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C’est la saison du rut. La période durant laquelle les mâles de plusieurs espèces tentent d’affirmer ou de déterminer – pour utiliser une expression bien locale : ki sann-la ki mari la !? Corsetés par la trêve politique forcée lors des Jeux des îles, nos responsables politiques semblent désormais libres de redoubler d’efforts pour s’affirmer et bien se faire voir. Afin de regagner le terrain perdu ou alors défendre son pré carré, aussi petit soit-il. Voici ceux qui se sont pris au jeu…

Soodesh Callichurn n’est pas vraiment un bon orateur. Son air de lapin pris dans les phares le dessert souvent quand il doit prendre la parole en public ou s’adresser à la presse. Il était toutefois tout fier, ce samedi, de défendre les deux projets de lois du travail qu’il a présentés au Parlement… quitte à trop en faire. Voulant sans doute épater la galerie – et les gauchistes – le ministre a expliqué qu’avec les nouvelles lois du travail : «Se travayer ki pou vinn mari.»

L’expression n’a pas manqué de susciter son lot de commentaires négatifs sur les réseaux sociaux. D’abord parce que la plupart des salariés, s’ils sont dans une relation de subordination avec leurs employeurs, ne résument pas la chose à un rapport de force entre saki mari et saki pa mari. En utilisant ce type d’expression malheureuse, le ministre du Travail perpétue l’image d’un grand méchant secteur privé – passons sur les considérations d’épiderme – qui n’a d’autre fonction que d’exploiter les prolétaires.

Or, les statistiques démontrent que près de la moitié de la main-d’œuvre locale ne travaille pas dans les «large establishments». Une bonne partie de nos compatriotes sont effectivement des salariés d’entrepreneurs qui n’ont même pas dix collaborateurs. Au sein des sociétés où la relation patron-employé ressemble souvent davantage à un partenariat qu’à une servitude. Soodesh Callichurn le sait pourtant…

Navin Ramgoolam, lui, sait autre chose :  Il est davantage rompu au jeu du kisann-la ki mari que Pravind Jugnauth. Le Premier ministre s’est d’ailleurs fait avoir comme un bleu la semaine passée. Non, le chef du gouvernement n’a jamais défié son adversaire à un duel médiatique. Mais moyennant la complaisance de médias trop occupés à être anti-Jugnauth et le manque de vigilance de ceux qui n’ont pas vraiment prêté attention à ce que le leader du MSM avait effectivement déclaré, Ramgoolam a habilement changé le fil de la narration. En réorientant le débat sur un face-à-face entre le Premier ministre et lui.

Jugnauth aurait été perçu comme un «poltron» s’il refusait le challenge. En l’acceptant, tel quel, il prend aussi un risque. Car le Premier ministre a un handicap. Il a un piètre sens de la répartie, ce qui n’augure rien de bon sur ses talents de débatteur. Face à lui se présente un redoutable Navin Ramgoolam. Régulièrement media-trained depuis son premier mandat par des professionnels aguerris de la communication, Ramgoolam sait y faire devant les caméras. Même si son excès de confiance lui fait sortir des balivernes bien trop souvent.

Prudent, Jugnauth a donc récusé le mano a mano au profit d’un «débat» lors duquel seraient conviés les principaux responsables politiques du pays. Histoire de ne pas être en confrontation directe avec Ramgoolam et ne pas s’exposer à une coûteuse défaite médiatique face à son principal challenger.

A les voir se battre comme des chiffonniers, on croirait que le PMSD et le MMM se livrent à une bataille dans la bataille. C’est vrai que les mauves, réduits par leurs défaites et erreurs de calcul successifs, chassent plus ou moins sur les mêmes terres que le PMSD. D’ailleurs, de Grande-Rivière-Nord-Ouest/Port-Louis Ouest (no 1) à Curepipe/Midlands(no 17) en passant par Port-Louis Nord/Montagne-Longue (no 4), les bleus ont lentement mais sûrement grignoté du terrain et construit une assise électorale.

C’est cette assise électorale qui intéresse aussi bien Pravind Jugnauth que Navin Ramgoolam. Rendant l’option MMM moins attractive, du moins pour le MSM. Et la perspective d’une sortie électorale en solo – voulue ou subie – des mauves de plus en plus réelle. Face à cette éventualité, réaliste, le MMM a amendé sa liste de candidats pour proposer des profils susceptibles de mieux contrer les adversaires bleus. Paul Bérenger a surtout, aussi, pris en grippe la direction du PMSD. Multipliant des piques depuis plusieurs semaines déjà.

Dans le jeu de la surenchère, Bérenger ne loupe pas une occasion d’appeler les électeurs «à faire la différence entre le MMM et le PMSD». Quitte à en faire trop. Notamment en dénonçant le côté papa-piti du tandem Adrien et Xavier Duval ainsi que le penchant des bleus à négocier en même temps avec le MSM et le PTr.

L’ironie est saisissante. Quand on sait que la liste des candidats mauves contient à ce jour trois parents de Bérenger. Et que début 2014, le MMM – heureux en alliance avec le MSM – ouvrait discrètement en coulisses les négociations avec Ramgoolam. Autant pour la différence…

 

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