C’est étrange. Si Xavier Duval et Paul Bérenger ont choisi de s’invectiver à quelques kilomètres de distance, ce dimanche, les deux leaders politiques ont décrit leurs partis respectifs de la même manière. « Plus fort que jamais ». Ce qui est une contrevérité historique. Car peu importe les contextes d’alors, le PMSD de 1967 ou le MMM de 1982 étaient de loin bien plus puissants que leurs versions polies ou pâlies d’aujourd’hui.

L’un étant devenu une vitrine marketing à coup de branding et de campagnes de promotion bien pensées. Tandis que l’autre ressemble de plus en plus à une machine à ressasser un passé glorieux qu’on ne trouve plus que sur des photos sépia jaunies au fil des décennies. Au-delà de leurs fanfaronnades, Xavier Duval et Paul Bérenger ont néanmoins tenu des propos qu’il convient de ne pas prendre à la légère. Car ils vont prêter à conséquence…

Précautionneux de nature, le leader du PMSD a sans aucun doute mûrement réfléchi à la manière dont il allait aborder l’accession de Pravind Jugnauth au poste de Premier ministre. Si, dans un premier temps, il a semblé adouber sans condition le patron du MSM, voilà qu’il sort la petite phrase qui aura le mérite d’irriter celui-ci et ses partisans. Dans la foulée, Duval donne aussi l’impression que certaines choses ont été discutées avec Ivan Collendavelloo avant les élections… mais pas avec lui. Une marque de confiance ?

Pourquoi ainsi alimenter l’argumentaire de ceux qui accusent Pravind Jugnauth de ne pas disposer de la légitimité morale requise pour succéder à sir Anerood Jugnauth ? Si on sait que ce dernier et Duval ne s’apprécient pas vraiment, il en va différemment pour Pravind Jugnauth. Qui, dit-on, traite Xavier Duval en véritable partenaire. Même si ce dernier a précisé, ce dimanche, que le PMSD n’est pas au gouvernement pour faire de la figuration… avec un sparadrap sur les lèvres…

A l’approche d’un remaniement qui interviendra « very soon » et qui portera la patte de Pravind Jugnauth, il semble évident que les bleus adressent un message à peine voilé sur la place qu’ils entendent avoir dans le nouveau dispositif de l’Alliance Lepep. Xavier Duval n’a probablement pas envie – ni intérêt – à vouloir prendre les Finances à Pravind Jugnauth. Après tout, c’est un ministère compliqué à gérer. Surtout quand on le compare au tourisme, où – la conjoncture aidant – il est infiniment plus facile d’afficher « rezilta lor rezilta ». Ce n’est donc qu’avec la liste des nouveaux ministres, post-remaniement, qu’on saura si le cocorico de Duval a été entendu.

Bérenger s’est, lui, déjà fait entendre. Il l’a répété plusieurs fois à l’auditorium Octave Wiehé : son parti ira seul aux prochaines élections générales et il sera présenté comme Premier ministre. De loin, nous entendons déjà ceux qui remarqueront que ce n’est pas la première fois que le leader du MMM rabâche cette éventualité. Mais pour une fois, on doit mettre de côté la formidable propension de l’homme à faire preuve de « réalisme » politique et envisager qu’il suivra la stratégie qu’il énonce. Plusieurs raisons pourraient, en effet, expliquer cela.

D’abord, il y a le fait que Pravind Jugnauth va devenir Premier ministre sous peu. Dès lors, apparaissent deux certitudes. Bérenger ne transigera pas sur le principe de rejoindre un gouvernement « par linpos » sans passer par une élection. Si élection il y a, déjà Premier ministre sortant, Pravind Jugnauth ne se résignera pas à accepter un nouveau « winning formula » à l’électorat sous forme d’un prime-ministership partagé entre Bérenger et lui. Trop risqué politiquement. Car cela ne fera qu’accentuer l’impression que Jugnauth a négocié en position de faiblesse. Tout en lui faisant courir le risque d’un décembre 2014 à l’envers qui profitera directement à Navin Ramgoolam.

Ensuite, il y a cet engagement tacite des leaders du MMM et du Parti travailliste sur le fait d’aller seul aux élections générales si les conditions s’y prêtent. Face à Pravind Jugnauth devenu chef de gouvernement trop tôt, les deux vieux loups vont vouloir user sournoisement son capital politique. Pour mieux se risquer à un match à trois… qu’arbitrera peut-être un Duval débarrassé de son sparadrap. Lors d’une joute qui, si elle ne garantit pas une victoire des mauves, leur offre quelques réelles chances de faire élire plus de députés qu’en décembre 2014. Une perspective suffisamment alléchante pour conduire Bérenger et ses troupes à vouloir tenter le pari de perdre avec honneur… ou de gagner contre toute attente.

Ce dimanche, Xavier Duval et Paul Bérenger « plus forts que jamais » ont habilement passé un message à leurs amis et adversaires politiques. Le pays n’est pas en campagne électorale mais les reconfigurations politiques semblent avoir déjà commencé.