Les deux contestations du permis EIA de Growfish seront-elles entendues ensemble ? Il faudra patienter encore deux semaines pour le savoir. L’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice a soumis une requête, hier au tribunal de l’Environnement, pour un délai de deux mois. Arguant avoir de nombreux points de contestation en commun avec la Sea Users Association (SUA), favorable à cette demande.

Lors de l’audience d’aujourd’hui, la SUA a aussi requis le même délai. L’association entend mener une étude sur la migration des requins. La collecte des données, argue son représentant légal, doit se faire en janvier et février.

L’entreprise aquacole invoque, pour sa part, le non-respect des procédures dans l’un et l’autre cas. Affirmant que l’étude aurait déjà dû avoir été effectuée et le rapport déposé quand la SUA a saisi l’Environment and Land Use Appeal Tribunal, en octobre dernier. Growfish estime toutefois qu’une semaine de plus devrait suffire.

Pour ce qui est de l’Ahrim, Growfish affirme n’avoir pas reçu de convocation de l’Ahrim dans les délais impartis. Alors que celle-ci maintient que la convocation a bel et bien été servie en octobre 2017. Growfish s’oppose également au délai supplémentaire que réclame l’Ahrim pour consolider les deux dossiers d’appel.

Les ministères de l’Environnement, de l’Economie océanique, du Tourisme et de la Défense doivent encore faire connaître leur position le 23 janvier. Tout comme le Conseil de district de Rivière-Noire, cité par la SUA car c’est cette instance qui octroie les permis de construction à Growfish.

Le Board of Investment, cité dans le cas porté par la SUA, se prononce contre cette consolidation de deux dossiers. Estimant ne pas être concerné certains points avancés par l’Ahrim.

L’appel de l’Ahrim devrait être entendu sur le fond le 25 janvier et celui de la SUA, le 5 février. A moins que le tribunal de l’Environnement agrée à la demande de consolidation.

Pourquoi l’AHRIM s’oppose au projet Growfish

Le ministère de l’Environnement a accordé un permis EIA, le 6 octobre 2017, à Growfish Ltd. D’une part, l’organisme pointe du doigt le manque de consultations en amont.

L’association a engagé un panel de chercheurs indépendants, mené par le biologiste marin Michel de San, afin notamment de déterminer les risques engendrés par une ferme aquacole de l’envergure que propose Growfish. Le rapport des experts a établi que le «risque requin» est trop élevé. Ce qui pourrait nuire au tourisme. Des craintes que l’AHRIM a transmises au ministère de l’Environnement dans une lettre datée du 21 septembre 2017.

Autre point de contestation, le lieu et la taille des fermes aquacoles. L’association des hôteliers et restaurateurs avance que Bambous étant au large notamment de la plage de Flic-en-Flac, très fréquentée par les locaux et les touristes, la présence de bassins d’aquaculture pourrait nuire à leur sécurité et donc impacter l’économie de la région, basée majoritairement sur l’hôtellerie et les activités nautiques comme la plongée et le dolphin watching. Les bassins sont exposés au «FAD-effect» (pour Fish Aggregating Devices), explique le rapport d’experts. C’est-à-dire, les dispositifs liés à l’attraction et la concentration de poissons attirent aussi les petits et gros prédateurs. Plus la concentration de poisson est élevée, plus il y a de risque. Or, Growfish veut installer sur chaque site entre 48 et 84 cages dont le diamètre est de 50 mètres.

Si l’entreprise aquacole reconnaît le «FAD-effect», la mesure qu’elle propose ne vient pas réduire le risque de présence de prédateurs mais veut seulement protéger ses installations, affirme l’Ahrim.

De plus, l’Ahrim remet en question les objectifs de production de ces fermes, qu’elle juge «démesurées». Growfish veut produire 30 000 à 40 000 tonnes de poisson par an dans un premier temps, et atteindre la barre des 100 000 tonnes dans huit à dix ans. L’impact sur l’environnement marin et les répercussions négatives du projet sont «trop considérables» et «ne peuvent être ignorées», soutient l’Ahrim. Qui cite, à titre de comparaison, la ferme aquacole de Grand-Baie qui produit quelque 1 000 tonnes par an.

D’autre part, Growfish reste «vague» en termes de création d’emplois directs ou indirects, estime l’association. Celle-ci estime qu’il y a également conflit d’intérêts et/ou manque d’indépendance pour le ministère de l’Economie océanique. Celui-ci régule le secteur aquacole. Il siège également sur l’EIA Committee. Et a signé un accord-cadre avec Growfish portant sur le soutien de l’Albion Fisheries Research Centre aux activités de l’entreprise.

Pourquoi l’AHRIM n’était pas à Grand-Gaube

Anil Gayan n’avait pas manqué de souligner, lundi, l’absence de représentants de l’AHRIM lors de la visite organisée à la ferme aquacole de Grand-Gaube. L’association a, le même jour, donné la réplique au ministre du Tourisme. Expliquant dans un communiqué que l’invitation reçue le 5 janvier faisait mention d’une visite de l’île d’Ambre et de l’îlot Bernache. Afin d’évaluer leur potentiel touristique et économique. L’association prend connaissance de la partie ferme aquacole «dans la presse».

L’AHRIM a ainsi préféré privilégier la préparation de l’audience de ce mardi, «avancé de deux semaines».

Photo : La ferme aquacole de Grand-Gaube. L’Ahrim note, dans son communiqué du 8 janvier, n’avoir fait aucun commentaire sur les activités aquacoles à cet endroit ni sur les informations diffusées quant à la présence de requins là-bas.