• En toute honnêteté, trouvez-vous que les courses s’améliorent d’année en année ou empirent-elles ?

Tout dépend de ce que l’on entend par ces termes. Du point de vue des chevaux, la manière dont ils sont traités s’est certainement améliorée. Leurs performances aussi : l’ancien record du mile était d’1 min 40 sec alors qu’aujourd’hui, il est d’1,34 secondes…

Si vous faites allusion au jeu et aux paris, rien n’a vraiment changé si ce n’est qu’aujourd’hui, c’est mieux organisé ! Les sommes jouées sont beaucoup plus importantes et cela a une incidence sur les résultats qui sont parfois difficiles à expliquer. Ce phénomène n’est pas nouveau dans le milieu des courses hippiques, le dernier incident impliquant Zip it en est un exemple. Malheureusement, là où de grosses sommes d’argent sont mises en jeu, des zones d’ombre ont tendance à apparaître.

Mais c’est au MTC et aux autorités concernées de gérer ces problèmes. Il ne faut pas perdre de vue que les courses sont très populaires à Maurice et que le public est toujours là et parie malgré les zones d’ombre. La recherche des « tuyaux » a toujours été un passe-temps national et cela n’est pas prêt de changer. A chacun ses risques et périls.

  • Quelle est la solution d’après vous pour l’assainissement des courses ?

C’est vous qui parlez d’un besoin d’assainissement des courses…. La part de marché des paris hippiques reste stable (29 % d’un marché estimé à Rs 20 milliards – source : Lottotech). L’accès aux paris est beaucoup plus facile aujourd’hui et donc, beaucoup moins de personnes se déplacent au Champ-de-Mars. Au lieu de dépenser Rs 50 pour le trajet en bus, les parieurs préfèrent mettre cet argent sur un cheval, et en combinaison leve-pile, cela peut rapporter gros.

Ce qu’il faut revoir, à mon avis, c’est comment faire revenir le public au Champ-de-Mars… J’aurais préféré que les courses se passent le dimanche. Il y a moins de circulation, ce qui facilite l’accès à Port-Louis et puis, on est moins stressé le dimanche.

Une autre chose à revoir à mon humble opinion, et cela surtout du côté des membres, c’est tout cet aspect formel qu’on a préservé au fil du temps. Je fais là référence au fameux suit and tie, obligation qui entre nous soit dit, ne garantit pas que tout le monde soit bien habillé pour la cause. Nous vivons quand même dans un pays tropical où les mois d’été sont très chauds. Je pense qu’un smart casual bien défini et le suit and tie pour les classiques uniquement pourraient attirer plus de gens et, surtout, rendre l’expérience des courses plus agréable.

Finalement, les autorités compétentes se doivent d’agir de manière plus énergique pour contrer les tentatives flagrantes de courses truquées. La perception est que trop peu est fait à temps. Comme je l’ai dit plus tôt, il s’agit d’une perception acceptée par tous les joueurs que certaines courses sont « fixées » à l’avance et que la question est d’avoir le bon « tuyau » pour être en mesure de faire un profit facile. Il sera très difficile de changer cette perception d’où mon insistance sur le fait que les autorités compétentes doivent être plus sévères dans les cas évidents, que ce soit en sanctionnant le jockey, l’écurie ou le financier à l’arrière-plan. Dans le cas de Zip it, l’impression est qu’il a été plus facile de sanctionner quelques jockeys mauriciens plutôt que d’aller au fond de l’affaire pour trouver la vérité. On doit certainement pouvoir faire mieux !

[blockquote style=”2″]« Le Champ-de-Mars est devenu un endroit où on espère se faire de l’argent rapide. Malheureusement, pour beaucoup ce n’est pas le cas, car si c’était si facile que ça, on roulerait tous en Rolls Royce ! »[/blockquote]

  • Votre amour pour le cheval date de quand ?

Je suis un grand fan des courses et cela depuis très, très longtemps. Mon père était un grand passionné lui aussi, ainsi que certains membres de la famille et des amis, d’où l’influence sur moi. A l’époque (1963-1964 – là, je vous donne une indication de mon âge! Lol), on allait souvent au training. On avait de la chance car la maison de ma grand-mère, à la rue Herschel, avait vue sur le Champ-de-Mars. Au retour du training, on se régalait de dholl puri ou de petits pains chauds préparés par ma grand-mère.

