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On aurait dit un joli devoir. Rédigé avec les mots ronflants puisés d’un carnet de vocabulaire tenu par un élève appliqué. Le discours-programme prononcé par le président de la République, ce vendredi, était un condensé de bons mots, concepts et stratégies – tous politiquement, économiquement et écologiquement corrects. Ce n’est donc pas dans l’énoncé de son ambition convenue qu’on jugera Pravind Jugnauth. Mais dans sa capacité à mettre celle-ci en œuvre. Il y a toutefois un pan du discours-programme sur lequel le Premier ministre a une obligation de résultat.

Cela ferait en effet tâche que Maurice ne modifie pas sa loi électorale face à l’obligation morale qui est la sienne suite au pronouncement du Comité des Droits Humains des Nations Unies après le recours de Rezistans ek Alternativ. Car c’est cette même obligation morale que nous brandissons à l’égard du Royaume-Uni et des Etats-Unis sur la souveraineté des Chagos. Après nos deux victoires – morales – éclatantes devant la Cour Internationale de Justice et l’Assemblée Générale de l’ONU.

Ce n’est donc pas par masochisme que le leader du MSM a fait inclure la volonté de son gouvernement de «pursue its initiative to bring an electoral reform» dans son discours programme. Comme durant son dernier mandat, Pravind Jugnauth n’a pas une majorité des ¾ à l’Assemblée nationale pour amender la Constitution. Il fait ainsi face à l’humiliante perspective de devoir une nouvelle fois renoncer à faire voter une réforme électorale et un projet de loi sur le financement des partis, faute de la majorité qualifiée nécessaire au Parlement.

Les dernières législatives illustrent même à quel point il est contre-intuitif pour le patron du MSM de s’entêter à mettre en œuvre une réforme électorale qui amènerait le Parlement à mieux refléter la volonté des électeurs. Car le système First Past the Post actuel rend possible des hold-ups tout à fait constitutionnels. Dont le dernier grand bénéficiaire a été Jugnauth lui-même. En novembre dernier, il a ainsi raflé pas loin des deux tiers (63%) des 60 premiers députés élus à l’île Maurice avec un peu plus d’un tiers (37%) des suffrages des Mauriciens.

On aimerait donc croire que c’est avec détermination que Pravind Jugnauth va à nouveau proposer une réforme électorale au vote. Même s’il le fait un peu par obligation. Toutefois, peu importe les motivations, la réforme est plus que jamais nécessaire. Premièrement, pour se défaire de l’absurde obligation de déclarer son appartenance ethnique afin de briguer les suffrages. Deuxièmement, pour s’assurer que le nombre d’élus de chaque camp au Parlement reflète mieux le vœu de l’électorat. Troisièmement, pour assurer une meilleure représentation féminine à l’Assemblée nationale. Et quatrièmement, pour instaurer davantage de transparence dans les finances des partis politiques.

On ne peut que souhaiter que le Premier ministre réussisse dans cette mission de moderniser notre système électoral et d’assainir les finances des partis. Pour cela, et face à des opposants qui pourraient malheureusement davantage agir avec des arrière-pensées politiciennes, Jugnauth devra faire preuve de pragmatisme en présentant ses projets de loi devant les députés. Voire même avant, en privilégiant le dialogue avec ses adversaires.

Il semble évident que pour se donner les meilleures chances de réussite, le chef du gouvernement doit rendre la réforme aussi adoptable que possible. Notamment, en isolant l’amendement instituant l’obligation d’au moins un tiers de candidats de sexe différent sur les listes de partis politiques. Egalement, en s’assurant que la consolidation des pouvoirs du Commissaire Electoral et de l’Electoral Supervisory Commission soit accompagnée de moyens humains, technologiques et financiers nécessaires pour qu’ils remplissent effectivement leurs rôles accrus aussi bien en matière d’administration du processus électoral que de surveillance et d’application des règles sur le financement politique.

C’est toujours le pragmatisme qui doit dicter Pravind Jugnauth à comprendre qu’une réforme ne peut avoir pour seule finalité la préservation de la supériorité numérique du vainqueur telle qu’acquise à l’issue de l’élection des premiers 60 ou 63 députés. Enfin, le leader du MSM ne peut envisager de réforme sans moderniser la méthode – inchangée depuis plus de 50 ans – d’enregistrement des électeurs ainsi que le déroulement des élections. En faisant voter le principe du dépouillement le jour même du vote et ainsi nous débarrasser des ridicules psychodrames et du folklore d’un autre siècle autour du sort des bulletins de vote durant une nuit.

Le Premier ministre s’est assis une petite réputation de bâtisseur durant ces dernières années. Il est toutefois plus aisé de construire une ligne de tramway que de consolider la démocratie de son pays. Souhaitons à Jugnauth de développer cette ambition-là également.

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