C’est simple. A ceux qui le lui demandent, Ameenah Gurib-Fakim affirme qu’elle n’a strictement rien à se reprocher dans l’affaire Platinum Card. Poussant la boutade jusqu’à s’interroger sur la charge qui serait portée contre elle si jamais le gouvernement songe à avoir recours à un tribunal spécial pour la destituer, conformément à l’article 30 de la Constitution.

En allant la voir, ce mardi 6 mars, Pravind Jugnauth et Ivan Collendavelloo ont essuyé un refus catégorique de la présidente de la République. Si certains proches du pouvoir s’étonnent du nouveau «consensus» entre le Premier ministre et son adjoint, parrain de la candidature d’Ameenah Gurib-Fakim à la présidence, d’autres estiment que la locataire du Réduit a très bien compris les premiers arguments juridiques utilisés par Ivan Collendavelloo. Laissant entendre qu’elle peut faire le dos rond et laisser passer l’orage sans être contrainte à démissionner.

Du coup, à l’Hôtel du gouvernement, on a recours à d’autres méthodes. Dont, une nouvelle fois, celle de la tentative diplomatique. Ainsi, quelques rares proches de la présidente ou, du moins, ceux qui sont encore «on speaking terms» avec elles, ont la délicate tâche de lui transmettre un message sans ambiguïté : le gouvernement souhaite qu’elle ne soit plus en place quand Ram Nath Govind, le président indien, débute sa visite officielle, ce dimanche 11 mars.

Un avertissement sans précédent est même brandi. Si l’opposition a déjà fait savoir qu’elle compte boycotter toutes les célébrations où la présidente sera présente, le gouvernement, y compris les ministres et leur patron, pourrait lui emboîter le pas. L’escalade va encore plus loin : Ameenah Gurib-Fakim pourrait ne pas recevoir d’invitation pour assister à certains événements officiels. Ce qui constituerait un fait sans précédent dans les relations présidence/gouvernement.

Au sein du pouvoir, on affirme que Pravind Jugnauth n’a eu d’autre choix que de prôner la ligne la plus dure sur ce dossier et que sa manière d’agir avec Ameenah Gurib-Fakim est en droite ligne avec ses promesses de sévérité avec les proches du pouvoir ayant fauté, quel que soit leur rang au sein de l’Etat. C’est qu’on lui aurait rappelé jusque dans son cercle le plus proche.

Dans l’éventualité que la présidente résiste à toutes les pressions, ou alors que le gouvernement renonce aux démonstrations publiques des «divergences» dans un souci de recevoir dignement le président de l’Inde, le pourrissement des relations entre le pouvoir et la présidence pourrait se manifester d’une manière inédite.

Ainsi, au Parlement, une convention non écrite veut qu’aucune question ne soit posée sur la présidence. D’ailleurs, des tentatives, dans le passé, ont essuyé un refus catégorique de la part du Speaker. Quand les questions ont été posées en pleine séance, les ministres concernés ont refusé de répondre quand ce n’est pas le Speaker qui est intervenu pour les interdire.

Or, le premier angle d’attaque parlementaire sur Ameenah Gurib-Fakim est déjà en préparation. L’opposition pourrait, en effet, s’intéresser à ses nombreuses missions à l’étranger et au coût de ses voyages, notamment par rapport aux per diem conséquents qui lui sont remis à chaque déplacement. La présidente ne manque pas, en effet, de soumettre un nombre considérable de missions à être approuvées par le bureau du Premier ministre.

Dans une étonnante démonstration de son attitude business as usual, la présidence a ainsi soumis récemment plusieurs déplacements à l’étranger à l’approbation du Prime Minister’s Office. Par déférence, l’administration du Premier ministre donne souvent son feu vert aux demandes de la présidence et consent le débours des per diem. La présidente devra désormais s’habituer à des refus réguliers, voire systématiques.

Dans l’opposition, on s’impatiente déjà devant la perspective de pouvoir demander ce que les voyages réguliers de la présidente ont coûté à l’Etat, au-delà de la somme allouée au Réduit dans le budget de l’Etat.

La guerre des nerfs qui est déjà en cours laisse toutefois certains proches d’Ameenah Gurib-Fakim dubitatifs. Ils soulignent qu’elle n’a rien du tempérament d’un Kailash Purryag. L’ancien président avait ainsi décidé de se retirer quand on a commencé à lui faire comprendre qu’il lui fallait laisser sa place après l’arrivée au pouvoir de l’Alliance Lepep. Son successeur, elle, est décrite comme «une tough nut», à la carapace beaucoup plus solide. Donc capable d’endurer beaucoup plus de pression sans céder.