Des équipes de prospection internationales avaient été formées. Leurs objectifs : visiter TOUS les constructeurs automobiles et évaluer leur implication dans les projets automobiles du futur, le but étant de cibler ceux qui se tournaient vers les automobiles électriques. Pourquoi ceux-là ?

L’île Maurice fait la taille d’une grande ville européenne ou occidentale. Les sociétés automobiles ont des besoins spécifiques dont le test de leurs véhicules en grandeur nature et dans des conditions les plus proches du réel. L’argumentaire des délégations était que ces entreprises pouvaient tester leurs véhicules à échelle 1:1 sur l’île et faire les améliorations sur place. Les sociétés intéressées auraient accès à quelque chose qui n’avait jamais existé ailleurs : l’offre illimitée et gratuite d’énergie électrique et cela sans utiliser de matière première fossile. Cet argument était fort en termes de communication !

L’île Maurice promettait une prouesse qui attendait d’être réalisée. Elle allait se tourner complètement vers l’exploitation de l’énergie solaire. La question qui restait en suspens : comment produire tant d’énergie sur une si petite surface et, surtout, la proposer gratuitement ?
Il était peu probable qu’une majorité de Mauriciens se tournent délibérément vers le développement durable. Ce n’était pas dans la mentalité du pays même s’il était la nation africaine la plus en avance sur sa production d’énergie en 2014. L’effet de mode était, quant à lui, bien ancré dans la mentalité des Mauriciens. Il fallait donc rendre le fait de payer l’électricité « has-been ». L’idée était donc de faire produire l’électricité par la population tout en supprimant, peu à peu, la dépense en électricité des ménages, le retour sur investissement.

Dans la réalité, cela s’est passé ainsi : une famille recevait une prime pour chaque panneau photovoltaïque qu’elle faisait installer sur son toit. Le Central Electricity Board (CEB) participait à l’installation des nouveaux compteurs et transformateurs. L’électricité générée était donc utilisée pour les besoins ménagers. Le taux d’ensoleillement était tel que la plupart des maisons équipées étaient en surproduction après 6 mois.

Les « early birds » étaient les mieux lotis. En effet, l’Etat s’était engagé à acheter chaque kilowatt non consommé jusqu’à ce que 70 % des habitations soient équipées. Ne plus payer d’électricité et même, gagner de l’argent, avaient fait leur effet. Ceux qui n’avaient pas suivi le mouvement étaient la risée de leurs voisins. Les « konpetision lakaz » avaient même de nouveaux critères de consommation énergétique.

La moitié de l’île a ainsi été équipée en moins de 2 ans et les 70 % ont été atteints en 32 mois. L’autonomie totale avait été atteinte au bout de 5 ans. Tout excédent d’électricité était renvoyé dans des accumulateurs pour réutilisation. Dès lors, le CEB proposait des panneaux gratuitement pour tout nouveau bâtiment.

Une telle innovation avait des forces que peu soupçonnaient. Au début, les maisons étaient équipées de gros accumulateurs qui amochaient encore le paysage. L’Université de Technologie de Maurice (UTM) avait donc ouvert un centre de recherches sur le stockage de l’électricité. En quelques mois, la miniaturisation des accumulateurs commençait à porter ses fruits. Cette technologie intéressait au plus haut point les autres pays innovants. En quelques années, les leaders des marchés mondiaux de l’électricité finançaient les recherches de l’UTM et y envoyaient même des ingénieurs pour y être formés. L’innovation technologique du pays amorcée par le développement durable commençait à porter ses fruits.