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On aurait dit deux gorilles des montagnes. Se frappant bruyamment leurs torses dans une tentative de démontrer leur force. Post-meeting du 1er-Mai 2019, l’alliance MSM-ML et le Parti travailliste (PTr) y sont allés de leur petit numéro pour jurer qu’ils ont gagné la bataille des foules, parler de la diversité de l’auditoire venu les écouter ou encore dénigrer les propos – et propositions – de l’adversaire. Chacun est arrivé à la même conclusion : leur meeting démontre qu’ils vont (re)conquérir le cœur des électeurs lors des prochaines législatives. Fadaises ! Les jeux sont loin d’être faits.

Dans les faits, les législatives se gagnent un mois, voire un peu moins avant le passage des électeurs dans l’isoloir. Or, nous sommes plus ou moins à un semestre de l’échéance fatidique. Sur quoi Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam et leurs troupes se basent-ils donc pour crier victoire ?

Sur la foule ? Sans s’aventurer à donner un comparatif, on peut raisonnablement dire qu’aussi bien à Port-Louis qu’à Vacoas,  on était bien loin de la ferveur et de la mobilisation des rassemblements pré-électoraux d’antan. Sur les discours ? Dans la forme, Pravind Jugnauth demeure un piètre orateur. Le costume de grand fauve politique ne lui sied toujours pas.

Son humour mal inspiré sur les «madam ek zenn fi» tombe à plat. Même quand il prend un ton menaçant, le Premier ministre n’arrache que des sourires moqueurs. Sur le fond, mercredi dernier, Jugnauth n’avait pas encore de bilan significatif à défendre. Il lui faut encore le Metro Express, l’effet Jeux des Iles, la fin des travaux routiers majeurs… et un ultime budget à l’arrière-goût sucré.

En face, accordons-nous à dire que sur la forme, Ramgoolam a fourni une prestation des grands jours. Sa verve de mercredi contrastant avec sa mollesse qui se faisait un peu trop remarquer ces derniers temps. La critique est toutefois un exercice facile quand on est dans l’opposition. Il ne fallait pas être très inventif pour descendre en flamme les politiques et décisions parfois irréfléchies du gouvernement et les trop nombreux bras cassés qui entourent le Premier ministre.

Il y a, bien sûr, le fond. Il se compose notamment de 21 mesures que le leader des rouges promet de mettre en œuvre s’il revient au pouvoir ainsi que d’un laïus éculé sur le fait d’apprendre des erreurs du passé. En 2005, le leader du PTr a régulièrement dit avoir appris de ses turpitudes durant son mandat de décembre 1995 à septembre 2000. Ce qui ne l’a pas empêché de faire ce que l’on sait – surtout durant son troisième mandat à la tête du pays.

Puis, il y a ses propositions. Certaines sont utiles et même fondamentales pour notre société et l’entrepreneuriat. Mais penser que ce sont des propositions intéressantes qui vont faire élire les rouges revient à croire que l’électeur moyen est rationnel. Qu’il épluche le CV des candidats et les programmes des partis avant d’effectuer son choix. La réalité du comportement électoral est bien moins idyllique malheureusement.

Ces meetings du 1er-Mai n’apportent aucun enseignement du simple fait que chaque parti ou alliance réfléchit en termes d’adhésion. Quand, en fait, les électeurs voteront contre Pravind Jugnauth ou contre Navin Ramgoolam quand ils se rendront dans l’isoloir. Entre les deux, c’est le leader qui suscitera moins de défiance chez les Mauriciens qui fera gagner son camp.

On entend déjà les voix offusquées de ceux qui nous accuseront de réduire le choix aux seuls MSM et PTr. Deux autres «grands» partis structurés et matures existent, en effet, sur l’échiquier. Toutefois, les «zoli mamzel» du PMSD ont déjà signifié leur intention de convoler en justes noces avec le meilleur prétendant. Reste le MMM de 2019. Pas celui de 1976. Il faudrait être sérieusement imbibé ou fou furieux pour croire qu’avec le contexte politique, social et économique actuel, la formation de Paul Bérenger pourra rééditer l’exploit d’il y a 43 ans.

Quant aux autres partis alternatifs ou naissants, aucun d’entre eux n’a mobilisé les moyens financiers et humains ni mis en place les structures nationales pour aligner 60 candidats d’ici six mois. Afin – ne serait-ce qu’en théorie – de prétendre incarner une alternative gouvernementale réelle et crédible.

Mithridate était un roi de la Grèce antique qui avait pris l’habitude de s’administrer de faibles doses de venin pour s’immuniser contre un éventuel empoisonnement. Il s’était suicidé. Mithridatisés, de nombreux Mauriciens commettent plus ou moins la même bêtise tous les quatre à cinq ans… en choisissant le poison qui, espèrent-ils, ne les tuera pas.

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