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Vous connaissez sans doute l’expression. Elle désigne l’attitude d’un gamin qui court solliciter l’aide ou la protection de sa mère pour un oui ou pour un non. Les politiciens à Maurice sont les enfants de plusieurs mères. Quand ils sont chefs de gouvernement, ou qu’ils prétendent le devenir, ils sont souvent fourrés dans les jupons de l’une d’elles : les associations socioculturelles et sectaires. Pravind Jugnauth ne déroge pas à la règle. Avant lui, sir Anerood Jugnauth, Navin Ramgoolam, Paul Bérenger et sir Seewoosagur Ramgoolam n’y ont pas dérogé, non plus.

Ce samedi 13 juillet, Pravind Jugnauth a assisté à la Vaish Divas (la fête des vaishs) organisée par la Vaish Common Front. C’était l’occasion pour le Premier ministre de voir et surtout de se faire voir. Les dirigeants du Vaish Common Front n’ont pas manqué de caresser le leader du MSM dans le sens du poil en flattant sa vision pour le pays. Alors que ce dernier ne s’est pas privé de brocarder son principal challenger : Navin Ramgoolam. En appelant notamment son auditoire à ne pas élire un «goonda». Allusion au mot «bandit», que Navin Ramgoolam avait maladroitement utilisé pour se désigner lors d’un rassemblement des rouges à Bain-des-Dames, début juillet.

Tous les Premier ministres se perdent en salamalecs face aux organisations – peu ou prou représentatives – de la caste vaish. Celle-là même dont le Premier ministre de la République est censé être issu. Selon une règle qu’on peine toujours à trouver dans la Constitution. Même Paul Bérenger – alors qu’il était Premier ministre entre septembre 2003 et juillet 2005 –  se faisait un devoir de recevoir l’All Vaish Congress au Prime minister’s Office… pour entretenir des représentations de quotas de castes au sein du pouvoir.

N’apprenant jamais leur leçon, les chefs de gouvernement fricotent allègrement avec les groupes sectaires et les associations socioculturelles. Pravind Jugnauth est, lui, un habitué du All Vaish Common Front. Il était d’ailleurs leur invité d’honneur lors des célébrations de Divali, en novembre dernier. Toutefois, la familiarité engendre le mépris [des règles et convenances]. Si certains sectaires finissent par obtenir des avantages personnels, d’autres, enhardis par leur accès au sommet de l’Etat, se permettent de réclamer des quotas.

Navin Ramgoolam en sait quelque chose. Lui aussi a entretenu un lien étroit avec des organisations comme celle du Pandit Sungkur ou la Gahlot Suryavanshi Rajput Sabha. La Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation était, elle, devenue une succursale des travaillistes, avant que Somduth Dulthummun ne tourne casaque. Mais l’arrivée de Rajendrah Ramdhean donne à nouveau une teinte écarlate à l’organisation qui représente, sur papier, les sociétaires de 300 temples à travers l’île.

Ne comptez donc pas sur Ramgoolam, non plus, pour dénoncer frontalement le rôle infect que ce type de regroupements jouent sur la scène politique. Le patron du PTr a d’ailleurs déjà expliqué que les représentants d’organisations socioculturelles «ne sont pas des lépreux». Et qu’il leur parlera donc quand il le faudra.

C’est justement là tout le problème. Ramgoolam et Jugnauth parleront à l’ensemble des organisations sectaires du pays. Du moins, à celles qu’ils espéreront rallier à leur cause d’ici les prochaines législatives. Minés par la peur d’un effritement du soutien de leur base, les deux leaders politiques lanceront chacun leurs opérations de charme auprès de tout ce que le pays compte d’organisations prétendument représentatives de la communauté majoritaire. Même si aucune preuve concrète de leur influence et de la valeur de leurs mots d’ordre n’existe jusqu’ici.

En septembre dernier, un peu penaud, l’Attorney General Maneesh Gobin a essuyé le feu roulant des questions du Comité des Nations unies (ONU) pour l’élimination de la discrimination raciale. Lors de la prochaine audition de Maurice par cette instance de l’ONU, il y a fort à parier qu’elle recommandera à nouveau que l’Etat «intensify its efforts to foster an inclusive society that cherishes diversity and equality, and put an end to any manifestations that pertain to racial or caste-based superiority…». Ils ne s’attendent quand même pas que Ramgoolam ou Jugnauth découvrent les vertus de l’égalité !

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