Dans l’opposition, mais aussi au sein de la profession légale, plusieurs voix s’étaient fait entendre pour réclamer qu’Ivan Collendavelloo dise ce qu’il pense de la tension actuelle autour de l’arrestation avortée de Satyajit Boolell et de l’enquête que mène actuellement l’Independent Commission against Corruption (ICAC) sur Sun Tan Hotels. Hier, c’est dans l’hebdomadaire Week-End que le ministre des Utilités publiques a rompu le silence.

Le verbe est acerbe : « le clan Boolell », dit-il, a « monté de toutes pièces » un « spectacle » et une « mayonnaise politique » pour occulter le fait que « nul n’est au-dessus de la loi ». Collendavelloo en appelle donc à la justice pour faire respecter ce principe.

Revenant sur le fond du dossier et de la procédure, le leader du Muvman Liberater (ML) explique que l’enquête de l’ICAC « implique la recherche de la vérité qui passe obligatoirement par la version de Monsieur Boolell ». L’auteur de la lettre précise que le Directeur des poursuites publiques (DPP) « n’est nullement incriminé et personne ne dit qu’il est corrompu ».

Il déplore néanmoins la « façon bizarre » que ce dernier utilise pour « revendiquer son innocence », soit à travers des déclarations de presse et les propos « rocambolesques » de son affidavit. S’en prenant plus personnellement au DPP, le ministre voit dans son attitude « une personne qui refuse de donner ses explications sur des faits troublants justifiant une enquête ». Et d’asséner que « l’ADN social » de Boolell ferait croire à ce dernier qu’un sashtang pranam [ndlr: prosternation des fidèles hindous devant les divinités] lui est dû.

Evoquant « des informations » reçues par Gavin Glover, à l’effet que les avocats Hervé Duval et Anwar Moollan risquaient une arrestation, le jour de l’interpellation manquée de Satyajit Boolell, Ivan Collendavelloo précise que l’information « s’avéra fausse ». Remarquant au passage que Gavin Glover n’a pas dit, jusqu’ici, d’où il tient son affirmation.

La missive du vice-Premier ministre a fait réagir Hervé Duval, avocat de Satyajit Boolell. Le juriste déplore que Collendavelloo a « publiquement mis en doute la parole de Gavin Glover SC, celle d’Anwar Mollan » et la sienne « en se basant sur un communiqué de la police et (…) la parole du très respecté et respectable ACP Jangi ».

Revenant sur les critiques du leader du ML sur l’attitude de Boolell par rapport à l’ICAC et à la police, Hervé Duval assure que son client ne se croit pas au-dessus de la loi. « Le siège de notre justice n’a pas encore été transféré au bâtiment du Trésor ou dans les autres succursales du pouvoir que sont l’ICAC et le CCID », proteste Duval en rappelant que « l’antre de notre droit est toujours la Cour suprême ».

Par ailleurs, Hervé Duval estime qu’Ivan Collendavelloo n’est pas crédible lorsqu’il affirme que le DPP « refuse obstinément de s’innocenter ». A ces propos, l’avocat de Boolell oppose le principe de la présomption d’innocence. « Qu’il est inquiétant d’entendre de la bouche d’un ministre que c’est au CCID qu’il faut maintenant prouver son innocence. Je ne savais pas que c’était cela la nouvelle politique gouvernementale de centralisation des services de justice », rétorque Duval.