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«Purement administratif». A entendre la version de la police, jamais aucun membre des forces de l’ordre n’est transféré suite à une intervention politique. N’étant pas représentés par un syndicat et à la faveur d’une culture de la discrétion, de nombreux cas de transferts punitifs gratuits n’ont été ni répertoriés, ni rapportés dans la presse. Heureusement, les temps changent…

Qu’on se le dise toutefois : la force policière abrite en son sein son quota d’officiers douteux. Parfois carrément véreux ou affichant ouvertement leurs préférences politiques. Ceux-là croisent des fois le chemin de personnes influentes. Ce qui scelle, à juste titre, leur sort quand il se rendent coupables d’un comportement qui, sans être, strictement illégal n’en est pas moins inacceptable. Ainsi, fin 2003, nous avions témoigné du commentaire désobligeant d’un policier envers Kobita Jugnauth. Elle accompagnait son mari lors d’un porte-à-porte durant la campagne de la partielle de décembre 2003 à Piton/Rivière-du-Rempart. Le lendemain, le policier indélicat et vulgaire avait été transféré à l’autre bout du pays. Qui sème le vent…

Ce type de punition marque plus qu’on ne le croit le fonctionnaire de police. Car il est bousculé dans ses habitudes et son confort. Dans les cas les plus extrêmes – un officier habitant Fond-du-Sac transféré à Mahébourg, par exemple –, un parent finit par ne plus voir ses enfants partir à l’école du jour au lendemain. Il n’y a pas si longtemps, des officiers ont sombré dans la dépression jusqu’à devoir être suivis par des psychiatres à l’issue d’un transfert, parfois injustifié, de ce type.

Même si on peut les accuser de nombreux travers, il faut bien admettre que les policiers figurent parmi les fonctionnaires le plus souvent victimes du syndrome «to kone ki sann-la mwa ?». La pathologie est très courante chez des élus du gouvernement jusqu’à leurs proches et maîtresses. Mais pas que. Ainsi, il y a quelques années, un policier prenant en contravention un automobiliste pour excès de vitesse s’est vu tendre un téléphone portable. «In, koz ek to mari», lança le conducteur qui venait de composer le numéro de son cousin… le commissaire de police d’alors.

Ce n’est pas seulement le fait de ce gouvernement. Des transferts «purement administratifs» ont été ordonnés à l’encontre de policiers qui voulaient mettre de l’ordre parmi les vendeurs de briani à Quatre-Bornes, il y a sept ans. Tout comme le transfert d’officiers du poste de policer de Plaine-Verte récemment n’avait – officiellement – absolument rien à voir avec leur décision d’enlever une banderole posée par des activistes du gouvernement.

Enivrés par le pouvoir que leur confèrent leur fonction ou leurs relations, un certain nombre de puissants envoient un dangereux signal à chaque fois qu’ils font transférer des officiers. Les policiers «victimes» reçoivent la terrible leçon : ne faire que son travail peut conduire à des sanctions. Les quelque 12 000 autres membres de la police apprennent amèrement une autre réalité. Le code de déontologie qui leur enjoint de «support colleagues in the performance of their lawful duties and, in doing so, actively oppose and draw attention to any malpractice» ne vaut pas grand-chose face aux caprices des puissants.

A leur manière, les policiers fêtent aussi la fin de règne de ceux ayant abusé de leurs pouvoirs. Le 11 décembre 2014, des officiers d’un important poste de police des Plaines-Wilhems avaient trinqué à la santé de leurs collègues injustement transférés pour avoir faire respecter la loi. Les hommes en bleu ne savourent pas toutefois leur revanche qu’une fois tous les cinq ans. Ils le prennent au quotidien quand eux-mêmes ou leurs collègues sont victimes des politiques.

Les milliers de policiers du pays ont de la famille et des amis à qui ils racontent leurs mésaventures et celles de leurs collègues. Ce sont autant d’électeurs lambda souvent allergiques à l’injustice faite à ceux qui sont dans leur droit. Ils prennent parfois leur décision de vote suite à ce qu’un policier proche d’eux a subi.

A contrario, d’autres officiers affichent une autre attitude : une prudence maladive face à toute situation pouvant prêter à controverse. Perçus comme étant léthargiques ou incompétents, ces officiers plombent à leur tour l’image du gouvernement du jour. Qui passe alors comme étant incapable d’amener la police à agir avec diligence et produire des résultats.

Le sort «purement administratif» réservé aux policiers ressemble à un boomerang. Plus il est lancé vigoureusement, plus il revient avec force à la figure des politiques.

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