Le baisemain de Roshi Bhadain ? Il n’a pas fini d’en entendre parler. C’était d’ailleurs une des piques à laquelle il a souvent eu droit dans l’hémicycle, ce mardi 31 mai. Toute occasion étant bonne à prendre.

Le ministre des Services financiers est l’un des intervenants sur le Supplementary Appropriation (2015-2016) Bill. Comme Vishnu Lutchmeenaraidoo plus tôt, Roshi Bhadain avance que le gouvernement n’avait pas d’autre choix que d’intervenir pour sauver les deux banques. Et insiste que suite à la crise BAI, il n’y a pas eu de perte d’emploi. Il concède également qu’il faut en faire plus pour les petites et moyennes entreprises. Et que le gouvernement se rattrapera dans le prochain Budget.

S’en suit, durant l’exposé de Roshi Bhadain, une petite bisbille avec Paul Bérenger. Celui-ci, excédé, finit par lâcher : « Taler mo tir to pese deor… » Bhadain, taquin, répond du tac-au-tac : « Taler mo anbras twa la… » Bérenger, énervé et en même temps amusé, se tourne vers la Speaker : « Madam Speaker, he wants to kiss me. » Provoquant l’hilarité générale.

«Faire confiance»

Le discours clair et direct de Pravind Jugnauth lui a valu quelques applaudissements. Celui réservé à Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui s’est montré passionné dans sa défense parfois technique de ses actions passées aux commandes des Finances, était moins nourri. L’actuel ministre des Affaires étrangères, qui n’a pas tari d’éloges pour le leader du MSM qui l’a « impressionné » par son intervention, a aussi eu droit aux ricanements de l’opposition.

Expliquant sa gestion de la crise BAI et, en parallèle, de la situation financière délicate de la Mauritius Post and Cooperative Bank, Lutchmeenaraidoo affirme tranquillement qu’« il faut faire confiance aux gens », que depuis toutes ces années, « j’ai appris à faire confiance ». « To pou anbras so lame ? » lui demande Shakeel Mohamed. Pravind Jugnauth est, lui, impassible.

Alors que Lutchmeenaraidoo poursuit ses explications quant au fait que le gouvernement s’est « débrouillé pour se sortir de cette m… », il se fait rabrouer pour ce « unparliamentary word ». Et finit par tirer la chasse dessus.

Shakeel Mohamed s’est, pour sa part, fait rappeler à l’ordre plusieurs fois, la Speaker estimant ses propos hors sujet. « Vous aurez tout le loisir d’ouvrir le débat durant les discussions sur le Budget », fait ressortir Maya Hanoomanjee face aux protestations du chef de file du Parti travailliste au Parlement. Mohamed poursuit en évoquant la baisse de la dette publique sous Pravind Jugnauth. Et tente de faire le malin : « Maintenant que j’ai avancé ce fait, je peux poursuivre. » Si les rires secouent les travées des deux côtés de l’hémicycle – Bérenger : « To pou fini par anbras so lame ! » –, cette remarque n’est toutefois pas au goût de la Speaker.

Les cordons de la bourse

Le baiser revient sur le tapis alors que le député de Port-Louis Maritime/Est défend le régime travailliste. Shakeel Mohamed argue que le présent gouvernement ne peut blâmer Navin Ramgoolam pour la hausse de la dette publique, lui qui n’a passé que quelques mois aux Finances alors que Pravind Jugnauth et Xavier Duval ont tous deux tenu les cordons de la bourse à ses côtés pendant des années.

Le Chief Whip se fait entendre à plusieurs reprises. Shakeel Mohamed ne se laisse pas démonter et finit par dire, en pointant du doigt Bhadain : « He will not be able to kiss my hand. » En réponse à une remarque, il enchaîne : « He’s a good kisser… he seems to be good at it. » Bhadain sourit. Mais son sourire disparaît quand le député rouge évoque l’affidavit juré par Lutchmeenaraidoo pour expliquer le manque de stabilité politique au gouvernement et, partant, de « discipline fiscal ».

Paul Bérenger s’est inquiété de la dette publique et de l’impact de ce budget supplémentaire de Rs 4,1 milliards. Evoquant la « fuite en avant » qui caractérise l’action gouvernementale, que ce soit par rapport au secteur des PME qui « ne décolle pas » ou dans la gestion de la crise BAI. Sur ce dernier point, le leader de l’opposition dit espérer que Pravind Jugnauth ne suivra pas l’exemple de Bhadain ou de Lutchmeenaraidoo.

Dans son summing up, Pravind Jugnauth concède qu’il y a encore beaucoup à faire pour les PME, un secteur dans lequel il faut investir de manière conséquente. Une attention spéciale, promet le ministre des Finances, leur sera accordé post-Budget.

Le Supplementary Appropriation (2015-2016) Bill a été voté dans l’après-midi.

Photo d’archives

Violence domestique

Si le Protection from Domestic Violence (Amendment) Bill était aussi à l’agenda du jour, celui-ci ne sera toutefois pas débattu aujourd’hui. Le projet de loi ayant été déposé en fin de semaine dernière, le gouvernement veut donner du temps à toutes les parties concernées, dont les associations, pour analyser le texte et faire des propositions, laisse-t-on entendre du côté de la majorité.