Malbar la panse pei-la pou li. Kreol nek konn amize. Tou laskar fanatik. Bann blan rasis. Avouez que vous connaissez au moins une personne dans votre entourage qui utilise régulièrement ce genre de phrases. Voire, qui propage cette sorte de préjugés à la première occasion. Si cela se trouve, vous adhérez à une ou plusieurs de ces raccourcis.
Après tout, notre pax mauriciana est un drôle d’arrangement sociétal qui a figé des stéréotypes. En confiant aux uns les rennes du pouvoir économique. Sans que certains ne risquent un soulèvement populaire tel qu’instigué par Mugabe au Zimbabwe, il y a 20 ans. Sans, aussi, que les autres ne subissent le contrecoup d’une situation invraisemblable. Dans ce pays dont la fonction publique compte moins de 5% de personnes issues d’une composante de la population alors qu’environ un Mauricien sur trois s’identifie à cette dernière.
Cette pax mauriciana est mise à mal depuis une bonne vingtaine d’années par une succession de malaises. Les uns nous ont conduit aux évènements de février 1999. D’autres se sont cristallisés dans le ressentiment d’une partie de la population qui pense ne pouvoir qu’être de petits entrepreneurs traser d’une génération à l’autre. De nouveaux malaises naissent aussi. Notamment parmi ces citoyens qui estiment que leurs acquis – construits à partir de leurs sacrifices – sont désormais menacés au nom de l’égalité et de la solidarité. Convoitise, revendication, ressentiment… un drôle de cercle, pas très vertueux, s’installe.
C’est dans ce contexte qu’on s’apprête à entrer dans une longue campagne électorale qui commencera dès la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart et qui durera jusqu’aux législatives. Soucieux de rassurer les uns et de s’attirer les faveurs des autres, tous les partis politiques, malgré leurs discours nationaux fédérateurs, utiliseront un double langage. Selon qu’ils s’adressent à une foule de meeting ou l’auditoire des réunions dites «privées».
Les moyens de captation et de diffusion s’étant démocratisés, cette campagne électorale sera celle durant laquelle le moindre langage divisionniste ou outrancièrement clientéliste sera transmis au plus grand nombre à travers les réseaux sociaux. Dans de nombreux cas, les journalistes seront d’ailleurs parmi les premiers à être en possession de bandes et de vidéos prêtant à controverse.
Comme dans le cas des propos de l’ancien ministre du Logement et des Terres sur le profil de ceux qui doivent habiter certains quartiers, les journalistes devront faire preuve de discernement avant de rapporter un type de propos, voire de décider de faire l’impasse sur d’éventuelles querelles inutiles. Afin de ne pas créer des tensions inutiles dans le pays. En ne véhiculant pas des raccourcis et des stéréotypes sur certaines composantes de la population ou les quartiers où ils habitent.
L’année dernière, on a pleinement mesuré à quel point des journalistes irresponsables peuvent transformer un problème complexe en une polémique unidimensionnelle liée à une confession religieuse. Quand le décès de la petite Ruwaida, enceinte à 13 ans, s’est transformé en procès à l’égard d’une partie de la population. Alors que le phénomène à être rapporté et analysé était celui des grossesses précoces et de leurs causes.
Un an après, nous sommes malheureusement devant une nouvelle manifestation d’un journalisme qui se nourrit de raccourcis faciles. Qui finissent par stigmatiser toute une localité et, par extension, ses habitants. Alors que parmi eux, se trouvent des lauréats, des enseignants, fonctionnaires, entrepreneurs ainsi que des pères et mères de familles qui partagent les mêmes priorités et aspirations que leurs compatriotes habitant Floréal, Piton ou Tamarin.
Un peu à la manière de l’adage qui parle de ce qui arrive à un singe maniant un rasoir, de jeunes – et moins jeunes – journalistes appréhendent mal le pouvoir qu’ils détiennent et qu’ils exercent à travers leurs médias. Dans la course aux breaking news, on ferme parfois les yeux sur les erreurs commises dans la précipitation… même si elles ne sont pas toutes excusables.
Le journalisme de fond, celui qui dissèque le comment et le pourquoi de ce qui se produit dans notre société, nécessite du temps et un travail approfondi. Or, quand de vénérables institutions du journalisme local oublient la distinction entre information et spectacle… ou encore entre faits et jeux de mots douteux, on en vient à se demander si un dossier de fond ne s’impose pas… sur les rédactions du «nisa» !