La cause paraît entendue. Le MSM ne votera pas la réforme électorale. Signifiant ainsi son désaccord avec le seuil d’éligibilité de 10% à la proportionnelle. Quasiment tous les observateurs politiques sont d’accord pour dire que le seuil qu’impose Navin Ramgoolam dessert les intérêts du MSM. Celui-ci votera donc logiquement contre. Mais aurait-il raison en faisant cela ? Car si le MSM doit choisir entre disparaître ou survivre… il a l’obligation de voter la réforme électorale.

Le scénario idéal dans lequel le MSM pourrait se retrouver serait celui d’une alliance : soit avec le MMM ou les travaillistes. Mais « l’alchimie » et les intérêts convergents de Paul Bérenger et Navin Ramgoolam les poussent à placer le ticket PTr-MMM en haut de leur wish list. Un PTr-MSM bis paraît, lui, peu probable. Car les attaques personnelles ont laissé de profondes blessures que quelques mois ne suffiraient pas à cicatriser. Un MMM-MSM paraît aussi difficilement réalisable. La faute aux ego. Une nouvelle alliance mauve-blanc ou un re-Remake impliquent que SAJ ou Bérenger cède. Chose qu’aucun des deux n’est disposé à faire.

De même, une lutte à trois indispose tous les leaders politiques du pays. Notre système actuel de First Past The Post favorise clairement la conclusion d’alliances préélectorales afin que le camp des gagnants emporte une majorité claire. Or, ce qu’on ne dit pas assez, c’est que le système des Wasted Votes préconisé par Rama Sithanen ne favorise pas non plus une lutte à trois. Après la réforme, pour être certains de constituer une majorité stable, deux partis auront toujours intérêt à s’associer pour mieux contrer un troisième. Qu’importe donc si la réforme est votée ou non, le MSM aura soit à faire alliance ou à en subir une.

Si, dans le pire des cas, le MSM se retrouve face à une alliance, il a néanmoins intérêt à disposer du filet de sécurité de la proportionnelle. Car face à un bloc PTr-MMM sans système électoral réformé, le MSM sera emporté par un cinglant 60-0, qui contraindra les Jugnauth à n’être qu’une opposition extra-parlementaire comme après les élections de décembre 1995.

Qu’advient-il toutefois du MSM s’il fait face à une alliance PTr-MMM post-réforme électorale ? Un éclairage statistique est nécessaire pour y répondre. Les rouges et les mauves rallient chacun un peu plus de 40% des votants. Toutefois, les résultats des  scrutins de 1995 nous apprennent que ces moyennes ne s’additionnent pas lors d’une élection générale où ces deux partis sont en alliance. Ainsi en 1995, l’entente rouge-mauve n’avait recueilli « que » 65% des suffrages.

Près de 20 ans après, les « militan ankoler » et les déçus de Ramgoolam sont nombreux. Ils iront en partie grossir le camp des abstentionnistes, qui devraient largement dépasser les 22% de mai 2010. D’autres voteront pour les alternatives politiques – peu ou prou crédibles – qui tentent actuellement de s’organiser. D’autres voteront MSM. Mais combien exactement ?

En 1995, le MSM avait réussi à rallier près de 20% des votes. Mais le temps a fait son œuvre. Une importante frange de la jeunesse qui a moins de 30 ans aujourd’hui ne voit en SAJ que le grand-père volubile qui a été président. Cette même jeunesse ne se retrouve probablement pas en Pravind Jugnauth, dont le style et la communication peinent à convaincre. Malgré cela, face au bloc PTr-MMM, le parti soleil pourrait être en mesure de capter 10% des votes de ses partisans ainsi que des déçus rouges et mauves. Un score d’autant plus réalisable si le PMSD se décide à se joindre aux Jugnauth.

Si SAJ et Pravind Jugnauth mettent de côté les questions d’ego, ils réaliseront une bonne opération en votant la réforme électorale. Avec potentiellement 16 sièges de députés assurés à la clé, s’ils arrivent à dépasser la barre des 10%. De quoi reconduire à coup sûr SAJ, Leela Devi Dookun, Pravind Jugnauth, Maya Hanoomanjee, Nando Bodha, Fazila Jeewah ou Showkutally Soodhun au Parlement. Le jeu en vaut largement la chandelle.

Reste à savoir si le MSM joue seulement pour gagner… auquel cas, il risque de tout perdre. Ou s’il veut d’abord se ménager une bonne représentation dans la prochaine Assemblée nationale. Ce qui l’obligerait alors à voter pour la réforme.

Étrange cette situation où, pour des questions d’ego, le MSM pourrait voter contre la réforme, tout en espérant secrètement et par réalisme politique… que le PTr et le MMM arrivent à concrétiser ce changement constitutionnel. On n’est pas à un faux-semblant près.