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Navin Ramgoolam donne le change entouré d’élus rouges et des cadres de son parti. Lors de ses conférences de presse et durant ses évènements publics, le Parti travailliste (PTr) affiche une unité de façade. Mais en coulisse, la plus vieille formation politique du pays est gagnée par des spasmes. Perdus et démotivés, les ténors du PTr doutent. Ils parlent à leur leader qui, pensent-ils, ne les entend pas.

L’ancien Premier ministre a son opinion sur ce qu’il se passe dans son parti. Solidement arrimé au gouvernail du PTr, il a identifié quatre trouble-fêtes. Parmi eux, croit savoir Ramgoolam, il y a ceux qui n’auront pas d’investiture, d’autres qui ne seront probablement pas élus mais aussi les ambitieux contrariés par l’inamovibilité de leur chef. Ce dernier semble ne pas faire grand cas de leurs états d’âme. Il en joue presque.

Le chef du PTr avoue volontiers travailler seul en ce moment. Quitte à animer récemment en solo une réunion privée à Baie-du-Tombeau sans que l’élu rouge de la localité ne le sache… ni le président du parti. De même, Ramgoolam envoie valdinguer ceux qui l’accusent de s’entourer d’une équipe restreinte de stratèges coupés des réalités du terrain mais obnubilés par le fund raising et la mise en place d’une stratégie de haut vol qui met à mal les méthodes de campagne usitées.

Face à l’incompréhension et au doute, Ramgoolam refuse de transiger. Aux stratèges qui l’accompagnent et aux éléphants du parti qui attribuent son manque d’acuité à une santé chancelante, le chef du parti de la clé assure que sa mauvaise grippe et ses quelques rechutes de la fin d’année sont choses du passé. Gaillard, il a les législatives en point de mire et compte les remporter.

«Comment ?» se demande-t-on autour de lui. Dans la hiérarchie du PTr, on désespère de retrouver le Navin Ramgoolam de 2003-2005. Celui de 2009-2010. Le leader qui avait faim de victoire. Le joueur d’échec concentré qui prévoyait deux coups d’avance et une option d’alliance de rechange face à ses adversaires. Or, le Ramgoolam qu’on décrit en 2019 est éculé et apathique.

Paradoxalement, le leader des rouges affiche une confiance, voire une arrogance, comme quand il était au faîte de sa popularité. Il donne l’impression que les électeurs ont oublié les épisodes Soornack et des coffres. Les plus alarmistes chez les rouges prédisent que Ramgoolam redescendra douloureusement sur terre en faisant campagne aux côtés du candidat PTr pour la partielle de Piton/Rivière-du-Rempart (no 7). Quand les électeurs de la circonscription – connus pour être très conservateurs – l’interpelleront sans ambages sur ses turpitudes passées.

Face à cette situation, trois des cadors du parti ont chacun abdiqué à leur manière. Cyclothymique et enchaînant les coups de gueule et les rabibochages avec son chef, Shakeel Mohamed est à deux doigts de mettre fin à sa carrière politique. Incapable d’incarner la relève face à un leader pourtant au plus bas en 2015, Arvin Boolell, le mal-né, exprime ses craintes et ses frustrations en petit comité. Sans jamais les exposer ouvertement face à son leader. Anil Bachoo, qui dispose d’une solide assise au sein du socle électoral du PTr, est, lui, vu comme étant trop «traditionnel» et pas assez «national» pour jouer un rôle plus important au sein du PTr.

Nul n’est prophète en son pays et son parti… mais certainement dans celui des autres. Il n’est donc pas étonnant que ces trois cadres rouges fassent l’objet d’une cour assidue de la part d’adversaires qui leur promettent monts et merveilles s’ils changent de camp : du deputy prime ministership à un ministère important, illico. L’absence de direction claire au sein du PTr a fini par créer des situations inimaginables il y a encore dix ans… quand les rouges chassaient encore sur les terres d’autres formations politiques.

Des chefs-lieux de la Ramgoolamie sont ainsi en péril. Avec la migration programmée de Navin Ramgoolam à Montagne-Blanche/Grande-Rivière-Sud-Est (no 10), sa circonscription et celle de son père avant lui, Pamplemousses/Triolet (no 5), n’a pas viré au rouge vif, malgré la présence de poids plumes politiques du MSM. Forcé de rester à Belle-Rose/Quatre-Bornes (no 18) après avoir remporté la partielle de décembre 2017, Arvin Boolell a laissé son ancien fief de Vieux-Grand-Port/Rose-Belle à Rajesh Jeetah. Qui est loin d’avoir les mêmes capacités de locomotive que lui.

Entre le Nord et l’Est, Bachoo a tranché le nœud gordien. Perçu comme le meilleur candidat que les travaillistes pourraient aligner à la prochaine partielle au numéro 7, il a néanmoins refusé cette investiture. Car sa victoire – fort probable – à ce scrutin implique l’abandon de sa circonscription fétiche de Flacq/Bon-Accueil (no 9) et de son statut retrouvé de «Roi de l’Est» face à un trio d’underperformers du MSM. Sans garantie de se faire introniser au même poste dans le bastion de sir Anerood Jugnauth.

Face à ceux qui doutent et qui s’impatientent, Ramgoolam a érigé le silence et le secret en stratégie. A sa décharge, cela a toujours été la manière de procéder du leader du PTr. Mais il y a dix ans, ses fidèles vivaient avec une certitude : les intérêts de leur chef étaient alignés sur ceux de leur parti. En 2019, ils n’en ont plus la totale conviction. Du coup, ils en développent une nouvelle – qui ressemble un peu à celle des cadres du MMM au sujet de leur chef.

Les patrons du parti de la clé et du cœur ont toujours avoué avoir un lien spécial. Ils ont désormais un point commun additionnel et tragique. Navin Ramgoolam et Paul Bérenger représentent la plus grande force de leurs partis respectifs… mais aussi leur plus grande faiblesse. Partageront-ils un nouveau point commun ? Celui de refuser de tirer les conséquences de cette situation ?

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