A l’époque, tout le quartier avait la passion des courses. Le training du matin était vraiment spectaculaire et très populaire. C’est là que vous pouviez distinguer les bons chevaux des moins bons et cela vaut toujours aujourd’hui… Mon père m’a toujours dit : « You can’t hide a good horse nor one who is in shape. »

Chaque journée de courses était spéciale, tout le monde à l’école parlait de ça le vendredi et encore après le lundi. Certains de mes proches amis de l’école primaire sont restés très passionnés pour les courses D’ailleurs, l’un d’eux est même devenu président du Mauritius Turf Club (MTC) ! Ma passion pour les chevaux est donc inscrite dans mon ADN !

  • Sur une saison, vous assistez à combien de journées ?

Etant membre du MTC, j’y vais assez souvent. Et cela pour plusieurs raisons : pour passer un fun day out avec les amis ; parfois, j’y invite des clients étrangers ; d’autres fois, je suis invité par des clients locaux. Il m’arrive aussi d’être là simplement pour voir de belles courses.

Mais il faut dire que l’ambiance a beaucoup changé au fils des années. C’est avant tout devenu un endroit où on espère se faire de l’argent rapide. Malheureusement, pour beaucoup ce n’est pas le cas, car si c’était si facile que ça, on roulerait tous en Rolls Royce !

  • Dites-nous en plus justement sur l’ambiance qui y règne…

Ecoutez, tout dépend de votre état d’esprit et des raisons pour lesquelles vous allez aux courses. Vous pouvez vous organiser pour passer un bon moment, alors l’ambiance sera très bonne. Mais comme je vous l’ai dit précédemment, it is mainly about gambling now! Quand j’étais petit, aller aux courses était avant tout une sortie familiale, les dames retrouvaient leurs amies, les enfants, leurs copains et c’était surtout les hommes qui jouaient. Le club house était organisé d’une autre façon : l’orchestre de la police y jouait et il y avait des bancs tout autour (là où se trouvent les bookies aujourd’hui).

Il y avait beaucoup plus d’espace et la nourriture, les gourmandises étaient très spéciales. Il y avait des carrousels dans la plaine et des jeux organisés pour le bonheur des enfants. Je me souviens particulièrement d’un jeu où on faisait avancer un cheval à l’aide d’un bâton ! L’atmosphère des loges était aussi très différente d’aujourd’hui.

[blockquote style=”2″]« Je me souviens d’une course qu’il a gagnée sans courir ! Les autres chevaux ont eu peur de lui et il s’était retrouvé seul partant. »[/blockquote]

  • Votre meilleur souvenir?

Ils sont nombreux. Les duels interminables entre Mystic Snow et Noble Hero et le record du 10 furlongs établi par l’étalon noir en 2 min 6 s. Les deux vainqueurs du Maiden en 1965 et 1966 respectivement. Les courses gagnées par des cracks comme Chickadee, Winged Pharaoh, Disraeli, Woodleigh, Prodigal et plus récemment, les courses de Hinterland and Disa Leader…. des chevaux superbes qui ont généré de grandes passions.

  • Et le pire ?

Je n’ai pas vraiment de mauvais souvenir sauf quand il a fallu mettre fin à la vie d’un cheval ou quand des jockeys ont été blessés.  Mais je suppose que cela fait partie du sport…

  • Si vous deviez être un cheval, vous seriez…

Prodigal. Il a toujours été mon favori. Je me souviens d’une course qu’il a gagnée sans courir ! Les autres chevaux ont eu peur de lui et il s’était retrouvé seul partant.

  • Est-ce que vous misez ?

Oui, mais très modérément et j’ai un budget fixe par course que je ne dépasse jamais (même si j’ai un bon tuyau !). Comme je l’ai déjà dit, s’il était facile de gagner aux courses, nous conduirions tous des voitures de luxe. Vous pouvez gagner, mais vous pouvez encore perdre beaucoup plus rapidement aux courses. Je suis ce que vous pouvez appeler un joueur prudent. Pour moi, il est plus important de participer à la course que de s’attendre à gagner des millions !

  • Quel conseil donneriez-vous aux turfistes ?

Méfiez-vous des jeux de hasard car cela ne paie pas sur le long terme. Amusez-vous aux courses car ce n’est pas seulement une question d’argent. Il ya beaucoup de bons chevaux aujourd’hui et gagner une course, avec le nombre croissant d’écuries, est devenu très difficile. Alors bonne chance pour essayer de déjouer les pronostics.