Plusieurs citations ou propos circulent sur la colère, du style « pour chaque minute où vous êtes en colère, vous perdez 60 secondes de bonheur » ou « ce n’est pas bien de se mettre en colère ». Interdisant ce sentiment de prendre sa place.

La colère est un sentiment. Un sentiment est une combinaison d’éléments émotifs et imaginatifs qui persistent en l’absence de tout stimulus, faisant souvent suite à un élément déclencheur.

Un sentiment est un indicateur de ce qui se passe en nous.

Un sentiment n’est ni bon, ni mauvais. Ni positif, ni négatif. Qu’il s’agisse de la joie, de la peur, de la tristesse ou de la colère.

« Le sentiment fonctionne comme un signal clignotant sur un tableau de bord ; il nous indique qu’une fonction est ou n’est pas remplie, qu’un besoin est ou n’est pas satisfait »,  selon Thomas d’Ansembourg, psychothérapeute (Cessez d’être gentil, soyez vrai, 2001).

Un sentiment est normal.

On est tous appelé à apprendre à s’arrêter et accueillir nos sentiments.

A faire le lien entre notre ressenti et nos besoins fondamentaux : identité, sécurité, respect, compréhension, entraide, responsabilité, etc.

A comprendre d’où ils proviennent notamment quand sont prépondérantes l’intensité et la fréquence du sentiment.

Enfin, on est appelé à les exprimer.

Revenons à la colère, ce sentiment auquel on accorde une place si souvent négative.

Selon Didier Pleux (2008), psychologue clinicien et docteur en psychologie du développement, la colère serait « instinctuellement efficace » quand il s’agit de protéger sa famille ou défendre une vie, mais ces défenses « deviennent anachroniques quand ces menaces ne sont plus réelles ».

Nous avons le droit de ressentir de la colère face à des comportements : en réaction à une injustice, à un manque de respect, à une privation, à des violences, etc. Et nous avons le droit de l’exprimer. Nous indigner contre cela est nécessaire. La colère « suscite la prise de conscience d’une situation d’alerte. La personne en colère aura un pouvoir mobilisateur que n’affiche pas l’observateur neutre », pour Salomon Nasielski (2009).

Il importera cependant de faire attention à la manière de l’exprimer.

Exprimer sa colère de manière excessive et durable par des cris et/ou des coups peut être toxique. Elle fait peur, est une entrave aux relations, est destructrice et autodestructrice.

La forme seulement sera entendue et le fond, le ressenti ne seront pas compris, selon Pleux, 2008.

Ne pas l’exprimer peut aussi être toxique pour celui qui la refoule et ne s’autorise pas à exprimer son ressenti et ses pensées.

Il importera donc de s’autoriser à ressentir de la colère et à l’exprimer de manière adaptée.

En respectant soi, l’autre et l’environnement.

Quelques pistes pour gérer la colère

Quand on sent qu’on s’emporte :

  • s’arrêter
  • respirer
  • prendre conscience de ce qui se passe à l’intérieur de nous
  • mettre des mots sur ce qu’on ressent. Dire qu’on est en colère permet déjà d’avoir de la distance par rapport à l’intensité de notre ressenti.

La technique du «message JE » préconisée par Thomas Gordon offre un mode de communication efficace pour exprimer ses sentiments et être entendu par l’autre.

Dire « je suis en colère » est plus efficace que « tu m’énerves ».

Parler en « je » permet de s’approprier ses sentiments. C’est ma responsabilité de me mettre en colère dans une situation. Ce n’est pas l’autre qui me met en colère.

Le « tu » souvent culpabilise, accuse et engendre le comportement offensif chez l’autre.

  • S’interdire toute forme de violence
  • Momentanément quitter le lieu si possible, faire une pause, aller respirer ou prendre un verre d’eau. On peut alors être dans de meilleures dispositions pour nous exprimer au lieu de crier, jeter des objets, claquer des portes ou frapper.
  • Prendre le temps de questionner si ma colère est liée à cette personne avec qui je m’exprime.
  • Après, dans un moment calme, s’arrêter et prendre le temps de voir la place donnée à ce sentiment de colère. Est-il souvent présent ? Dans quelles situations ? Ces situations justifient-elles que je me mette dans cet état ? L’intensité de la colère est-elle toujours rationnelle et proportionnée quand je suis coincé dans un embouteillage, quand mon enfant me désobéit ou que je viens de salir mes vêtements ? Si la colère est omniprésente ou inexistante car refoulée, cela peut poser question et peut nécessiter de solliciter l’aide d’un professionnel.

Autorisons-nous à être en colère et à l’exprimer de manière adaptée.

Illustration : Le personnage Colère dans le film d’animation ‘Inside out’ des studios Pixar.