitence » parce qu’il « en avait trop fait ». Pour ensuite expliquer qu’il ne voit pas pourquoi « Israël peut avoir une bombe nucléaire et pas l’Iran ». Du coup, Ramgoolam, n’avait rien à envier hier aux Mugabe, Ahmadinejad et autres Kim Jong-Un de la terre. Tant ses propos ont été outranciers.

La claque du Premier ministre, bien répartie dans la salle, a tenté à maintes reprises de faire applaudir les propos indignes de leur idole. Avec un succès souvent mitigé. Preuve que ceux que Ramgoolam voulait conquérir avec un brin d’antisionisme et de soutien à l’Iran ne sont peut-être pas aussi niais que le chef du Parti travailliste voudrait le croire.

C’est que quelque part, en adoptant sa très contestable posture pro-nucléaire iranien, Ramgoolam se fait plus royaliste que le roi. Ou, plus précisément… que le prince. En effet, dans une interview accordée à Bloomberg, fin novembre, le très influent prince saoudien Alwaleed bin Talal a candidement expliqué qu’une attaque d’Israël visant à neutraliser le programme nucléaire iranien serait « condamnée publiquement » par les pays Arabes qui, « en privé, adoreraient cela ». Israël, le dit sans ambages Alwaleed, est moins dangereux pour les pays arabes que l’Iran.

En prononçant un discours aussi politicien et opportuniste, Ramgoolam ne vaut guère mieux que Paul Bérenger. Celui-ci pensait, un temps, que le seul fait de se déguiser en sherwani et pagri suffisait à s’attirer la sympathie de la composante majoritaire de la population. Depuis, Bérenger semble avoir appris sa leçon. Quand est-ce que Ramgoolam apprendra la sienne ?