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Chacun a retenu son souffle. Aussi bien au sein de l’Eglise catholique que parmi les partis politiques du pays. On imagine donc la déception d’Etienne Sinatambou, confortablement installé au premier rang du rassemblement de la Fédération Créole Mauricien (FCM) de ce dimanche, quand Jocelyn Grégoire a refusé de donner un mot d’ordre politique. On s’attendait à un coming out, le mot d’ordre du prêtre est resté au placard.

Ceux qui gravitent autour de la FCM et de son président s’agacent depuis quelque temps de l’attitude – jugée partisane – de l’abbé envers le gouvernement en général et le Premier ministre en particulier. Notamment lors d’une visite de Pravind Jugnauth à Cité La Cure, début août. Il n’en a pas fallu plus pour que de folles spéculations ne circulent. Le prêtre s’apprête à se lancer en politique, en soutien au leader du MSM. Ou qu’il va donner un mot d’ordre sans équivoque aux milliers de Mauriciens qui le suivent et le soutiennent, à l’intérieur et en dehors de la FCM.

Le positionnement politique du prêtre est scruté au sein de l’Eglise. Des voix peu diplomatiques s’élevant même pour prévenir qu’on attend cette fois-ci Grégoire au tournant. Et que le moindre parti pris politique de sa part, ce coup-ci, lui vaudra des remontrances privées et publiques en bonne et due forme.

Ce lundi, Grégoire ne recevra aucune réprimande pour ses propos. Il y a 11 ans, toutefois, il avait reçu un rappel à l’ordre sans équivoque… d’un certain Maurice Piat. Dans un communiqué émis le 1er octobre 2008, le cardinal Piat, déjà évêque de Port-Louis, avait recadré l’abbé – qui voyait dans la toute jeune FCM, un puissant outil politique. «La cause créole mérite d’être défendue de telle manière qu’elle puisse être soutenue par tout Mauricien de bonne volonté quelle que soit sa culture ou sa religion», avait écrit Maurice Piat. Avant de prévenir du danger de la récupération politique et celui de «succomber à la tentation de se laisser entraîner dans une surenchère ou dans des ’’deals’’ pré-électoraux».

Onze ans plus tard, l’avertissement du cardinal Piat conserve toute sa pertinence. Car entre-temps, le président de la FCM a multiplié les prises de position politiques, voire politiciennes. Appelant, en 2010, ses fidèles à «vot ar leker». Facilitant, en 2009, la réunification du PMSD en faisant en sorte que Xavier Duval et Maurice Allet enterrent la hache de guerre. Si en 2014, le prêtre avait juste enjoint à chacun de «faire son devoir» sans «voter communal», en 2019, sa proximité perçue avec le MSM a fait craindre un appel à prendre le premier Metro Express venu en direction du bâtiment du Sun Trust.

Cette position était crainte pour trois raisons. D’abord, parce qu’elle mettrait à mal l’Eglise. Qui se fait d’ordinaire un devoir de garder le politique à distance très respectable. Ensuite, car aussi bien au sein de l’opposition que parmi les prélats, on estime qu’une autre méthode est souhaitable. Celle qui amènerait chaque parti ou alliance à formuler publiquement des propositions par rapport aux questions qui préoccupent la communauté créole. Pour ensuite prendre des engagements précis.

Enfin, parce qu’un mot d’ordre est exclusif, de nombreuses personnes se sont également inquiétées de l’éventualité que ce ne soit pas le camp favorisé par Grégoire qui remporte les prochaines législatives. Et que les vainqueurs fassent dûment payer ceux qui ont milité contre leur élection. Faisant revivre à des Mauriciens l’ostracisme que d’autres ont subi de la part d’un Premier ministre ou de ministres rancuniers.

Grégoire a écouté la voix de la raison en ne donnant aucun mot d’ordre ce 1er septembre. Mais le prêtre n’est qu’humain et ressent sans doute un sentiment tout à fait noble. Par reconnaissance pour ses bienfaiteurs – dont les représentants se trouvaient peut-être dans la salle, ce dimanche –, il pourrait leur témoigner sa gratitude. Ce faisant, il risque alors de se comporter comme d’autres groupes sectaires. Qui donnent des mots d’ordre adressés à des communautés et ethnies précises en petits comités et à l’abri des regards. C’est une tentation à laquelle Grégoire doit résister.

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