Pourquoi diable s’acharne-t-on sur Anil Gayan ? Il paraît qu’il a fait une gaffe lors d’un congrès nocturne du Muvman Liberater à Rose-Hill, jeudi dernier. Ce qui a conduit quelques écervelés à exiger sa démission comme ministre de la Santé. Son tort ? Avoir expliqué le raisonnement qui l’a amené à suspendre le programme de distribution de méthadone aux toxicomanes. Allons donc, depuis quand ce type d’explication devrait-elle coûter son maroquin à un ministre ? A ceux qui persistent à demander l’irraisonnable, voici quelques arguments pour vous faire changer d’avis.

Le contexte. Perdu dans les méandres de l’arrière-cour en travaux de Rose-Hill, nous avons demandé notre chemin ce jeudi soir. Deux riverains nous ont aidé : «Han, sa meeting la ? Kot Bar X sa. Al drwat, apre tourne agos.» Arrivé au congrès nocturne, nous avons effectivement constaté une certaine ambiance open bar. Les quelques spectateurs assis en côtoyaient d’autres, davantage préoccupés par les divers breuvages qui circulaient dans des gobelets jetables. Le niveau d’interaction avec l’auditoire était élevé. Les uns demandant à Gayan : « to kontan fam, twa ». Les autres cuisinant Ravi Rutnah sur le décolleté des dames qu’il a jadis connues en Angleterre. Comment donc tenir rigueur à Gayan de s’être mis au niveau de certaines personnes venues l’écouter. Après tout, il n’y a pas que les spectateurs qui peuvent raconter n’importe quoi, les orateurs en ont aussi le droit !

L’expérience. Bien malhonnête est toutefois celui qui pense que Gayan peut raconter n’importe quoi. C’est mal connaître cet homme à la carrière riche. Les petits jeunes qui ont partagé Vire Mam à mort il y a un an ne savent sans doute pas que le ministre de la Santé est un ancien lauréat. En 1982, il a même été le plus jeune ministre en fonction. Anil Gayan ne peut donc dire de bêtises. Car contrairement à Ivan Collendavelloo, qui n’a jamais été ministre, Gayan a lui été un ministre des Affaires étrangères au bilan stratosphérique. Celui-ci est d’ailleurs d’un niveau si élevé que le Mauricien moyen ne peut même pas le voir.

La hauteur. Gayan peut toutefois voir son bilan. Puisqu’il survole tout, et comprend donc tout. Ainsi, c’est de son perchoir en haute altitude qu’il a prodigué des leçons de gouvernance à tout un pays et à sa classe politique, à travers sa chronique dans l’express. Adepte de « fais ce que je dis, pas ce que je… », il s’applique à la lettre les conseils et injonctions qu’il donnait jadis à Navin Ramgoolam et son gouvernement, sur les nominations, par exemple.

La solitude. C’est probablement cette même hauteur qui conduit le ministre à tenir ses distances de ceux qui n’y comprennent rien et qui sont injustement – et systématiquement – hostiles à son égard. On peut ranger dans cette catégorie, les journalistes, les auditeurs des radios qui questionnent nos services de santé lors d’émissions comme « Explik ou cas » ou « Enquête en direct ». La critique est aisée, l’art est difficile, dit-on. Gayan en prend quotidiennement la mesure. A la tête d’un des ministères les plus budgétivores du pays, il a une responsabilité colossale. Il n’est donc pas étonnant qu’il s’isole pour les assumer pleinement.

L’intelligence. Seule son intelligence incommensurable lui permet d’ailleurs d’assumer cette responsabilité. Gayan le prouve, en effet, régulièrement. En démontant aisément les avis divergents qui lui arrivent d’experts étrangers ou encore d’ONG ignares qui cherchent à imposer vilement leurs points de vue au ministre. Heureusement que Gayan est doté d’une grande capacité de compréhension. Aidé par Google, il a ainsi maîtrisé toute une série de dossiers ‑ des plus techniques au plus basiques ‑ à la santé. De sorte qu’il pourrait presque se passer de l’avis de techniciens locaux et étrangers. C’est d’ailleurs ce qu’on lui souhaite.

Ceux réclamant la démission de Gayan devraient ainsi avoir honte de leur posture. Celui qui a prédit que son parti sera la formation politique la plus importante du pays dans cinq ans mérite le respect et la reconnaissance de toute la patrie pour ses décisions justes et éclairées. A ce sujet, il faudra que quelqu’un lui suggère d’arrêter le programme de dialyse dans les hôpitaux. Parce qu’il paraît qu’au moins 40 personnes dialysées à Maurice auraient voté pour le Parti travailliste et le MMM aux dernières élections. Une telle bêtise ne devrait pas rester impunie. Celle du même type, non plus…