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Nous sommes le 21 décembre 1995. Assis sous le grand arbre du centre de dépouillement de Rivière-du-Rempart, Sir Anerood Jugnauth (SAJ) concède assez tôt la défaite. Un journaliste lui fait remarquer qu’il y a quelques jours seulement, il assurait à ses partisans et à tout le pays que l’alliance MSM/RMM, dont il était le leader, se dirigeait vers une large victoire. SAJ lui explique qu’il n’allait quand même pas crier sur tous les toits que son alliance se dirigeait vers une défaite assurée – le second 60-0 depuis l’indépendance. Histoire de ne pas démotiver ses troupes. A entendre Paul Bérenger, samedi dernier, on aurait dit son meilleur ennemi.

Il y a quelque chose d’absurde à écouter le leader du MMM affirmer, sans cligner de l’œil, que seul, son parti gagnera «aussi bien dans les villes qu’à la campagne». Alors que les plus optimistes et généreux pronostiqueurs – certains au sein même du MMM – ne voient qu’une dizaine de mauves se faire élire lors des prochaines législatives. Cela, si le vent électoral leur est favorable. Comme SAJ jadis, Bérenger, aujourd’hui, n’a d’autres options que de crâner. Mais à la différence de l’ancien leader du MSM, le parti de Bérenger ne va pas être balayé lors des prochains scrutins. A défaut d’une victoire nationale, les mauves peut plutôt prétendre à un succès d’estime. Et pour cause…

Il y a d’abord cet élan de sympathie – mesurée – envers le MMM après le débauchage de 5 cadres du parti par le MSM. Ensuite, aussi, le regain de respect parmi ceux qui voyaient en Bérenger et son parti des opportunistes qui avaient été bernés par Ramgoolam en 2014. Quand, de koz koze en koz koze, les soldat lalit qui se mettaient plutôt à chantonner «komie koulev pou avale, pa les to latet al bese». Ce regain de respect est directement dû au fait qu’aller seul aux législatives n’est plus une option pour le MMM, mais la seule voie possible.

La communication est, depuis un certain temps déjà, une des grandes faiblesses du MMM. Si l’anniversaire du demi-siècle d’existence du parti sera un évènement à célébrer dans les semaines à venir, rien ne semble indiquer que les mauves vont profiter de l’occasion pour se mettre à l’avant-scène. Notamment sur les réseaux sociaux. En permettant aux non-sympathisants, plus précisément aux moins de 40 ans – ils représentent un peu plus 42% de l’électorat aujourd’hui ! – de découvrir le riche passé du parti et ses contributions non négligeables à la vie politique et institutionnelle du pays.

Qu’importe les valeurs et l’histoire – mal marketées – du MMM, c’est la détermination apparente du parti à se présenter seul devant l’électorat qui contribue à lui redonner en ce moment une part de la crédibilité perdue en 2014. Paradoxalement, l’autre formation qui tient le même discours est le Parti travailliste(PTr). Même si on ne sait pas encore si Navin Ramgoolam se montre retors envers le PMSD pour calmer les ambitions des bleus. Ou plutôt parce que, comme Bérenger, il veut se présenter devant l’électorat sans alliés.

Paradoxalement, les stratégies des deux plus vieux partis du pays pourraient leur permettre de se retrouver au sein d’une coalition post-électorale en vue de former un gouvernement. Sur papier la possibilité existe. Ce qui existe aussi, ce sont les conditions de cette entente post-élections, si jamais elle doit avoir lieu.

Bérenger a fait son temps. Navin Ramgoolam aussi. Une des conditions de l’entente postélectorale entre les deux partis – qui rendrait d’ailleurs de facto le deal MMM-PTr possible – serait l’annonce du retrait d’aussi bien Bérenger que Ramgoolam après une période transitoire et la mise en place d’une ligne de succession claire au sein de leurs partis respectifs.

Les deux partis ayant les histoires les plus riches de Maurice, loin de s’éteindre avec leurs leaders, pourraient ainsi prendre un nouveau départ. Le MSM a déjà pris l’option sur le deal papa/piti. Reste au PTr et au MMM un deal parti-pays!

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