Il aimait raconter cette anecdote hilarante. Un jour, il appela la réception d’une entreprise et donna son nom. Au bout du fil, son interlocutrice, un peu déboussolée, lui répondit : « Quel hôtel ?» Bien évidemment, Elwyn Chutel racontait cet épisode le sourire aux lèvres.

Ce sourire était son signe distinctif. Son bagout l’était tout autant. Faisant d’Elwyn un convive agréable à table ; un compagnon d’enquête hilarant sur des sujets pourtant très sérieux ; ou encore un conteur passionné de notre histoire politique contemporaine. Mais au-delà de la forme, c’est le fond, le socle sur lequel Elwyn avait bâti sa vie, qui comptait.

Cadre à l’Union Démocratique Mauricienne, il avait su militer sans toutefois céder à la facilité de se faire honteusement entretenir par un bailleur de fonds plus que douteux. Quand on l’interrogeait sur ses premières armes en politique, il affirmait sans une once de regret dans la voix : « J’aurai pu être riche, mais je ne l’ai pas souhaité, par principe ».

Un homme de principe, Elwyn l’a été durant ses vies successives : cadre dans le secteur privé ; puis conseiller de feu Clarel Malherbe mais aussi de Rajesh Jeetah et Cader Sayed Hossen; journaliste à l’express dimanche ; et plus récemment membre de l’exécutif du Parti travailliste.

Là où Elwyn a travaillé, il a accompli sa mission avec la plus grande sincérité et loyauté. Journaliste, jamais il ne montra un quelconque parti pris pour tel ou tel camp politique. Se contenant de rechercher les vérités afin de les dire, parfois crûment. Conseiller politique, la circonspection d’Elwyn faisait enrager ses amis journalistes, qui ne tiraient jamais de lui un propos compromettant au sujet de son ministre. Cadre dans le privé, Elwyn a été un collaborateur apprécié de sa hiérarchie et un collègue aimé de ses pairs.

Ceux qui l’ont côtoyé auront d’ailleurs des dizaines d’histoires à raconter sur la phénoménale capacité qu’il avait à être un solutionneur de problèmes en tous genres. Des études tertiaires à financer ? Un problème de cœur à discuter en toute confidence ? Un logement à trouver pour une famille en difficulté ? Elwyn semblait connaître toutes les bonnes portes à frapper. Étonnamment – ou en fait pas si étonnamment que cela – il réussissait systématiquement à les ouvrir.

Pour ce qu’il a fait pour ses amis et des collègues de bureau qu’il connaissait parfois à peine, Elwyn bénéficiait de l’estime d’innombrables personnes. Et même si certains de ceux qu’il a si généreusement aidé dans le passé l’ont parfois déserté au point de ne même pas répondre à ses appels, Elwyn semblait ne nourrir aucune sorte d’amertume réelle à leur égard.

Ce trait de caractère n’a rien de surprenant. Croyant et pratiquant, Elwyn comprenait mieux que n’importe lequel de nos politiques, la nécessité d’aider son prochain. Si sa foi l’a sans doute aidé à avoir cette perspective sur la vie, sa formation, notamment ses riches années passées à l’Institut pour le Progrès et le Développement ont cristallisé son envie, voire son besoin, de servir les autres.

Il n’en pas toutefois oublié sa femme et ses enfants. Jusqu’à son décès, ce mardi 3 janvier, Elwyn a été un père et un mari aimant et attentionné.

Nous présentons nos condoléances à Nicole et à ses enfants.