Il agace. Il amuse. Il choque. Showkutally Soodhun ne laisse personne indifférent. En dehors de SAJ et sous ses allures de démagogue hyperactif, le vice-Premier ministre est sans doute une des pièces maîtresses ‒ si ce n’est LA pièce maîtresse ‒ du gouvernement Lepep dans sa forme actuelle. Ceux qui prédisent ou espèrent sa déchéance politique doivent donc s’armer d’une bonne dose de patience.

S’il y a une qualité qu’il faut reconnaitre au ministre du Logement et des Terres, c’est son allégeance inébranlable à sir Anerood Jugnauth. Soodhun n’exagère pas quand il s’enorgueillit d’être « kouma enn garson pou sir Anerood ». Il y a, en effet, quelque chose d’unique dans la relation entre les deux hommes. Ce qui conduit parfois le Premier ministre à lui faire des confidences auxquelles très peu ont droit. Voire à lui demander de l’accompagner là où même Pravind Jugnauth ne suit pas son père.

Si SAJ a une affection prononcée pour Soodhun, la relation entre les deux hommes n’en est pas moins régie par un pacte politique clair. Si Soodhun est assuré d’être le numéro 2 du MSM quand celui-ci est au pouvoir, ce droit est accompagné d’une obligation. Celle de faire en sorte que personne ne mette en péril la dynastie politique qu’il sert.

Roshi Bhadain a certes publiquement assuré Pravind Jugnauth de sa loyauté en de nombreuses occasions. Mais si le ministre de la Bonne gouvernance continue à s’affirmer en développant son insolente capacité à incarner le « ministre qui travaille dur », il s’éveillera à la croyance que le poste de Premier ministre est une ambition juste et légitime pour lui.

Il y a aussi Raj Dayal, dont le comportement et la rhétorique indiquent en permanence que l’homme se sent trop à l’étroit dans ses responsabilités actuelles. Dayal s’est toujours imaginé Premier ministre. Il est impossible que cette ambition se soit évanouie depuis décembre 2014. Elle se manifestera bien assez vite. Dans un grand fracas probablement. Puis il y a Bodha, dont l’intelligence et l’efficacité à la tâche font de lui le prétendant le plus légitime à la succession de SAJ. Mais la succession du vieux roi soleil est déjà ouverte. Le successeur, désigné depuis belle lurette.

Si Pravind Jugnauth est en théorie éloigné des arcanes du pouvoir depuis juin, Soodhun assume la fonction de tour de contrôle pour son compte et celui de SAJ. Rappelant, s’il le faut, les uns à l’ordre ou s’empressant d’aller rapporter à qui de droit les agissements ou poussées d’ambition des autres.

Plus étonnamment, Soodhun a également pour fonction de cadrer les vassaux de Pravind Jugnauth. La tentation est en effet grande, chez les plus fidèles lieutenants du leader du MSM, de jouer le fils contre le père. Or, SAJ est Premier ministre et le demeurera tant qu’il le jugera utile et nécessaire. Soodhun le rappelle sans doute très régulièrement à ses camarades de parti et d’alliance.

Restent les quelques casseroles que traîne le tonitruant député de La Caverne/Phœnix (no 15). Il a donc fait arrêter Hassenjee Ruhomaully ? Un compte piraté de Navin Ramgoolam avait conduit les autorités à bloquer l’accès à Facebook à Maurice en 2007. Trois ans plus tard, Rama Sithanen avait été arrêté pour un échange viril au téléphone avec le syndicaliste Rashid Imrith. C’était du temps où le MSM et les travaillistes filaient le (presque) parfait amour. Et où Heman Jangi, arborait une belle chemise rouge et une cravate écarlate en supervisant ses hommes en train d’emmener l’ancien ministre des Finances au tribunal.

Puis quoi encore, les factures impayées ? Dans quelle pudibonderie avons-nous sombré pour ainsi faire semblant de découvrir des choses que nous savions déjà ? Les hommes politiques ont des ardoises partout. Cela va des grands couturiers aux magasins de luxe en passant par les compagnies d’autobus. Leur « avoy bill-la biro kot mwa » signifie en effet souvent : je paierai si je veux. Si certains commerçants ou entrepreneurs ne lâchent pas l’affaire, d’autres abandonnent… surtout si leur client est au gouvernement.

Puisque le gouvernement Lepep a un accès si privilégié aux comptes de l’ancien conglomérat BAI, il lui sera aisé de retracer toutes les factures impayées par les politiques de tous bords. Cela comprend les personnalités politiques qui tombent dans les pommes et qui ne se sont jamais souciés de leur facture de clinique. Mais aussi ceux qui choisissaient des vases Lalique ‒ avec un prix à six chiffres – au défunt QLC de Castel. Le gouvernement Lepep aura-t-il le courage de prôner la transparence totale sur la question et de déterrer tous les impayés ? On peut rêver…

Que reste-t-il donc dans le dossier à charge contre Soodhun ? Qu’il a été présenté ‒ ou s’est improvisé ‒ comme ministre des « Islamic affairs » dans la presse saoudienne ? Ou encore d’avoir engagé le soutien de la diplomatie mauricienne en faveur de la ligne dure adoptée par l’Arabie Saoudite à l’égard de l’Iran ? Dans le second cas, la position étonnante de Soodhun s’explique sans doute par sa légendaire capacité à déraper. Xavier Duval en a été la victime, il y a quelques mois. Les vitres des locaux de La Sentinelle à Port-Louis, également. Soodhun se justifiera, s’excusera à demi-mot, puis on n’en parlera plus.

Reste le premier problème. Comment donc un ministre d’un Etat laïc peut-il être responsable des affaires religieuses d’une seule confession ? Il y a en effet matière à s’insurger. Tout comme nous devrions nous insurger qu’Alain Wong et Michael Sik Yuen avant lui ont été automatiquement ministrables du fait de leur appartenance ethnique. Même chose pour l’inénarrable Dan Baboo qui doit sa place de ministre pour les mêmes raisons qui avaient fait que Mahen Gowressoo avait obtenu la sienne jadis.

Soodhun agace. Soodhun amuse. Soodhun choque. Il rassure aussi : toute la classe politique. Qui constate avec soulagement que les gouvernements passent, mais les mauvaises habitudes demeurent.