Les esprits se sont échauffés au 13e étage de la Sicom Tower à Ebène en fin d’après-midi de ce mardi 2 août. Si deux des 13 membres du conseil d’administration de Heritage City Ltd (HCL) étaient absents, les 11 autres ont assisté à un match de ping pong durant lequel des mots durs ont parfois été échangés. Notamment entre Gérard Sanspeur, le conseiller spécial de Pravind Jugnauth et Akilesh Deerpalsing, membre du conseil d’administration de la Financial Services Commission et proche de Roshi Bhadain. Avec Somduth Nemchand, le président de HCL et Deputy Permanent Secretary du ministère de la Bonne gouvernance, agissant tantôt en pompier et tantôt en défenseur des décisions entérinées lors des 6 précédentes rencontres du conseil d’administration.

Après cette rencontre, les uns qualifient leurs camarades de conseil d’administration de « malotrus sans manière ». Pendant que d’autres jurent que la gestion du projet, voire Heritage City lui-même, devra être complètement revue… quitte à froisser certaines susceptibilités. Arbitre du match à distance, Pravind Jugnauth aurait tranché. Le ministre des Finances a ainsi indiqué que le chantier de ce projet, financé à hauteur de Rs 2,7 milliards dans le Budget 2016-2017, ne démarrera qu’une fois certaines étapes franchies. L’une d’elles étant la mise en place d’une administration de 6 ou 7 personnes à HCL, dont un CEO ou Chef de projet pour contrôler formellement la mise en œuvre de la partie publique de Heritage City évaluée à Rs 13 milliards.

Ce mardi, c’est le contenu de l’agenda de la réunion du conseil d’administration qui a mis le feu aux poudres. Le document circulé le 1er août indique trois sujets de discussion : l’approbation du procès-verbal de la précédente réunion, une présentation de Stree, le cabinet dubaïote chargé d’élaborer le masterplan du site et enfin, le traditionnel « any other business ». Or, le jour de la réunion du conseil d’administration, l’agenda amendé indique désormais que les appels d’offres pour le déblaiement et le nivellement des 336 arpents du projet ainsi que les travaux d’infrastructure par les prestataires préqualifiés seront également discutés. L’agenda inclut aussi des discussions sur la préqualification de prestataires pour la construction du Parlement, du Prime minister’s office et d’un autre bloc administratif. Le choix du cabinet d’ingénieur qui supervisera la construction figure aussi sur la nouvelle liste de sujets à être débattus.

Ces ajouts de dernière minute de sujets complexes ont fortement déplu à plusieurs membres du conseil d’administration. Si l’ingénieur Shunmoogum Soondrum et Naila Hanoomanjee, la CEO de State Property Development Company, n’ont pas manqué de poser des questions, c’est Gérard Sanspeur qui a toutefois été le plus va-t-en-guerre. Arguant qu’il est impossible de passer aux étapes suivantes du projet et de démarrer le chantier sans, par exemple, que le coût spécifique de certains éléments du projet n’aie été préalablement étudié dans les détails.

Pris dans les tirs croisés, les trois cadres de Stree venus faire leur présentation et justifier, au passage, l’attribution de missions supplémentaires à leur cabinet, au coût de plusieurs dizaines de millions de roupies, sont sortis abasourdis de la réunion.

En attendant la prochaine rencontre du conseil d’administration de HCL et après consultation avec Pravind Jugnauth, il a été convenu que seule la partie abritant la première phase de Heritage City sera déblayée et nivelée et que ces travaux se dérouleront sous la supervision des nouvelles recrues de la HCL. Depuis sa création, celle-ci fonctionne uniquement avec un conseil d’administration et un secrétariat, l’exercise de recrutement lancé il y a quelques mois n’ayant pas permis de trouver de staff qualifié pour superviser et gérer ce type de projet.

Sur le board de HCL, certains se réjouissent du fait que le projet repartira désormais sur des bases plus solides mais d’autres s’inquiètent du fait qu’au lieu de démarrer en août, le chantier pourrait prendre plusieurs mois de retard. Les premières pelleteuses pourraient ainsi ne commencer leur travail que vers octobre.

Contactés, Akilesh Deerpalsing et Gérard Sanspeur, n’ont, eux, pas souhaité réagir.