Lindsay Noë, le monde hippique et vous, cela fait deux ?

Une journée aux courses aujourd’hui ne m’intéresse guère… à part le fait de pouvoir siroter du champagne dans une loge en compagnie de stars du cinéma ou de la mode internationale. Mais les courses elles-mêmes n’ont aucun attrait pour moi car je n’aime pas le jeu. Toutefois, je ne me lasse jamais d’admirer les belles montures… celles qui se laissent monter bien entendu. Celles qui ont la crinière au vent, le plastron proéminent et les jambes musclées… Vous savez ce que je veux dire… Et des sabots, bien entendu !

Depuis combien de temps ne mettez-vous plus les pieds au Champ-de-Mars ?

La dernière fois que j’ai été au Champ-de-Mars, c’était il y a deux ans, quand j’ai accompagné mon ami Amit Mehra, photographe extraordinaire issu de la Grande péninsule qui venait d’être nommé Meilleur Photographe d’Asie. Il a fait de magnifiques photos des chevaux en course et au paddock ainsi que de quelques belles dames dont la foule grouillante était parsemée.

Racontez-nous un peu cette belle époque où vous fréquentiez encore l’hippodrome.

Il fut un temps où on pouvait me trouver au Champ-de-Mars, tous les jours de courses, quand je n’avais pas à purger des samedis d’arrêt au collège du St Esprit. Impossible de faire comprendre mon désespoir au « bon » Père Lewis. « Qui ne va pas aux courses perd sa place, mon père ! » En effet, je me faisais un devoir d’aller aux courses car les loges étaient un paradis où papillonnaient de belles demoiselles dans leurs atours « élégants-champêtres ».

En costume léger de « Dormeuil », accompagné de mon grand ami José L’Eveillé, je faisais semblant de m’intéresser aux courses, de regarder les chevaux faire le rond dans le paddock avant de s’avancer sur la piste ou d’écouter l’orchestre de la police, sous le bâton de Philippe Ohsan, jouer des airs entraînants sous le kiosque en rotonde. Je faisais la queue pour acheter de délicats sandwichs au jambon, des pâtés ou de délicieux gâteaux servis par les employés de La Flore Mauricienne au garde-à-vous dans leurs uniformes d’un blanc immaculé sertis de boutons de cuivre rutilants.

Champ-de-Mars

Quelques anecdotes de cette belle époque ?

Ce qui m’intéressait particulièrement c’était la chasse plutôt que la course. La chasse à la demoiselle. L’embarras du choix, certes, mais les plus belles biches étaient fortement courtisées. Après une étude approfondie, j’avais trouvé l’astuce. J’attendais que les prétendants, fervents des courses hippiques, montent sur les gradins supérieurs pour assister aux départs.

Bien souvent, certaines demoiselles préféraient rester à papoter à l’ombre des grands banians, surtout après la troisième course quand la fatigue et la chaleur commençaient à se faire sentir. C’est alors que le loup entrait dans la bergerie.

Avec l’aide de quelques succulents gâteaux et de limonade fraîche, je marquais des points bien vite. Il est arrivé que des « boy friends », après l’arrivée de la course, découvrent que leur « girl friends » ont pris la poudre d’escampette, « …avec ce bougre-là… » aux dires des demoiselles laissées pour compte. Plus tard, quand j’eus la chance de posséder une des seules voitures décapotables dans l’île, les choses s’avérèrent encore plus facile.

Quelle était votre écurie préférée ?

L’écurie que nous suivions était celle des Gujadhur, pour deux raisons. Ils étaient des amis de longue date de mon beau-frère Gérard L’Eveillé, et les deux cousins Budeswar et Lajpatee Gujadhur étaient en classe avec moi au collège du St Esprit.

Un mot de la fin ?

Aujourd’hui, je préfère le Champ-de-Mars sans sa foule car alors, les souvenirs personnels refont surface mais aussi l’histoire lointaine allant du temps de Robert Farquhar, son créateur.

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LINDSAY NOË EN QUELQUES MOTS

Directeur général de Marlin Productions, Lindsay Noë est également consultant sur la question du tourisme culturel auprès de la Mauritius Tourism Promotion Authority. II siège en tant que membre des conseils d’administration du Fashion & Design Institute et du Morne Heritage Trust Fund. Passionné de Maurice et de la mer, Lindsay Noë est vice-président de la Mauritius Yachting Association et de l’ONG Pointe Jérôme Sailing Club qui initie des jeunes en difficulté à la voile. Son action sociale, il l’a aussi poursuivie à travers le Rotary Club de Mahébourg dont il a assuré la présidence en 2012-2013.

Photo principale : Lindsay Noë en compagnie de Gérard Berthelot

[Photos: DR]