Sir Anerood Jugnauth persiste : le cas de Vishnu Lutchmeenaraidoo comporte des «deeper implications» comparé à celui de Raj Dayal. Ce qui fait qu’il ne lui a pas encore demandé de démissionner en tant que ministre bien qu’il soit sous le coup d’une enquête de l’Independent Commission against Corruption (ICAC).

Le Premier ministre, les yeux sur son ministre des Affaires étrangères, d’affirmer qu’il le fera «when there is a case». Le ton se veut ferme, sans appel. Lutchmeenaraidoo le regarde, impassible et opine simplement de la tête. Alors que les deux hommes n’ont pas échangé un regard, ni un mot depuis leur apparition dans l’hémicycle. Le projet Yihai Pailles Garden Smart City est, en revanche, «gelé» jusqu’à nouvel ordre, a indiqué le chef du gouvernement.

Répondant au leader de l’opposition, sir Anerood Jugnauth  (SAJ) a affirmé qu’il n’avait pas demandé à Lutchmeenaraidoo de démissionner la semaine dernière, alors qu’il avait été convoqué à l’ICAC.

Le Premier ministre a, en revanche, souligné qu’il a expressément demandé au Commissaire de police de ne «pas prendre sur lui» pour décider d’émettre un mandat d’arrêt contre Dayal ou Lutchmeenaraidoo. Mais de requérir l’avis du bureau du Directeur des poursuites publiques. Dans le cas de l’ex-ministre de l’Environnement, ajoute SAJ, «sans vouloir porter préjudice à qui que ce soit, en tant qu’avocat et après lecture de la transcription, j’ai conclu qu’il y avait des preuves solides et admissibles contre lui».

Accord solide ?

«L’ICAC a-t-elle été informée qu’il y a eu transfert de 3 millions de dollars vers une banque à Hong-Kong» dans le cadre du projet Yihai ? veut savoir Paul Bérenger du Premier ministre. Celui-ci avance que c’est en raison de «rumeurs» que la Commission anticorruption a été saisie, le 2 mars dernier, de ce dossier.

Revenant sur le projet Yihai Pailles Garden Smart City, sir Anerood Jugnauth a déclaré à plusieurs reprises que le shareholding agreement entre la State Investment Corporation (SIC) et la firme chinoise prévoit 70% des actions pour celle-ci et 30% pour la partie mauricienne.

A une question d’Alan Ganoo, le Premier ministre a déclaré «ne pas être au courant» si, à un moment donné des négociations, il était question que la SIC détienne 55% des parts de la joint-venture. Et de préciser que les Rs 22 millions déjà versées par la firme chinoise suite à la signature du Memorandum of Understanding avec la SIC sont «à la banque».

«Qui a décidé que la SIC serait actionnaire minoritaire : le board ou le ministre des Finances ?» veut encore savoir Bérenger. Le conseil d’administration, réplique SAJ. «Y a-t-il eu des directives du ministre des Finances, par le biais de ses représentants ?», insiste le leader de l’opposition. «Il faudra lui demander», rétorque, sourire narquois aux lèvres, le chef du gouvernement.

Nouvelle évaluation

Au leader de l’opposition qui voulait des assurances que la SIC n’aurait pas moins de 51% des parts, SAJ dira toutefois : «Je ne peux pas donner de garantie, un accord a déjà été signé et engage les deux parties.»

«Il y a eu d’autres accords, qui ont été revus», ironise alors Paul Bérenger, citant celui de Betamax. «Celui-ci est-il donc si solide que cela ?» SAJ de reprendre : «Nous examinerons la question quand l’enquête sera bouclée.»

Le centre de conférences et les autres bâtiments appartenant au casino ne font pas partie du projet, a répliqué SAJ suite à une question du leader de l’opposition. Il reconnaît qu’il n’y a pas eu de nouvelle évaluation des actifs du Domaine les Pailles depuis l’accession au pouvoir de l’Alliance Lepep. Relevant que le projet était en cours, et qu’un tel exercice avait été effectué sous l’ancien gouvernement.

Paul Bérenger se fait toutefois insistant, soulignant qu’il s’agit ici de «patrimoine national». SAJ fait alors part des doutes qu’il a exprimés sur la valeur des bâtiments et autres actifs. Et affirme qu’une autre évaluation sera ordonnée.

Liens fraternels

Le leader de l’opposition a également voulu savoir si l’ICAC se penchera sur le fait que Rita Veerasamy, sœur de Vishnu Lutchmeenaraidoo, assure l’intérim à la tête de la SIC depuis les élections générales, cela malgré un appel à candidatures pour le poste de Managing Director. «Je l’espère», a lâché SAJ, laconique. Rita Veerasamy a été nommée sur le board de la SIC le 26 décembre 2014 et le préside actuellement.

Le Premier ministre s’est, par ailleurs, engagé à produire, «à la fin de l’enquête», les copies des procès-verbaux des réunions du conseil d’administration portant sur le projet Yihai et auxquelles a participé Veerasamy. « J’espère qu’il y en a», a déclaré SAJ, avant d’ajouter : «Je ne suis pas autorisé à révéler certaines informations à ce stade.»

Le Premier ministre ne voit pas non plus d’objection à rendre publics la Letter of Comfort adressée par le Board of Investment à la firme chinoise, ainsi que le shareholders agreement et le MoU.

Outre la Commission anticorruption, la Financial Intelligence Unit mène une enquête en parallèle, a répondu le Premier ministre à une interpellation de Shakeel Mohamed. Le député rouge avait aussi suggéré que le Central CID soit appelé à compléter les investigations, au vu des allégations de Lutchmeenaraidoo contre Roshi Bhadain.

Flegmatique

Visé par cette Private Notice Question, Vishnu Lutchmeenaraidoo est apparu détendu, serein, voire flegmatique par moments. Focalisé sur le Premier ministre durant cette séance de questions-réponses, il se contentera de hocher la tête parfois, un doigt posé sur les lèvres.

S’il n’a eu aucune interaction avec SAJ, sauf quand il a été question de son éventuelle démission, ni avec le front bench, le ministre des Affaires étrangères a, en revanche, échangé quelques mots avec des collègues du gouvernement à son entrée, sourire aux lèvres, dans l’hémicycle.

Durant le reste de la séance, il sera tour à tour concentré sur les débats parlementaires ou rivé sur sa tablette tactile. Pour finalement, dans le dernier quart d’heure de la séance matinale, converser longuement avec les ministres Yogida Sawmynaden et Nando Bodha.