Des policiers ont-ils été rémunérés par le réseau de Kusraj Lutchigadoo (photo) ? Le Central Criminal Investigation Department (CCID) veut en avoir le cœur net. L’équipe du surintendant Devanand Reekoye fera une demande auprès d’un juge en référé pour un «disclosure order» des comptes en banque des trois sentinelles impliquées dans l’escapade du présumé trafiquant de drogue du centre de détention de Vacoas d’ici la fin de la semaine.

Kusraj Lutchigadoo était sorti «prendre l’air» il y a trois mois alors qu’il était en détention préventive après avoir été cueilli dans son laboratoire clandestin où Rs 5 millions de drogue synthétique ont été saisis. Les policiers Jacques Henry Augustin, Akashsing Goomany et Amitsing Narain, qui étaient de service au centre de détention cette nuit-là, ont été inculpés d’entente délictueuse le mardi 22 mai sur les conseils du Directeur des poursuites publiques (DPP).

Quelques jours plus tôt, Kusraj Lutchigadoo a avoué aux enquêteurs qu’il a été «autorisé» à s’aérer l’esprit car il était «stressé». Cinq autres suspects ont été inculpés dans cette affaire. Ils sont Raju Lutchigadoo, frère du suspect, le chauffeur Aufran Amode, Jean Clarel Antoo qui l’a remplacé dans sa cellule, Hemant Veer Ramdhonee et le chauffeur de taxi Seewoosing Dayal, alias Ashish.

Agent politique tout comme Kusraj Lutchigadoo, Ashish Dayal est le tombeur de Dereck Jean-Jacques, alias Gro Derek, présumé trafiquant de drogue de Cité Richelieu, à Petite-Rivière. Près de Rs 180 millions d’héroïne ont été saisis dans cette affaire qui a démontré que ce réseau importait de la drogue de Madagascar et le transportait vers Maurice par bateau. Un steward du Mauritius Trochetia était rémunéré pour placer la drogue à bord et la balancer à la flotte aussitôt arrivé près de Port-Louis.

Témoin vedette contre Gro Derek, Ashish Dayal a été arrêté en janvier 2017 dans l’affaire du policier Arvin Hurrychurn arrêté avec 2 kilos d’héroïne valant Rs 35 millions alors qu’il rentrait d’un voyage à Madagascar. Arvin Hurrychurn avait été retrouvé mort pendu au centre de détention de Moka, ce qui a poussé l’opposition à interroger le ministre de l’Intérieur, sir Anerood Jugnauth, sur l’influence du chauffeur de taxi sur les policiers. Notamment ceux opérant dans les centres de détention.

Récemment, l’IT Unit de la police s’est rendue compte qu’un des deux téléphones portables saisis sur Kusraj Lutchigadoo le samedi 31 mars dernier lors de la perquisition du laboratoire clandestin avait été réinitialisé, supprimant du coup les communications du suspect sur les services de messagerie tels que WhatsApp et autres. L’appareil n’avait pas été mis sous scellé et tout laisse croire qu’il a été trafiqué.