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L’image est saisissante. Un de ses aides invite le Pape François à prendre place sur le siège arrière de la voiture qui le transportera de l’aéroport à Port-Louis. Le souverain pontife tique, puis fait savoir qu’il préfère s’installer à l’avant du véhicule, à côté du chauffeur. La voiture n’est qu’une modeste petite berline française. Bien loin des rutilantes allemandes très haut de gamme qui attirent, comme des aimants, les séants de nos hommes politiques les plus puissants. Dès les premières minutes de sa visite, le Pape François a donné le ton : mettre en pratique ce qu’on prêche.

Le Pape, ne l’oublions pas, est un chef d’Etat. Comme tous ses homologues, il est rigoureusement briefé par ses collaborateurs pour l’élaboration de ses discours officiels. C’est pour cela que les deux textes lus par François – son homélie à Marie Reine de la Paix et son allocution à la State House – doivent être écoutés avec attention. Car aussi succincts soient-elles, ces deux prises de paroles, si elles louent certes le vivre ensemble mauricien, distinguent aussi les conséquences et défis liés à notre réussite sociétale et économique.

Alors que le gouvernement, notamment, ne jure que par son ambition de faire de Maurice un pays à hauts revenus, le Pape mesure le risque de cette approche. Celui de céder à la «tentation d’un modèle économique idolâtre qui ressent le besoin de sacrifier des vies humaines sur l’autel de la spéculation et de la simple rentabilité, qui ne prend en compte que l’avantage immédiat au détriment de la protection des plus pauvres, de l’environnement et de ses ressources».

Le propos du Pape – concilier l’économie avec le développement durable et humain – résume le danger de la stratégie de croissance qu’adoptent nos gouvernements successifs depuis 40 ans au détriment d’une des seules ressources naturelles dont nous disposons : la terre. François place également Maurice face à la nécessité d’accueillir des travailleurs migrants devenus essentiels pour assurer le fonctionnement de manufactures et d’usines de transformation agroalimentaire. Mais aussi, par conséquent, face à notre obligation collective de protéger les droits de ces personnes.

Le devoir des responsables politiques est également balisé. «Puissiez-vous être un exemple pour celles et ceux qui comptent sur vous. Par votre comportement et par votre volonté de combattre toutes les formes de corruption», a enjoint le Pape. Les oreilles de plusieurs personnes, venues l’écouter, ce 9 septembre, ont dû siffler en entendant cela. Le rappel est juste, notamment pour un gouvernement dont le chef proclame sa grande rectitude morale. Sans pouvoir démontrer que l’ensemble de son gouvernement est attaché à cette valeur.

A Madagascar, le souverain pontife a évoqué «la culture du privilège» en politique. Qui conduit notamment à ce que «la parenté devient la clé décisive et déterminante de tout ce qui est juste et bon». Il aurait tout à fait pu inclure le même passage dans son discours à Maurice. Cela aurait sonné comme une remontrance – tout à fait méritée – au Premier ministre et à ses proches. Qui ont profité au maximum de la présence du Pape à Maurice pour tenter de se construire une certaine image.

Quitte à ce qu’en faisant cela, ils donnent au  déplacement du Pape à la State House un petit air d’évènement au service d’un clan. Tant le château du Réduit pullulait, ce 9 septembre, de membres de la famille du Premier ministre ainsi que de sa coterie politique. Notamment de nominés de seconde zone dont le seul mérite est de savoir flatter l’actuel détenteur du pouvoir. Un talent qu’ils avaient déjà développé et exercé sous d’autres chefs du gouvernement.

La tentative du Premier ministre d’être perçu comme le second rôle de la visite d’Etat du Pape avait commencé dès l’arrivée de François à Maurice. Quand le Cardinal Piat a été relégué au troisième plan pour que Pravind Jugnauth puisse bien être mis en valeur aux côtés du chef de l’Eglise catholique. Bien évidemment qu’à quelques semaines – ou quelques mois ? – des législatives, le leader du MSM entame une opération de séduction envers une partie de la population.

Pour les stratèges de Jugnauth, la venue du Pape et la possibilité pour le Premier ministre de pouvoir s’approprier cette visite seront décisives pour obtenir les faveurs d’un électorat que le MMM, le PMSD et les travaillistes convoitent tous. La stratégie sera-t-elle payante ? On n’en sait rien. Car après tout, les dizaines de milliers de Mauriciens venus écouter François à Marie Reine de la Paix ont aussi retenu que celui-ci leur demande d’agir avec discernement. Son message a sans doute été entendu.

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