[Mise à jour à 21h] Le Conseil d’administration a entériné le licenciement de 3 pilotes à la suite de la «grève» de ce jeudi

Officiellement, ce n’est pas une grève. Mais plutôt une situation exceptionnelle qui a vu 12 pilotes d’Air Mauritius (MK) tomber malades en même temps ce jeudi 5 octobre. Face à cette situation sans précédent à Air Mauritius, quelques décisions douloureuses seront prises ce vendredi.

On annonce ainsi des mesures «acides» lors de la réunion du conseil d’administration de MK aujourd’hui. Le soutien du Prime minister’s Office a conforté la direction de la ligne aérienne nationale dans son attitude ferme face aux pilotes récalcitrants. Ces derniers avaient déjà donné le ton face à Somas Appavou en refusant d’assister à une première réunion de prise de contact peu après l’arrivée du nouveau CEO, en juillet.

Depuis, la situation a dégénéré. Notamment avec une décision de justice en faveur de MK dans un litige opposant les pilotes à leur employeur sur le nombre et le type de billets gratuits qui leur sont dus chaque année. A MK, on invoque la volonté de ne pas pénaliser les passagers payants en faisant voyager en priorité la famille des pilotes, même en période de pointe. La mise en œuvre de cette décision a débouché récemment sur un esclandre d’un pilote qui a presque refusé de décoller car l’un de ses proches a été installé en classe économie au lieu d’être en classe affaires. Mais une marche arrière sur cette décision paraît peu probable, surtout au moment où les nouveaux Airbus A350 de la compagnie arrivent avec seulement 28 places en business alors que les A340 précédents en comptent 34.

Du côté du personnel de cabine de MK, l’attitude des pilotes aussi bien expatriés que mauriciens est mal vue. Notamment parce qu’ils ont l’habitude de faire bande à part. Ne faisant pas, par exemple, partie de l’intersyndicale de l’entreprise. Les pilotes fraîchement recrutés débutent avec des salaires, tous indexés à l’euro, de Rs 400 000. La rémunération moyenne grimpe à Rs 700 000 alors que les top earners empochent Rs 1 million net d’impôts par mois… car Air Mauritius paie l’impôt sur les revenus de tous les pilotes déjà sous contrat. Au final, les quelque 200 pilotes de MK – dont la moitié sont des Mauriciens – absorbent 40% de la masse salariale de l’entreprise.

On pointe aussi volontiers du doigt l’attitude des pilotes expatriés, moins attachés à MK et à sa réputation que leurs collègues mauriciens. Certains d’entre eux ont notamment déjà effectué des actions d’éclat chez leurs précédents employeurs. Une chef de cabine de MK explique à ION News que dans un passé pas si lointain, l’un d’eux a suggéré, sans succès, que les hôtesses et stewards opèrent des «no smile flights» ou refusent de servir le café, le thé et les autres boissons aux passagers en signe de protestation contre la direction.

Celle-ci ne croit pas d’ailleurs à un malentendu avec les pilotes au sujet des nouvelles conditions d’emploi exclusivement applicables aux nouvelles recrues. Les pilotes déjà sous contrat – expatriés ou locaux – continuant à bénéficier des mêmes avantages. Qu’ils soient fiscaux ou de repos avec 42 jours de vacances.

Or, seules les nouvelles recrues obtiennent des conditions moins avantageuses, avec un salaire indexé à un euro à Rs 40 au lieu de Rs 45, une rémunération sujette au prélèvement Pay as you earn, ainsi que 27 jours de vacances par an. Selon la direction de MK, si on tient en compte la qualité de vie et le coût de la vie à Maurice, les pilotes employés par la compagnie aérienne nationale n’ont rien à envier à ceux d’Emirates, d’Etihad ou de Lufthansa. Au Paille-en-Queue Court, on fait même remarquer que là où les pilotes des lignes aériennes internationales les plus performantes effectuent quasiment 95% des 900 heures de vol maximum par an, en moyenne, les pilotes de MK effectuent seulement 60% de leur plafond autorisé.

A la direction de MK, on croit savoir que c’est l’imminence du rapport de Capfor, un cabinet d’experts en ressources humaines, qui exacerbe les relations entre la direction et les pilotes. Car le management estime que vu les conditions de travail et le traitement salarial des pilotes de la compagnie, Capfor a de fortes chances de ne pas recommander une revalorisation salariale ou une amélioration des conditions de travail de ces 200 employés. En l’état actuel des demandes des deux syndicats de pilotes, leur coût additionnel à l’entreprise pourrait grimper par plusieurs centaines de millions par an selon certaines estimations.

Mais au 19étage du Paille-en-Queue Court, l’heure n’est pas encore à ce calcul. La priorité du moment est de faire en sorte que tous les passagers de la compagnie nationale puissent prendre leur vol même si une soudaine maladie frappe à nouveau les pilotes ce vendredi ou samedi. Pour cela, MK compte sur le soutien d’Emirates, d’Air Austral ou de Turkish Airlines.

Entretemps, le coup de l’action d’éclat des pilotes se chiffrerait en millions d’euros. Rien que l’indemnité de 600 euros payable à chaque passager dont le vol en direction de l’Europe est retardé avoisine les Rs 20 millions. Si on ajoute à cela les frais d’hébergement encourus par la compagnie, le paiement des prestataires notamment de transport, la facture sera très salée.

Des membres du staff de MK déplorent la communication sporadique entre la direction et eux. Toutefois, la «grève» des pilotes – une première durant les 50 ans d’histoire de l’entreprise– requiert, selon eux, une réponse énergique de l’entreprise.  C’est ce qui devrait se passer à partir de 15h, ce vendredi.