“You cannot solve a problem from the same consciousness that created it. You must learn to see the world anew.” – Albert Einstein

Changer les hommes alors que les fondements et le fonctionnement du système demeurent n’est qu’une illusion. Très vite, nous découvrirons la triste réalité que les mêmes causes provoquent les mêmes effets.

Passée l’euphorie, nous nous poserons la question de savoir comment faire face aux défis qui nous guettent. Plus que de la volonté, il faudra du courage, de l’engagement et un sens du sacrifice pour le bien commun. C’est là qu’il faut un vrai leadership : le chef étant celui qui dirige avec lucidité, et non celui qui est là pour plaire.

Notre système repose trop sur la loi du plus fort… politiquement, intellectuellement, culturellement, socialement mais, surtout, économiquement. Qui osera défier cet état des choses ?

Notre système repose sur une apparence que le bonheur réside dans le mondain. Même les « socioreligieux » sont à la poursuite du bien matériel. Nous souffrons d’une absence flagrante de modestie,  d’éthique, de morale et de spiritualité même si les signes et manifestations de religiosité abondent. Peut-on concevoir le bonheur autrement ?

Notre système repose  sur une vision binaire : « zot » et « nou ». Si notre vivre-ensemble est plutôt harmonieux, il n’empêche que nous ne nous connaissons pas les uns les autres. Nous vivons plus à côté des uns des autres qu’ensemble. Le dialogue est un vain mot. Les réseaux sociaux, les moyens de communications et les média modernes ne servent  à enrichir notre découverte des autres que superficiellement. Les communautés, toutes, sont présentées comme victimes. Nous refusons le pluralisme de notre identité. L’émotivité favorise rarement une autocritique et une distance par rapport aux questions complexes.  Certains politiciens et religieux sont dans l’instrumentalisation de nos peurs. Un tel système résiste à la moindre évolution.

Notre système repose sur une idée du progrès réduite surtout au développement économique. Au siècle dernier, nous pouvions prétendre  développer sans prendre en compte les limites que nous imposent nos écosystèmes locaux, l’épuisement des ressources, l’accumulation des émissions et des déchets ou encore le manque d’espace. Nous ne savions rien du changement climatique. Notre vulnérabilité comme petit Etat insulaire était à peine perceptible. Les moyens durables de générer l’électricité, par exemple, se limitaient à l’hydro. Surtout, nous ignorions beaucoup des effets de la pollution sur notre santé et des impacts sociaux du développement.

Avons-nous les moyens de penser le développement autrement et de rompre avec une approche « business-as-usual » qui focalise trop sur le court-terme et les intérêts de certains au détriment du bien commun et d’un environnement de plus en plus précaire ?

Finalement, notre système repose sur une éducation qui confond « excellence » et « compétition », sinon « vocation » et « business ». La créativité et le partage, la transmission des valeurs et l’intégration des connaissances comme le goût de la recherche sont rarement  inculquées. Ce système sert plus souvent comme moyen de perpétuer une  certaine bourgeoisie que d’ascenseur social. Les décideurs – politiques, économiques et autres – ont-ils intérêt à virer un système qui leur assure une suprématie mondaine, sinon le statu quo ? Ce système, incarné par l’Establishment et ceux qui ont des « vested interests », ne résistera-t-il pas à toute tentative de le transformer ? À l’heure de la mondialisation, l’alliance paradoxale des forces néolibérales et néoconservatrices dans les sphères de la culture, des médias et de l’économie se mettra-t-elle en marche pour contrer toute volonté de s’attaquer au système dominant ?

La religion  nous rappelle le même enseignement qu’Einstein. Dieu ne change pas la condition d’un peuple tant que ce dernier ne change pas ce qui est en lui-même.