Il se remet de ses émotions et de ses blessures. Amputé du bras gauche et frappé à coups de machette dans un bureau de vote au Nord de Moroni le lundi 30 juillet lors du référendum constitutionnel, le gendarme Ali Radjabou reste sous observation à l’hôpital Jawaharlal Nehru, à Rose-Belle. Son épouse Eshata Ali et de son neveu, Abraham Mchangama, essaient tant bien que mal de lui remonter le moral dans un coin de la Salle 2.3 réservée aux hommes victimes d’accidents.

De gros pansements au moignon, à la tête et aux jambes témoignent de la violence de l’attaque perpétrée contre ce père de deux enfants. «Une trentaine de personnes armées de barre de fer et de machettes s’en est pris à lui selon des témoins de la scène», confie Abraham Mchangama. «Pour le moment, il ne se souvient pas beaucoup de ce qui s’est passé», ajoute le jeune homme en écoutant ce que lui souffle son oncle dans un dialecte comorien.

«Il venait de porter secours à des femmes et tentait de sortir du bureau de vote lorsqu’il a vu un homme muni d’un vilebrequin de moto. En le retenant, il a reçu un coup à l’arrière du crâne, ce qui l’a mis k.o.». lance Abraham Mchangama. Son oncle arrive difficilement à parler et il préfère également ne pas se faire prendre en photo.

«En se réveillant, il s’est rendu compte qu’il n’avait plus de bras et qu’il portait de multiples blessures. Ses assaillants lui ont coupé le bras en deux morceaux et il a reçu cinq coups de machette à la tête. Il a eu une fracture du crâne, heureusement sans dommage cérébral. Il a alors été évacué par un civil vers l’hôpital militaire d’Elmaarouf», lance le neveu.

Le jeudi 2 août, les autorités comoriennes ont obtenu l’accord de Port-Louis afin que le sergent soit transféré à Maurice pour des soins. Eshata Ali et Abraham Mchangama a sauté dans l’avion d’Air Madagascar le transportant afin d’être à ses côtés. Mercredi, un certificat de santé en main, ils vont solliciter un visa afin de prolonger son séjour dans l’île. D’un, pour qu’il soit suivi médicalement et, de deux, pour sa sécurité.

Maurice ne fera aucune objection quant à l’extension de son séjour, indique une source à l’Hôtel du gouvernement en faisant état de la situation aux Comores. Mohamed Daoud, le ministre de l’Intérieur de l’archipel, accuse le parti d’opposition Juwa d’être à l’origine de l’attaque, celle-ci ayant boudé ce référendum qui vise, entre autres, à permettre au président de briguer un deuxième mandat.

«Nous regrettons cet acte ignoble», a déclaré Mohamed Daoud sur les ondes de RFI. Le quotidien comorien Masiwa révélait mercredi que 16 des 26 personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire ont été placées en garde à vue. Parmi, l’on y trouve l’ancien ministre de la Justice Mmadi Ali ainsi que le trésorier-adjoint et le secrétaire général de Juwa, Mlanao Alphonse et Hassane El-Barwane.

Les deux premiers suspects sont accusés d’avoir commandité cette agression. Quant au suspect n°1 décrit comme «l’homme au coupe-coupe», il a été arrêté à Anjouan et transféré à Moroni.