L’équipe de rédaction du Budget 2017-2018 doit être félicitée. Pas pour ce que vous croyez, toutefois. Le discours «Rising to the challenge of our ambitions» de Pravind Jugnauth n’était pas vraiment excitant. C’est à se demander si le ministre des Finances a vraiment inspiré la nation, ce jeudi. D’une part, à cause du fond de son Budget speech – plombé par l’omniprésence de l’Etat. D’autre part, à cause de la forme – un delivery trop sobre, voire terne. Au final, au lieu de communiquer sa vision et son enthousiasme à ce sujet, le chef du gouvernement a surtout transmis une liste décousue de commissions.

Hors du discours, c’est plutôt le plan d’action triennal de Jugnauth qui mérite qu’on s’y intéresse. Il énonce explicitement les objectifs du gouvernement. Il explique clairement, aussi, les objectifs annuels fixés jusqu’à l’année financière 2019-2020. Si la délicate question de l’avenir de la pension de retraite universelle est escamotée dans le discours du jeudi 8 juin dernier, le plan triennal, lui, l’érige en key action. Précisant que le gouvernement devra «review and consolidate pensions, including the NPF, to ensure long term sustainability». L’objectif fixé : décembre 2018. Soit environ un an avant les prochaines échéances électorales, si Pravind Jugnauth choisit d’aller au bout du mandat de son gouvernement.

C’est justement là le hic. Enclencher une réforme de cette complexité et comportant le mot tabou – ciblage – paraît impossible dans cette conjoncture préélectorale durant laquelle l’humeur de tout gouvernement est à fer labous dou plutôt que de chercher querelle avec les partisans de l’immobilisme et l’opposition. Si les réformes douloureuses ne seront probablement pas à l’agenda de ce gouvernement d’ici sa fin de mandat, ses plus grands chantiers n’auront pas, non plus, été complétés. Certes, le complexe sportif de Côte d’Or City – au coût minimum de Rs 3,185 milliards – devra être opérationnel en 2019. Mais la nouvelle cité administrative de l’Etat ne sera pas terminée. L’année financière 2019-2020 verra, elle, le Metro Express achevé à 90%– une prévision optimiste.

Pravind Jugnauth est incapable d’enclencher les réformes douloureuses, mais nécessaires, d’ici la fin de son mandat. Ni ne peut-il prétendre présenter avec certitude à la population de grands projets terminés et prêts à l’emploi. Dont ceux annoncés dans son discours de jeudi. On voit donc difficilement le Premier ministre compter uniquement sur le levier du bilan pour réclamer un nouveau mandat aux Mauriciens d’ici mi- ou fin 2019. Cela en préservant sa configuration actuelle d’alliance.

C’est probablement cette situation de ni-ni qui a conduit certaines personnes au MSM et ailleurs à rêver d’une solution audacieuse. Rappeler le pays aux urnes prématurément en prenant avantage de la désorganisation et de l’impréparation de l’opposition face à des législatives précipitées. L’idée étant de faire table rase des scandales actuels, d’éliminer les boulets qui s’y trouvent et de commencer un nouveau mandat sur de nouvelles bases… et avec un nouveau partenaire. Le leader politique est toutefois un grand frileux. Le mauvais calcul de Theresa May au Royaume Uni a probablement eu raison des velléités de Pravind Jugnauth, ou de son entourage, de tenter un coup de poker politique.

Cette option éliminée, le Premier ministre se retrouve dans une situation assez délicate. Celle-ci est marquée par une triple obligation. Premièrement, celle de freiner le taux de déclin de son gouvernement en prévenant coûte que coûte les nouveaux scandales. Pas sûr qu’il y arrive. Car son équipe comporte quelques serial losers. Deuxièmement, le chef du gouvernement a désormais tout intérêt à produire des résultats aussi visibles que vendables. Cela implique notamment que le project management des grands chantiers nationaux soit irréprochable au point de ne générer aucun retard de livraison et à-coups dans leur progression.

Les deux premières obligations débouchent sur la troisième. Soit la négociation d’une alliance par Jugnauth. Non en position de faiblesse, mais en position de force et sans l’aide du vieux roublard sir Anerood Jugnauth. Le Premier ministre ne pourra, en effet, négocier mieux qu’un 50-50 en tickets et un primeministership sans partage que si son gouvernement n’arbore pas d’autres affairesnSobrinho, Sumputh, Sohun ou Betamax d’ici la fin de son mandat. Il lui faudra aussi se reposer sur un bilan le plus vendable et défendable que possible. La baudruche Muvman Liberater s’étant dégonflée, Pravind Jugnauth n’aura d’autre choix que d’accepter une nouvelle alliance.

Reste la question de savoir avec qui il préférera convoler. Si les échéances électorales étaient imminentes, il ne fait aucun doute que le choix naturel serait le MMM. Mais si le MSM contemple de rester au pouvoir jusqu’à la fin de son mandat, l’option la plus improbable ne doit pas être écartée. Tous les leaders le savent, la clé de la survie en politique réside en leur capacité à surmonter les inimitiés et les blessures afin d’atteindre l’objectif primordial. Rester et/ou revenir au pouvoir.