L’expulsion de Michael Sik Yuen du PMSD place ce début 2014 sous le signe de la politique la plus partisane. Il est question de transfuges, d’alliance, de « sections » de la population à conserver…. Bref, de cette politique politicienne qui, à l’heure du café, permet de meubler la conversation une fois celle sur la Premier League épuisée. Cette entame serait même fort appropriée : Paul Bérenger nous a prévenu que cette année – promis, juré – sera celle des législatives. Comme il l’avait fait en 2012 et en 2013. Date des élections, compositions des alliances, identité des vainqueurs : chacun a sa petite idée, peu résisteront à l’envie de les partager avec vous.

Mais sait-on vraiment de quoi on parle ? La plupart de nos analyses politiques se basent sur une grande inconnue, l’opinion de la population. Evidemment, gouvernement et opposition affirment – et c’est crucial pour leur stratégie – avoir les faveurs de l’électorat. Mais même les observateurs les plus neutres sont dépourvus d’outils précis pour mesurer l’humeur du Mauricien. Le sondage politique n’est pas entré dans nos mœurs. La faute à un manque de moyens, et parfois de volonté, des grands médias. Et comme le montre la réception des deux éditions de Politis (DCDM Research – l’express dimanche) en 2013, l’exercice n’a pas encore convaincu le citoyen. Quant au politicien, à Maurice comme ailleurs, son attitude dépend surtout de ce que le sondage dit de lui.

Un sondage n’est pas un oracle. Il ne photographie qu’un instant précis de l’opinion, et dépend beaucoup de la confiance inspirée au sondé. Mais toute méthodologie demande à être améliorée, voire confrontée à des modèles concurrents. La réponse aux carences, ce n’est donc pas « moins», mais « plus » et « mieux ». Il faut ensuite savoir les interpréter. Nate Silver, blogueur américain et auteur de The Signal and The Noise, a correctement prédit les résultats de la présidentielle dans les 50 états américains en 2012. Sa recette: une solide base mathématique ainsi qu’une interprétation intelligente – et sélective – des sondages.

Certains objecteront avec raison que le problème du sondage n’est pas que technique. La critique philosophique du sondage, celle de Pierre Bourdieu par exemple, demeure très légitime. A l’opposée de Maurice, certains pays abusent de cet outil, érigeant une « opinion publique » abstraite et changeante en arbitre final de la conduite des affaires de la Cité. Il convient de se garder de cet extrême.

Aussi imparfaits que soient les sondages, il faut réaliser que nous utilisons aujourd’hui des outils nettement pires pour aborder l’opinion. Non, la foule du Premier Mai ne nous donne pas le rapport de force dans le pays. Pas plus que les appels reçus par les radios privées. Certains préfèrent mettre en avant leur connaissance du « terrain ». Mais on aura beau se rendre sous toutes les varangues de tabagies de l’île, on ne touchera que les plus expansifs des amateurs. Et pas cette fameuse « masse silencieuse » qui a autre chose à faire de son quotidien – mais qui fait et défait tous les cinq ans les carrières de nos dirigeants.

Est-on donc condamné à ne dire que des bêtises? Heureusement, la politique reste intelligible pour peu qu’on y réfléchisse avec méthode et sans agenda. Il existe des facteurs explicatifs de vote. Sous d’autres cieux, les idées politiques en font partie. A Maurice, l’ethnicité reste le premier critère à considérer. Le bilan, voire les scandales, ont leur importance, mais ceux-ci demeurent secondaires. L’Histoire est toujours riche d’enseignements. Bien utilisés, ces quelques éléments offrent de précieuses pistes de réflexion. Qui gagneraient à être nourries par une connaissance précise du pouls de la population. Faute de quoi, prudence et modestie sont de mise.