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Personne n’aura du mal à imaginer la fierté d’un père ou d’une mère face au succès de son enfant. Certes, parfois le confort financier des parents assure à leur progéniture un accès privilégié à un environnement social et scolaire favorable à son éveil et donc à sa réussite. Mais s’il y a bien un domaine dans lequel les privilèges sociaux jouent peu ou prou, c’est le sport.

Ainsi, quand l’enfant d’un puissant réussit dans une discipline populaire, sa performance peut difficilement être entachée de soupçons de favoritisme. Quelque part, ne gagne que celui qui le mérite – physiquement ou mentalement. La fille de Nando Bodha est à classer dans cette catégorie. Elle a ainsi récemment remporté les championnats nationaux de moins de 17 ans et 19 ans en badminton, se faisant aussi nommer meilleure joueuse parmi les 14-15 ans. Comment savons-nous tout cela ? Grace à un mail officiel envoyé à la presse par le Senior Adviser-Communications du ministre des Infrastructures publiques.

Face à ce mail reçu samedi, on se prend à hésiter entre deux sentiments. D’une part, celui de l’indulgence. Car après tout, Nando Bodha n’est pas un des nombreux «problem cases» du gouvernement. Éloquent et relativement efficace, il est un des rares ministres qui donnent l’impression de savoir ce qu’ils font. On a donc envie de laisser passer la bourde. Mais d’autre part, il y a l’évidence. Un ministre n’a pas à utiliser les facilités mises à sa disposition dans le cadre de sa fonction pour faire état d’évènements personnels. Car si c’est légal, ce n’est certainement pas éthique.

On voit déjà poindre les objections. Untel faisait pire avant ; d’autres prennent toujours des libertés bien plus condamnables en faisant nommer maîtresses, amis et famille ici et ailleurs. Les plus pourris allant jusqu’à ériger un système de tribut pour ceux dont les affaires dépendent d’autorisations publiques. Transformant de simples procédures administratives en autant de faveurs à être octroyées aux plus offrants et reconnaissants.

Ceux qui observent le système depuis des lustres décrivent une lente descente. Causée par une maladie dont le principal symptôme est l’insensibilisation aux principes.  Le mal gagne insidieusement les ministres et autres puissants placés à la tête d’institutions. Dans tous les cas, la maladie débute par de petites entorses aux principes. Qui cèdent, à terme, la place à de grandes entorses aux grands principes.

Ceux-ci ne se retrouvent guerre que dans les discours politiques désormais. Chacun – Pravind Jugnauth le premier – clame son attachement aux grandes valeurs tout en pataugeant dans une mare nauséabonde. Où on retrouve souvent de proches collaborateurs et, parfois même, la famille. Ayant érigé le «pas vu, pas pris» en mode opératoire, on ne fait étalage des principes que quand on est pris la main dans le sac. Celui-ci démissionne «d’un commun accord». Celui-là est sanctionné non sans avoir reçu une assurance en coulisse : «Kan zafer la tegn inpe, lerla to ava revini.»

Personne ne demande à nos politiques de se comporter avec le zèle du Britannique Michael Bates. Le ministre de Theresa May proposa sa démission en janvier dernier pour être arrivé en retard à la séance des questions à la House of Lords. Par contre, nos ministres, députés et ceux chargés de les servir pourraient s’inspirer d’une anecdote au sujet d’Abdool Razack Mohamed.

Ministre en mars 1972, au moment de la visite de la reine Elizabeth à Maurice, il est invité à une réception sur le yacht royal Britannia. Mohamed montre le carton d’invitation fraîchement arrivé à un proche qui estime que c’est un grand honneur d’y être convié. Le ministre le reprend. L’honneur n’est pas pour lui, mais pour son «kursi» [mot signifiant chaise ou fonction aussi bien en hindi qu’en urdu ; il veut aussi dire trône en arabe].

Aujourd’hui, comme il y a 46 ans, peu de personnes réalisent qu’elles sont au service de leur «kursi». Et non l’inverse…

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