L’art de l’esquive. Le Premier ministre est bon à ce jeu. Hier, il l’a démontré en ne répondant pas à la question d’ION News, qui lui demandait s’il avait fait une croix sur l’alliance PTr-MMM. Navin Ramgoolam a répliqué qu’il porte lui-même sa croix.

Le chef du gouvernement demeure très cohérent depuis l’annonce – par Bérenger et non par lui – de la fin des discussions d’alliance rouge-mauve. Pressé de questions pour commenter ce désamour, Ramgoolam s’est refusé à répondre aux attaques du leader mauve. Se contentant d’expliquer que c’est un groupe de presse qui a envenimé la situation entre eux en évoquant un « ultimatum » qui n’a jamais existé. Pour ensuite affirmer que certaines personnes ne veulent pas d’une alliance PTr-MMM.

Hier, Ramgoolam a affiché la même constance en prenant soin de ne pas laisser entendre qu’il a fait une croix sur son alliance avec le MMM et, surtout, en ne disant pas un mot de travers sur le leader de ce parti. C’est un comportement étonnant de la part du Premier ministre. Car il a l’habitude de répondre du tac au tac, souvent avec virulence, quand on évoque – comme Bérenger – son incapacité à contrôler le jeu politique. A croire qu’il porte effectivement une croix invisible.

En face, Bérenger ne cesse d’agiter sa bannière. Depuis le 14 juin, date à laquelle il a annoncé sa rupture « pour de bon » avec Ramgoolam, le leader mauve a tour à tour décrit « le comportement inacceptable », « le manque de respect » ou les « zigzags » d’un chef du gouvernement qu’il dit avoir été « manipulé ». Délivrant un « warning » au chef du gouvernement, Bérenger s’est également donné pour mission de fédérer l’opposition contre le gouvernement tout en évoquant la possibilité d’une motion de censure contre la majorité parlementaire.

Sans broncher, Ramgoolam a encaissé toute cette agitation. Sans profiter de ses sorties publiques pour s’en prendre à son « camarade Paul ». Cette attitude n’est pas normale. Elle cache quelque chose. Il n’est pas difficile de déduire que le leader du PTr prépare une surprise. Il faut maintenant savoir si la surprise est plutôt de couleur mauve ou blanche…

Ceux connaissant l’alchimie complexe qui lie Bérenger et Ramgoolam savent que les deux hommes ont l’étonnante capacité de se réconcilier après des périodes de tension. Or, il nous revient que le comportement récent de Ramgoolam aurait « touché » Bérenger. Mais jusqu’à quel point ?

Une chose est sûre, on n’est pas prêt de retrouver Bérenger et Ramgoolam en conférence de presse conjointe pour annoncer que les discussions en vue d’une alliance sont re–on. Par contre, le vote du mini amendement constitutionnel passé, le grand public pourrait assister, presque avec stupeur, à l’annonce de la dissolution du Parlement. Suivie, comme le 31 mars 2010, d’une conférence de presse pour annoncer la conclusion d’une nouvelle alliance électorale.

Il y a trop de signes qui convergent vers ce scénario. Même si c’est la croix et la bannière pour rapprocher les intérêts d’hommes et de chefs politiques de Ramgoolam et Bérenger, cette mission n’est pas impossible. On pourrait le découvrir bien assez tôt.