Dans un même verset coranique, Dieu ordonne la justice, la bienfaisance et l’assistance aux proches (Le Coran 16 : 90). Mais ailleurs, Dieu précise aux croyants de ne pas dévier de la justice même si c’est contre eux-mêmes, leurs parents ou leurs proches (Le Coran 4 : 135). Le Prophète (saw) dénonça ceux qui voulaient son intervention afin d’épargner un coupable d’une sanction affirmant qu’il n’aurait pas agi autrement si c’était sa fille. Et à celui qui revenait de la collecte de fonds pour la trésorerie en affirmant qu’il avait reçu un cadeau personnellement, le Prophète l’interpella en ce sens : « Il aurait dû rester chez lui et voir si le cadeau vient à lui. »

La corruption, la fraude, le trafic d’influence, l’abus de pouvoir, le délit d’initié et le conflit d’intérêts qui rongent notre monde aujourd’hui se retrouvent sous le terme « fasad » qu’évoque et condamne le Coran en maintes occasions. La Révélation interdit catégoriquement le fait de « dévorer » les biens d’autrui : « … que les uns d’entre vous ne dévorent pas les biens des autres injustement… » (Le Coran 4 : 29).

Les juges
Pervertir la justice en soudoyant les juges, ou autrement, est particulièrement dénoncé : « Et ne dévorez pas mutuellement et illicitement vos biens ; et ne vous en servez pas pour corrompre les juges pour vous permettre de dévorer une partie des biens des gens injustement et sciemment. » (Le Coran 2 : 188). L’indépendance du judiciaire est un principe fondamental en islam. Il est reconnu que même si les premiers califes de l’islam remplaçaient les gouverneurs qu’ils nommaient, ils ne changeaient jamais les juges en fonction, même s’ils pouvaient ne pas être en accord avec eux.

Le Prophète (saw) disait que la colère de Dieu s’abat sur le corrupteur, le corrompu et celui qui agit comme intermédiaire. Une version précise qu’il s’agit aussi de la corruption « fi al hukum », soit en matière de gouvernance, de prise de décision et de politique. Umar, le deuxième calife, est connu pour avoir exproprié les gouverneurs de Bahreïn, d’Égypte, de la Mecque, de Kufa et de Sham. Umar bin Abdul Aziz interdisait aux gouvernants de se livrer au commerce, et aux officiers publics d’exercer là où il pouvait y avoir un potentiel conflit d’intérêts. À ceux qui pensaient pouvoir contourner le système et se mettre au-dessus de la justice en s’appropriant ce qui ne leur appartenait pas, le Prophète (saw) les avertit qu’ils s’octroyaient ainsi une portion de l’enfer.

Le savant Ibn Ashur affirma, par rapport à la question d’intégrité, qu’il s’agit avant tout de « retenue » qui s’exerce au niveau individuel d’abord. Malgré tout, il est possible qu’une personne demeure influençable, par exemple par ses liens familiaux. Le calife Uthman rappelait qu’il fallait alors que « Dieu intervienne par l’autorité de l’État ». La nature même du conflit d’intérêts est qu’il ne s’agit pas d’un acte, mais d’une situation à éviter même lorsqu’il n’y a aucune intention de corrompre. Se placer en position compromettante, ou potentiellement compromettante, ou être perçu ainsi, relève au minimum d’un manquement à une obligation.

Conclusion

Cette « retenue » en islam se nourrit par une conscience intime de Dieu, une crainte révérencielle qui motive à Lui obéir et un amour qui mène à la quête de Son plaisir. Ce lien avec Dieu se traduit par le désir de servir Ses créatures, à commencer par les plus vulnérables. Parmi, les femmes et les hommes, sans distinction aucune, mais aussi servir la nature dans le respect qui lui est dû. Ainsi étaient le Prophète (saw) et ses compagnons, à l’exemple du calife Umar. On demanda à ce dernier de désigner son fils comme successeur et il refusa absolument, ajoutant :

«… Dieu est mon témoin que pendant mon califat, je n’ai montré aucune faveur aux membres de ma famille. D’autre part, je suis plus dur avec eux qu’avec les autres musulmans. J’ai essayé de remplir les obligations toujours sous l’ombre de la peur que je puisse à toute étape faiblir dans l’exercice de mes fonctions… »