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C’était un Paul Bérenger des grands jours. Aussi bien sur le fond que la forme, l’intervention du leader du MMM sur la proposition de réforme électorale du gouvernement a été de haute facture, ce 7 décembre. Le vieux briscard a offert, d’une part, une perspective historique intéressante sur l’évolution du processus électoral à Maurice depuis 1886. Tout en expliquant clairement – mais aussi sans acrimonie – les conditions qui doivent être réunies afin que les députés mauves soutiennent le gouvernement lors du vote du Constitution (Amendment) Bill en début de semaine prochaine.

Les observateurs attentifs ont noté une succession de signes qui donnent une indication précise de l’état d’esprit du dirigeant du parti du cœur… mais aussi de ses vis-à-vis. Pendant un peu moins de 50 minutes, Bérenger a ainsi rangé la froideur et la condescendance qui le caractérisent trop souvent. Sir Anerood Jugnauth (SAJ) se trompe en expliquant que les députés italiens, par exemple, se font élire uniquement au First Past the Post ? Bérenger le recadre avec sourire et bienveillance. Sans insinuer que celui-ci est un idiot qui ne s’y connaît en rien.

Bérenger sait y faire quand il veut séduire un adversaire. Il a ainsi savamment instillé une dose de nostalgie, voire de regret, dans ses propos. En évoquant le chemin que le MSM et le MMM ont parcouru ensemble. Puis, en rappelant leurs actes manqués, en 1982. Pour enfin évoquer leur valse-hésitation, 20 ans plus tard. Quand le tandem SAJ-Bérenger n’a pas su et pu mener à bien un projet de réforme électorale à son arrivée au pouvoir, en septembre 2000.

Fin dans son approche, Bérenger a bien compris que la réforme actuelle porte largement la patte de SAJ. Que c’est ce dernier qui – aussi bien en 2000-2005 que maintenant – nourrit une profonde méfiance envers la dose adéquate de proportionnelle à injecter dans notre système électoral. Loin d’adopter son ton «twa, ki to kone twa?», le chef des mauves s’est attelé à expliquer pourquoi sa contreproposition tient la route. Insistant sur sa grande «tristesse» face à l’intransigeance du gouvernement et non sa colère de ne pas être écouté.

Cette attitude de l’ancien Premier ministre a largement fait mouche auprès du gouvernement. Si les discours décousu d’Adrien Duval et communautariste de Shakeel Mohamed ont été peu suivis, celui de Bérenger a semblé captiver une large partie des élus de la majorité. SAJ, loin de sombrer dans sa torpeur habituelle, a écouté avec intérêt les propos du leader du MMM. Accueillant tantôt les mots du moustachu par un sourire complice, quand ce n’était pas un regard trahissant la nostalgie d’un passé intense.

A deux places de SAJ, loin d’ignorer dédaigneusement le patron des mauves – comme il sait parfois si bien le faire –, Pravind Jugnauth a passé le plus clair de son temps à écouter Bérenger avec attention. En prenant le temps de commenter à plusieurs reprises les propos de son ancien allié avec Ivan Collendavelloo et le ministre mentor. Cela, sans jamais démontrer ouvertement le moindre signe d’agacement ou d’agressivité à l’égard de ce dernier. Même pas quand Bérenger a affirmé, sans ambages, que son parti s’oppose à la proposition du gouvernement «and we are not going to vote».

Pourtant, même face à une posture aussi tranchée, la voie ne semble pas être sans issue. Tant les contrepropositions de Bérenger semblent, au final, assimilables dans la formule que défend Jugnauth. En effet, avec deux journées de débats restants sur le Constitution (Amendment) Bill, le gouvernement peut encore trouver un terrain d’entente avec le MMM et prétendre obtenir les 52 votes nécessaires pour faire adopter ce texte. La volonté de s’entendre existe. La fumée de discussions entre les mauves et le gouvernement sur la question provenait bien d’un feu. Celui allumé par l’implication personnelle des dirigeants à trouver un consensus.

On peut bien évidemment regarder la situation avec cynisme. Nous l’avons déjà fait ici, qualifiant la réforme électorale de «mots-phéromones» irrésistibles pour Paul Bérenger. Néanmoins, au-delà du pragmatisme forcené de certains cadres du MMM, qui voient dans ce rapprochement une chance inouïe d’enfin se faire élire pour siéger au gouvernement, on peut penser que leur chef est principalement mû par de louables intentions. Si la mauvaise foi du patron des mauves saute souvent aux yeux, ses propos au Parlement, ce 7 décembre, laissent transparaître une réelle volonté de faire évoluer notre système électoral.

C’est la posture qu’on attend d’un homme d’Etat. Face à Bérenger, Pravind Jugnauth cherche à se construire cette stature avant de se présenter devant l’électorat en 2019. L’actuel et l’ancien Premier ministre l’ont déjà compris : leurs intérêts convergent désormais. Jusqu’où iront-ils pour s’assurer de leur soutien mutuel ?

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