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C’était un secret de polichinelle pour ceux qui connaissent la circonscription Piton/Rivière-du-Rempart (no 7). Le Parti travailliste (PTr) y partait avec un sévère handicap à l’annonce des législatives du 7 novembre dernier : la division. Miné par des conflits ouverts entre candidats désignés et recalés ainsi que des invectives à caractère castéiste des uns. Tout cela, sur fond de cynisme et d’inconscience d’un leader pris à son propre jeu de monter ses fantassins les uns contre les autres. Histoire de savoir qui est le meilleur vaish, ravived et telegu du lot. On connaît le résultat de cette «stratégie» : la plus sévère raclée des rouges dans une circonscription rurale avec près de 4 000 voix séparant le 3e candidat élu du MSM et le 4e travailliste en novembre dernier.

Avec un tel concentré de problèmes, il n’y a donc rien d’étonnant que la première déflagration post-législative chez le PTr provienne du no 7. Constant dans sa – désormais habituelle – manie de mal juger la situation et donc de préconiser les mauvaises solutions, Navin Ramgoolam a fait expulser deux personnes qui avaient déjà démissionné de son parti tout en débarquant trois autres membres, sans prendre la peine de suivre les procédures pourtant prescrites par la constitution de son parti. Confirmant ainsi qu’il ne gère pas et ne décide pas de l’avenir d’une formation politique bien organisée mais bien d’un fan-club. Seul Shakeel Mohamed a clairement indiqué son désaccord par rapport à la méthode expéditive employée. Le silence des autres autour de Ramgoolam est toutefois trompeur.

A la regarder de loin, la direction du parti semble constituée d’une troupe de groupies pour qui leur leader est un génie infaillible. Chacun s’est fait une raison. Les uns sont convaincus, un peu comme les fans de sir Anerood Jugnauth dans le temps, que Ramgoolam est enn tipe pli tipti ki bondie. D’autres estiment qu’étant le seul bien-né de premier plan du parti, il serait suicidaire de le remplacer. Enfin, une petite poignée de résignés réfléchissent en termes pécuniaires. Le leader est celui qui tient les cordons de la bourse du parti. Hier et aujourd’hui, Ramgoolam les tient fermement et jalousement.

Il est déraisonnable de croire que la manière de faire de Ramgoolam n’indispose pas grand monde au sein du PTr. Mohamed a dit son désaccord et il est désormais une question de jour avant que lui et son leader ne se disent leurs quatre vérités. Si Arvin Boolell a été silencieux jusqu’ici, en coulisses il a donné plusieurs signes d’impatience face à la manière de faire de son leader.

Face à un patron politique qui n’est même pas conseiller municipal – pour reprendre la formule condescendante employée par Rama Sithanen à l’égard de Vishnu Luchmeenaraidoo il y a une dizaine d’années –, Boolell promet des étincelles si son leader ne respecte pas son territoire. Du moins, celui que lui confère la Constitution en tant que leader de l’opposition.

Le calme que Ramgoolam et ses proches constatent – après avoir mâté ce qu’ils considèrent être une rébellion – est trompeur. Car plusieurs cadres du parti attendent le moment opportun pour constituer un front commun à l’égard de Ramgoolam. Cela, sur la base de deux raisonnements. D’une part, si les fans de Ramgoolam le suivent aveuglément, une frange de plus en plus importante des sympathisants rouges admettent désormais que leur leader n’est plus l’atout principal de leur parti.

D’autre part, ils mesurent aussi à quel point les pétitions électorales du PTr sont l’outil qu’utilise Ramgoolam pour rester à l’avant-scène durant au moins un an, voire deux ou trois années. Prétendument pour mener une bataille importante. Dont l’enjeu – tel que décrit dans les pétitions du parti – n’est pas l’invalidation des dernières législatives… mais plus modestement le recomptage des votes dans quelques circonscriptions.

Le temps perdu à subir les rodomontades de Ramgoolam aurait pu servir à trois choses, pensent un certain nombre de rouges. Organiser un grand congrès national qui serait l’occasion de catapulter leur leader actuel dans une position de mentor rouge, sans pouvoir exécutif, chargé de coacher le nouveau leader. Deuxièmement, entamer une réflexion profonde sur le fonctionnement et la réforme du parti tout en procédant à la consolidation de sa base et de son personnel. Et enfin : déterminer et arrêter, sans Ramgoolam dans l’équation, la stratégie d’alliance dans le cadre des prochaines municipales. Afin de ne pas subir le même 120-0 qu’en 2015.

Ces possibilités ne sont pas aussi lointaines qu’on le pense. Car malgré l’omniprésence de leur leader, un nombre grandissant de partisans travaillistes se rendent à l’évidence: Le fan-club de Ramgoolam n’a pas d’avenir; le Parti travailliste, si.

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