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On l’avait presque oublié depuis qu’il est abonné à la rubrique «Judiciaire» des médias. Ne se faisant guère remarquer au Parlement comme député, le tonitruant Raj Dayal avait, en effet, été réduit, jusqu’à récemment, à son simple statut d’accusé dans la rocambolesque affaire Bal Kouler. Vendredi dernier, l’ancien ministre de sir Anerood Jugnauth (SAJ) s’est toutefois rappelé au bon souvenir des Mauriciens. En balançant un coup de pied dans la marmite politique. Quelques éclaboussures brûlantes ont atterri sur Pravind Jugnauth et l’ancien chef du gouvernement. Raj Dayal, lui-même, ne sortira pas indemne de cette manœuvre. Explications…

Des 11 points que Dayal «réitère» dans son affidavit de ce 19 avril, le 2e point est intriguant. L’ancien ministre assure ainsi avoir été «forcé» à démissionner par l’ancien chef du gouvernement. Cette action n’ayant pas sa «raison d’être», conclut-il dans sa 11e réaffirmation. Stricto sensu, cette affirmation de Dayal est un non-sens… du moins juridique. Car un ministre ne peut démissionner que volontairement. Le seul départ forcé d’un membre du Conseil des ministres est décrit à l’article 60(4)(a) de la Constitution. Qui prévoit que le président met fin au mandat d’un ministre sur les conseils du Premier ministre. Ce que nous appelons couramment la révocation.

SAJ a-t-il menacé Raj Dayal de le révoquer lors de sa rencontre avec lui le 23 mars 2016 ? On ne le sait, car dans son affidavit, le député de Flacq/Bon-Accueil (no 9) dit seulement que le Premier ministre d’alors «ordered me to step down immediately». Un ordre répété deux fois, devant témoin. Car Dayal précise que Roshi Bhadain, alors enfant gâté de SAJ et ministre de la Bonne gouvernance, assistait aussi à la réunion. Actuellement en déplacement à l’étranger, l’ancien élu de Belle-Rose/Quatre-Bornes n’a pu nous corroborer les dires de Dayal.

Si ce que Dayal affirme est vrai, les propos de SAJ sont graves. Surtout venant d’une personne qui dit sur tous les tons qu’elle respecte les institutions et les laisse travailler en toute indépendance. L’ancien ministre de l’Environnement précise qu’il a renoncé à son poste «with the understanding» qu’il le récupérerait après cinq semaines, à l’issue d’une «independent inquiry».

S’il a existé, cet arrangement est douteux. Car au moment de rencontrer SAJ, Dayal faisait déjà l’objet d’une dénonciation de Patrick Soobhany à la commission anticorruption. Quand on sait la vitesse à laquelle les enquêtes de l’Independent Commision against Corruption (ICAC) sont bouclées, on peine à croire que l’ancien Premier ministre espérait que les investigations soient conclues en cinq semaines. De même, on peut difficilement penser que SAJ aurait laissé entendre qu’une autre institution ou Fact-Finding Committee enquêterait sur des faits déjà étudiés par l’ICAC. Dayal a-t-il alors mal compris SAJ ? Ou alors ce dernier l’a-t-il habilement dupé ?

Au-delà de SAJ, un jeu de dupes est toutefois bien en cours. En février, insatisfait de la manière dont le Directeur des poursuites publiques avait géré son dossier, Dayal en avait appelé au président par intérim pour qu’il suspende celui-ci. C’était un coup d’épée dans l’eau. Qu’espère désormais Dayal à travers son nouveau coup d’éclat ? Que Pravind Jugnauth lui redonne son maroquin ? Ce serait de la folie furieuse de la part du chef du gouvernement ! L’affidavit de l’élu du MSM ne va pas, non plus, conduire la Cour intermédiaire à rayer les accusations contre lui.

Reste la dernière hypothèse : celle d’une peau de banane à l’égard d’un Pravind Jugnauth qui n’a, en fait, jamais été le patron politique de Dayal. Si la démission de Vishnu Lutchmeenaraidoo a moyennement chamboulé le timing électoral de Pravind Jugnauth, celle de Dayal laisse se profiler la perspective d’une double défaite pour le gouvernement – à Piton/Rivière-du-Rempart et dans le fief de Bachoo au no 9. Cela, ajouté à une facture d’environ Rs 15 millions par partielle, contraindrait alors le leader du MSM à rappeler le pays aux urnes bien plus tôt qu’il ne l’avait prévu.

Depuis vendredi, l’ancien ministre croule sans doute sous les appels et les sollicitations de pacificateurs qui l’exhortent à cesser l’escalade. Souvent prétentieux, Dayal n’est toutefois pas idiot. Son ticket n’était déjà pas assuré pour les prochaines législatives. Cette nouvelle confrontation avec son leader ne lui rapportera que la satisfaction de lui avoir planté une nouvelle épine dans les pieds. Rien d’autre. A ce jeu de dupes, ni Dayal, ni Jugnauth ne sortiront gagnants. Pourtant, apprend-on des proches de l’élu du no 9, celui-ci n’en restera pas là après son affidavit. Attendons voir…

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